‹ Étude sur les cornes des paupièresChapitre 19 sur 25 · OBSERVATION XXII (F. LAGRANGE · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII (F. LAGRANGE

M. M... agé de 60 ans, d’une constitution vigoureuse et sans antécédents héréditaires notables, vint consulter, pour une corne qu'il portait sur la paupière inférieure gauche. Le début du mal remontait à un grand nombre d’années pendant un séjour prolongé qu’il fit à CuBA, et à une époque qu’il précise mal, le malade a constaté un petit bouton qui avec des intermittences diverses n’a ccssé de grandir, et qui siégeait exactement au niveau de la corne actuelle. I] tenta à plusieurs reprises de s’en débarasser, et pour cela se mit entre les. mains d’empiriques qui cautérisèrent incisèrent incomplètement la production morbide, Cette thérapeutique insuffisante ne fit qu’aggraver le mal, et dans ces derniers temps, malgré une cautérisation plus énergique encore que ies précédentes, la corne prit un développement rapide assez inquiétant, pour que le malade jugeat bon de venir consulter.

A ce moment la corne atteint une longueur de 22 millimetres, sa base d'implantation à peu près arrondie atteint les

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dimensions d’une pièce de 50 centimes; un large bourrelet en limite le pourtour; la peau seule est adhérente au néoplasme qui glisse aisément sur le tissu lâche sous-jacent. On en fit l’ablation au bistouri.

Au niveau de la base on constate les éléments ordinaires du derme, vaisseaux, tissu conjonctif et papilles. Les vaisseaux et le tissu conjonctif sont normaux. Les papilles sont, au contraire, très hypertrophiées, elles atteignent des dimensions trois à quatre fois plus considérables qu’à l’état normal, surtout en longueur. Elles sont coiffées d’un épithélium exubérant, jeune et proliférant avec activité.

L’épithélium pavimenteux qui coiffe les papilles forme ainsi une couche très épaisse et l’on voit, dans la substance cornée proprement dite, des boyaux épithéliaux qui sont le prolongement des papilles.

La substance cornée vaguement fibrillaire et jaunâtre offre un aspect absolument remarquable, à cause de la présence des globes épidermiques nombreux et tassés les uns contre les autres, qui la constitue. Ces globes sont reconnaisables à l’existence de petits îlots cellulaires colorés par le carmin et entourés par des cercles concentriques de substance cornée, qui dérivent évidemment de lilot épidermique ainsi isolé; ces globles affectent des formes très variables: les uns sont allongés dans le sens de l’axe de la corne, les autres arrondis; quelques-uns, pris entre deux globes plus volumineux, sont aplatis et à peine reconnaissables.

OBSERVATION XXIII (MITWALSKY)

Femme de 40 ans ayant remarqué, depuis quelque temps, ine excroissance filiforme sur la paupière inférieure droite. Cette excroissance fut d’abord arrachée puis coupée avec un fil à plusieurs reprises; mais à chaque fois elle reépoussait plus grosse, Il y a un an, alors que la tumeur avait le volume d’une petite noisctte, le fil ne réussit plus à la sec-

lionner, mais amena simplement la momification de la partie liée et la corne continua à s’accroitre.

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Actuellement, la corne siège au milieu de la paupière inférieure droite, elle a 42 millimètres de longueur, la base mesure 15 millimètres sur 12 arrivant à 2 millimètres du bord libre de la paupière. La corne est un peu courbée en dehors. On y distingue 3 parties :

1 Une partie basale de 1 centimètre de long enveloppée par la peau qui lui forme une gaine de couleur jaune sale et de consistance élastique.

2° La partie moyenne, longue de 2 centimètres, est cornée, demi-transparente, de couleur vert olive, claire, cannelée, d’autant plus dure que l’on s’éloigne de la base.

3° Une partie dure, noire, séparée de la précédente par un étranglement correspondant à la partie liée il y a un an. EXxCISION. — Au microscope : La partie terminale contient à l’état de momification tous les éléments de la corne, La partie moyenne est formée de colonnes de longueur et de grosseur inégales, ces colonnes sont constituées par des cellules cornées imbriquées. Dans l'intervalle des colonnes, on trouve des trainées plus ou moins nettes de tissu conjonctif et des vaisseaux sanguins remplis de globules rouges. Ils sont d'autant plus dégénérés qu’on se rapproche de l’extrémité. Parfois le sang est extravasé et forme de petites hémorragies. Sur les coupes transversales, on voit que le tissu conjonctif forme non seulement des prolongements papillaires étirés, ramifiés, mais encore des cloisons irrégulières.

Les trainées conjonctives n’arrivent pas jusqu’à l’extrémité de la corne, mais y sont remplacées par une sorte de tissu réticulé, répondant à la (substance médullaire) de UNXNA...

Ces trainées conjonctives se reconnaissent surtout à la présence des vaisseaux et à ce que les cellules épidermiques qui les entourent immédiatement sont plus jeunes et se colorent mieux que les autres, La Kératénisation des cellules épidermiques est rarement complète, de sorte qu’on y trouve presque toujours quelques noyaux.

Portion basale : Le revêtement cutané de la base est formé d'un derme mince, infiltré de petites cellules et d’un épiderme qui envoie dans la profondeur des prolongements allongés, inclinés vers l’axe de la corne-:et qui se terminent librement ou vont se confondre avec le tissu même de la corne.

nue

Un certain nombre de ces prlongements contiennent un fin poil de duvet.

Les glandes sudoripares sont accumulées en grand nombre tout autour de la base et dilatées, Au-dessous de la base, elles sont un peu étouffées par l’infiltration de cellules embryonnaires et refoulées jusque dans le muscle orbiculaire.

La corne elle-même est formée de cellules épidermiques à divers degrés d’évolution formant des masses lobulées qui s’enfoncent dans la profondeur jusqu’au contact du muscle. Ces bourgeons s’accroissent quelque peu en largeur, mais surtout en longueur, en refoulant le tissu dermique et hypodermique qui leur résiste et les fait se diviser et d’autre part repoussant en haut la base de la corne dont ils déterminent ainsi l’allongement.

Le tissu conjonctif de la base, infiltré de petites cellules, fournit Les prolongements conjonctifs de la corne. Ces prolongements papillaires ramifiés et quelquefois anastomosés, forment un réseau tout à fait comparable à celui de lépithélioma.

Les cellules épidermiques qui sont en contact avec les prolengements conjonctifs forment une couche génératrice régulière, celles qui sont plus éloignées se kératinisent ou dégénèrent.

Quelques-uns de ces prolongements conjonctifs s’élèvent jusqu’à 10 ou 15 millimètres de hauteur de la corne. Sur les coupes transversales de la base, on trouve extérieurement lépiderme qui fournit une foule de bourgeons irréguliers vers la profondeur. Le derme qui l’accompagne contient parfois quelques glandes sudoripares, il fournit des cloisons qui s’enfoncent dans la corne, s’y anastomosent et la divisent en colonnes,

Ces cloisons conjonctives ne se poursuivent jusqu’au centre que tout à fait à la base ; un peu plus haut on ne les trouve qu’à la périphérie tandis que le centre n’en contient que des traces autour des vaisseaux.

Les cellules épidermiques en contact avec les cloisons sont bien colorées et vivantes (couche génératrice) ; les plus éloignées, c’est-à-dire celles qui forment l’axe des colonnettes

parallèles, sont kératinisées et imbriquées de facon à former sur la coupe des globes cornés.

Les bourgeons épidermiques de la gaine cutanée vont se fondre avec la corne déterminant son accroissement en épaisseur,

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