CHAPITRE VI
Je vais d'abord énumérer les différents objets que j'ai trouvés mentionnés dans les tarifs que j'ai eusentre les mains. J'indiquerai ensuite ce que les principaux d'entre eux, à une époque donnée, devaient de Paris à la Roche-Guyon. Ces objets peuvent être groupés en quatre classes; matières premières; objets manufacturés; denrées et droits de navigation.
Voici ceux que nous trouvons pour la première classe : acier, airain, alun, ardoises, bois d'Islande, brai, brésil — sorte de bois de couleur rouge — , cendre, cendre gravelée — lie de vin brûlée — , chanvre, charbon de bois et de terre, cire, couperose, cuir, cuir cru, cuir tanné, cuivre, étain, fanons, fil de Lyon, soie, fumier, noix de galle, garance, goudron, liège, laine d'autruche — plume d'autruche — , lin, osier, pastel, pelletteries, plâtre, plomb, toison lavée avec le suif.
Dans la deuxième classe nous rangeons les objets suivants ; arçons de selles, bâtons à torches (pièces de batterie), c'està-dire ustensiles de cuisine, en cuivre ou en fer, bonneterie, cage à oiseau et le papegault (perroquet) dedans, carreaux, cerceaulx, carrosse, calèche (17° siècle), chief de cuir de pelleterie — coiffure, — colfre de bahu, coffre à pieds, coffre huche ferrées, couche avec le coussin, coutil du ht — toile à matelas, — drap, enclume, épées, étaux à boucher, faulx, faucilles, fers à cheval, futailles, futailles à gueule bée — défoncées, -i— lit, magniquette — menus
objets faits par le chaudronnier, en vieux français maignen [magninus) ménage, — pots, poêles, couvre-chef (couvercle), tables, tréteaux, bancs, nappes, trépieds et autres choses semblables, mercerie, mercerie mêlée — mercerie avait autrefois un sens plus étendu que de nos jours ; ainsi les bourses, ceintures, aiguillettes, etc., étaient comprises sous cette dénomination ; les tissus les plus précieux constituaient la grosse mercerie, — meules de moulin percées et non percées, œuillard — meules de la plus grande taille, — papier, pipes à fumer (xvii* siècle), pots de terre, robes, savon, soufflet à fevre, suif, toile, tombe ouverte — je pense qu'il faut entendre par là un cercueil vide — tuiles.
La troisième classe est formée par les denrées qui suivent; bacon (porc), beurre, bière, blés, câpres, choux, cidre, fèves, figues, foin, fruits, harengs, huile, huîtres, lard, maquereaux, miel, morue, oignons, aulx, échalotte, olives, oranges, pois, poivre, pruneaux, raies, raisin, saumon, sèches, sel, sieu — suif, — vin, vinaigre.
Dans la quatrième classe je ne mentionne que Tescuyage, le neuvage que payait un navire, la première fois qu'il passait ou lorsqu'il avait été rapareillé (réparé), les droits de gouvernail, de chaîne, etc.
Les juifs payaient à Mantes et à Saint-Denis et dans ce dernier endroit, il y avait un double droit pour les juives enceintes.
Il me faut encore parler de quelques termes employés pour désigner telle quantité, tel poids de telle ou telle marchandise. Je ne mentionne que ceux dont l'explication m'a été fournie par les pièces relatives aux péages que nous avons passés en revue.
Le lez de harengs était composé de 10,000 poissons ou de 12 barils; celui de maquereaux de 100 maquereaux; douze hambourgs faisaient un lez de saumons.
Le lez, le lot, la taque de cuir contenaient respectivement 200, 20 et 10 cuirs.
Douze presses ou pièces, de 24 aunes chacune, composaient le fond de drap.
La couple de raisins ou de figues se divisait en deux cabas.
Enfin le lez de barillage était de 12 barils.
Je me place au xvi* siècle, et prenant pour base de mes calculs les documents de cette époque que j'ai pu réunir, je vais tacher d'indiquer ce que payaient les principales marchandises, depuis la frontière de la Normandie jusqu'à Paris exclusivement. Je suppose en outre que notre bateau passe à Saint-Denis à l'époque du botage, c'est-à-dire au moment où les droits du péage de l'abbé sont triplés. Mes sous et deniers sont parisis. Il y avait souvent des droits fixes et des droits proportionnels. Les premiers, droits de neuvage, d'escuyage, etc., portant sur le navire, sur l'ensemble de la cargaison, il est évident que plus il se trouvait sur un bateau de marchandises de la même espèce, moins il y avait à ipayer pour chaque unité.
Vm, Bateau portant 100 pièces; droits fixes 2 sous 2 deniers parisis et 20 pintes; droits proportionnels 7 sous 3 deniers 1/2 ; total par pièce 9 sous 5 deniers. Bateau chargé de 50 tonneaux ; droits fixes 1 sous 4 deniers; droits proportionnels 7 sous 3 deniers 1/2; total II sous 7 deniers
1 obole. Bateau portant 30 tonneaux; droits fixes 7 sous
2 deniers 1 obole ; droits proportionnels 7 sous 3 deniers 1/2 ; total 14 sous 6 deniers. Au-dessous de 30 tonneaux chaque pièce aurait moins payé, parce que les droits de chaîne à Mantes étaient alors bien moins élevés. Mais si la nef avait été trop peu chargée de vin, les droits pour chaque pièce auraient de nouveau augmenté, les droits fixes de certaines localités étant absolument immuables.
Blé. Bateau portant 70 muids mesure de Paris*, c'est-à-
1. Ce rauid contenait 1874 litres, et 70 muids, en donnant au froment le poids moyen de 76 kil. l'hectolitre, pesaient 99,750 kilos, ce qui fait bien près de 100 tonneaux.
dire 1,311 hectolitres. Il devait 3 sous 8 deniers par muid;
2 deniers 1/3 par hectolitre. Bateau chargé de 35 muids,
4 sous par muid, 2 deniers 3/4 par hectolitre. Bateau portant 20 muids, par muid 4 sous 2 deniers ; par hectolitre
3 deniers 1/5. L'hectohtre de froment est cher aujourd'hui quand il coûte 20 francs ; je le mets pourtant à ce prix, et je trouve que devant 3 deniers 1/5 il était imposé très légèrement, puisqu'il ne devait que 1/2 p. 0/0. En effet la livre parisis valait intrinsèquement 2 fr. 54 en 1533, ce qui mettait le denier à 1 centime et 1/17 de centime. Je suppose, et je reste certainement au-dessous de la vérité, que le pouvoir de l'argent au xvi* siècle était triple de celui qu'il a aujourd'hui. Les 3 centimes 1/5 perçus par hectolitre vaudraient actuellement 0,10 ce qui est 1/200 de 20 francs.
Morue. Bateau portant 20.000 morues, 9 sous et 8 poissons par mille. Bateau portant 10.000 morues, 9 sous 4 deniers et 1 poisson 1/2. Le cent de morues moyennes pesant 300 kil. et coûtant aujourd'hui 50 francs, 10,000 vaudraient 5,000fr. Comme j'admets toujours que le pouvoir de l'argent est trois fois moindre de nos jours qu'au xvi* siècle, il en résulte que 10.000 morues payant intrinsèquement 1 1 fr. 60 et devant 8 poissons 1/2 par mille, les droits qu'on exigeait s'élevaient en réalité à 77 fr. , c'est-à-dire à 1/62 de la valeur du chargement.
Harengs saurs. Un bateau portant 50 lez, 5 sous 1 denier et 4 harengs par mille. Bateau chargé de 20 leths
5 sous 2 deniers 1/3 et 4 poissons par mille. En calculant ici comme je l'ai fait pour les morues, je trouve qu'un bateau portant 20 lez donnait soit en nature, soit en argent 1/60 de son chargement.
Œuvre de poids. Le millier devait 17 sous 1 denier s'il y en avait cent dans une barque ; s'il n'y en avait que 25, le millier aurait dû 17 sous 6 deniers. Le plomb coûtant en ce moment 600 fr. les l,000kilog., les 1,000 livres auraient valu 300 francs, en admettant, ce qui n'est pas tout à fait exact, que la livre ancienne pesât 500 grammes. Les
17 sols 6 deniers qui étaient dus valaient intrinsèquement 2 fr. 18 cent, et relativement 6 fr. 55. Donc un navire portant 25 milliers de plomb devait 2 fr. 18 cent, par 100 fr.
Meules. Bateau chargé de 100 meules, 2 sous 9 deniers par meule. Bateau chargé de 50 meules, 3 sous la pièce. Bateau en contenant 25 meules, 3 sous 6 deniers la meule.
Cuir tanné. Chaque cuir payait 8 deniers. 1/3.
Lit fourni et garni, 1 sou 1 1 deniers.
Dra]). Le fond payait 5 sous.
Mercerie. Le tonneau devait 22 sous 4 deniers.
Sel. Au xiv^ siècle un bateau, suivant un état que j'ai cité souvent*, devait en nature 13 setiers 1 minot, mesure de Paris et 82 sous 8 deniers. Si, d'après les calculs que j'ai faits, en m' occupant du péage de Mantes, j'ajoutais la quantité de sel représentée par cette somme d'argent, je trouverais qu'il se prenait en tout 14 setiers 3 minots pesant 5,500 kilog., ce qui fait 1/27 du chargement d'un bâtiment de 150 tonneaux. Au xvi* siècle, en laissant de côté les droits en argent, ce même bateau devant 20 setiers 2 minots pesant 7,632 kil., laissait entre les mains des péagers 1/20 — exactement 2/39 — du sel qu'il portait.
Cette grande différence, avec ce qui se prenait au XIV* siècle, vient de ce que j'ai supposé que le bateau passait à Saint-Denis à l'époque du botage et de ce que j'ai ajouté les 2 minots 1 boisseau 3/4 attribués dans cette localité au fief de la poterne, qui ne consistait sans doute au xiv' siècle qu'en un droit de rente *. Enfin, j'ai porté ici 2 setiers 3 minots qui appartenaient au roi pour son domaine de Mantes et que n'indiquaient pas les documents du xiv' siècle.
Pour en revenir aux 7,632 kil. qui étaient pris au xvi" siècle, ils auraient représenté plus de la moitié du chargement d'un bateau qui n'aurait été chargé que de 5 poises 1/2 \ Et cela seul prouve surabondamment qu'en