SUR LÉ
Il est hors de doute que le tremblement est un phénomène que l’on observe dans beaucoup d’intoxications. Ainsi nous le voyons figurer comme l'accident le plus fréquent et le plus commun dans l’hydrargyrisme, de même que dans bien des cas d’empoisonnement par les préparations de plomb, d’iode et de brome. Nous l’observons aussi comme conséquence de l’usage immodéré des boissons alcooliques et de certaines substances narcotiques, telles que l'opium.
Nous le voyons encore, quoique moins souvent, à la suite de l’abus du tabac, du café et du thé. Dans la rage, la pellagre et l’ergotisme ce symp:tôme n’est pas rare.
L'intoxication par le virus syphilitique nous l’offrirait-elle également ? La syphilis avait attiré l'attention de tous les observateurs, à cause de ses mille formes variées auxquelles on la reconnaît et aussi de la fatalité avec laquelle elle frappe et se manifeste dans tous les organes de l’économie; pas un n'échappe à son pouvoir délétère.
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L'action du virus syphilitique sur le svstème nerveux est incontestable; une foule ae phénomènes morbides nous l’attestent tous les jours, et que nous considérions le tremblement, avec le docteur Ferrand, comme un phénomène paralytique, lié à la diminution de l'action nerveuse, ou bien comme provenant d’une altération du ton musculaire, il est toujours sous la dépendance du centre cérébro-spinal,etil nous paraît très-légitime de le voir figurer parmi les autres manifestations syphilitiques du même système.
Le tremblement en général a été décrit par les auteurs les plus anciens. Hippocrate (Livre zu des épidémies) lui assigne une place importante dans la séméiologie, le considère comme phénomène précurseur de la paralysie et de la démence et lui consacre un article comme signe pronostique.
Galien l’étudie au point de vue de l’étiologie et le distingue de la palpitation.
Le delirium tremens est connu de Plutarque et même des poëtes et des prosateurs anciens (1).
Arétée et Paul d'Egine (2), Aétius (3), et plus tard Jacobus Atheus, parlent du tremblement saturnin.
En 1550, Carolus Piso (4) dit avoir chservé des mouvements convulsifs violenis et fréquents chez des moines Bénédictins, empoisonnés par des pré-
(1) Sénèque, epit. 95, parag. 16.
(2) De re medicä.
(3) Aétiu:, liv. IX, sermo IV de Cerusà, p. 789.
{4\ Carolus Piso. Selectarum observationum morbi ventris inferioris, p. 24
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parations de plomb, et vers 4610, Charles le Pois parle aussi du tremblement saturnin, observé chez des relirieux. À une époque antérieure à celles-ci, Fracastor, en 1546, fait mention d’un tremblement des membres chez certains malades, à la suite du traitement mercuriel.
Au aommencement du xvir° sièele, Sydenham, plus tard Morgagni, Stoll, Boerhaave et F. Hoff- Mann, nous laissaient des travaux remarquables sur les maladies nerveuses et sur le tremblement.
Nous pouvons citer encore les noms de Tullen, Sauvage, Pinel et Tissot.
À une époque plus récente, Mérat (1) décrit trèsbien le tremblement mereuriel et signale le saturain dans la colique de plomb.
Monneret et de la Berge, dans le Compendium de médecine pratique, font un article sur le tremblement.
Parmi les auteurs modernes, nous nommerons seulement J. Franc et Trousseau (2). Nous terons remarquer les intéressants travaux de MM. Charcot et Vulpian, le travail non moins intéressant de M. Tardieu sur l’empoisonnement (3), et quelques thèses, celles de M. Ordenstein, de M. Fernet, etc., etc.
Maintenant si nous parcourons très-rapidement l’histoire des principaux ouvrages spéciaux sur la syphilis et en particulier sur les phénomènes ner-
(1; Mérat. Traité de la colique métallique, 1812. (2) Trousseau. Clin. méd., 2e éd. Paris, 1865, t. IT. (3) Tardieu, Etude clin. et médico-légale sur l’empoisonnement. Paris,1867.
DE Se veux syphilitiques, nous voyons que Fernel fut le premier qui crut que le virus syphilitique pouvait envahir les nerfs.
Thierry de Héry (1634) rapporte à la vérole primitive les douleurs mobiles (rhumatoïdes), à la vérole secondaire les douleurs profondes (ostéocopes); il signaleles spasmes l’épilepsie,etce.,comme pouvant accompagner la vérole ; il croit enfin qu’elle peut devenir la source de tous les maux.
Blégny (1696) étudie particulièrement les diverses espèces de douleurs vénériennes.
G. Ucay disait, vers la même époque, en parlant de véroles mal soignées : « C’est de là que viennent tant de maladies héréditaires, de tumeurs scrofuleuses, de vieux ulcères, de gouttes et de rhumatismes.
Astruc, dans son remarquable Traité des maladies vénériennes, attribue à l’action de la syphilis grand nombre de phénomènes nerveux, tels que le vertige, les convulsions, le tremblement des muscles, la migraine, l’épilepsie, l’insomnie, les palpitations, etc., etc.
Van Swieten dit que le miasme syphilitique peut déterminer lesaccidents Les plus graves, l’épilepsie, la paralysie, etc., etc.
Bourru, qui considérait la syphilis comme une affection miasmatique, plaçait son siége dans le système nerveux.
Tous ces auteurs et bien d’autres (dont nous ne ferons que nommer quelques-uns, Carère, Benjamin Bell, Swédiaur, etc.), se sont occupés des
ue symptômes nerveux de la syphilis, mais pas un du tremblement syphilitique..
Il faut arriver à 1826, pour lire quelques observations, rapportées par Devergie (1), dont une empruntée au baron Larrey, relative à un malade que ce chirurgien avait soigné en 1808.
En 1830, Daminel et Lepestre, de Caen (2), rapportent aussi quelques observations, de même que Rennes (3), deux ans plus tard; Greppo (4) en 1849, et Schutzemberger (5) en 1850,
Lagneau, dans son excellent Traité des maladies syphilitiques du système nerveux (1860), consacre quelques pages au phénomène que nous nous proposons d'étudier, dans lesquelles il fait un résumé de toutes les. observations des auteurs que nous venons de nommer, résumé qu'il accompagne de considérations, mais toujours sans donner une description de cet état pathologique qu’il dit être fréquent chez les individus affectés de, syphilis ancienne (6). Nous y reviendrons à plusieurs reprises dans le courant de notre travail ; car nous croyons pouvoir démontrer que tous ces auteurs n'ont fait que signaler le phénomène, en se bor-
nant à nous donner leurs observations, Enfin dans la Clinique de 1869, M. Fournier
(1) Devergie. Clinique de la maladie syphilitique. Paris, 4826, t. I, p. 157.
(2) Archives gén. de méd., mars 1830, t. XXII, p. 338 et suiv.
(3) Arch. gén. de méd., février 1832, t. XX VIII, p. 202.
(4) Greppo-Gazette méd. de Lyon, 1849, p. 102.
(5) Schutzemberger, de Strasbourg, Gaz. méd. de Strasbourg, 20 mars 1850, p. 65 et suiv.
(6) Lagneau. Maladies syphilitiques du système nerv., Paris, 1860, p. 108.
Aparicio. 2
= 40 appelle pour la première fois l'attention sur le tremblement, comme symptôme de la syphilis à sa période secondaire.
Ayant eu l'honneur plus tard de suivre la clinique: de maladies syphilitiques de notre savant maître M. A. Fournier, nous avonsété frappé, dès les premiers jours, de voir quelques malades en proie à un éremblement des membres supérieurs, tremblement que nous avions cru pouvoir rapporter aux préparations hydrargyriques, sans penser à l’excessive rareté, ou pour mieux dire, à l'impossibilité d’un tel phénomène à La suite d’un traitement rationnel et bien établi.
M. Fournier nous engagea à suivre ces malades attentivement, ce que nous avons fait depuis lors; et flatté de l’idée de pouvoir contribuer à appeler l'attention des observateurs sur un symptôme pathologique peu étudié, nous nous sommes décidé à formuler nos impressions, non toutefois sans une certaine crainte, inspirée par la difficulté du sujet autant que par notre insuffisance en cette matière, et bien certainement notre tâche eût été impossible, sans les conseils de notre distingué professeur et les observations qu’il a si généreusement mises à notre disposition.