‹ Étude sur les eaux minérales de BourgesChapitre 6 sur 16 · MONSIEUR LE PROFESSEUR TANON · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PROFESSEUR TANON

Professeur d'Hygiène et de Médecine Préventive à la Faculté de Médecine de Paris Inspecteur Général des Services Techniques d'Hygiène

de la Préfecture de Police Conseiller Technique Sanitaire au Ministère de la Santé Publique Officier de la Légion d'Honneur

Qui a bien voulu me faire l’honneur de présider cette thèse.

Hommage reconnaissant.

A MONSIEUR LE DOCTEUR RAYMOND NEVEU Chef du Laboratoire des Epidémies Chevalier de la Légion d'Honneur

En remerciement de tous les bons conseils qu’il m’a donnés et dont l’érudition en matière d'Histoire de la Médecine m’a été si précieuse.

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La Ville de Bourges est connue, à l’heure actuelle, comme ville d'Art, Cité médiévale de la Renaissance. Ses monuments historiques, la Cathédrale et le Palais Jacques Cœur principalement, attirent chaque année un grand nombre de touristes.

Aux vx et xvirt siècle Bourges était, en plus, fort connue comme Ville d’eau, et sa Fontaine minérale attirait à elle un grand nombre demaladesquientiraient, dit-on, beaucoup d’avantages.

Les eaux de Bourges étaient surtout connues comme ferrugineuses. Durant toute la période s'étendant de 1464 à 1793, période pendant laquelle Bourges eut sa Faculté de Médecine, de nombreux traités parurent sur les eaux minérales de Bourges. Depuis la Révolution, la Fontaine minérale a été presque totalement délaissée malgré de nombreuses tentatives faites pour lui rendre son éclat d’autrefois.

Nous nous proposons d'étudier ce que furent les Eaux minérales de Bourges et de chercher si la thérapeutique actuelle peut avoir recours à elle.

Une seule source ferriguneuse a été exploitée autrefois. Elle a été connue sous le nom de Fontaine Saint-Firmin, puis Fontaine de Fer.

La Fontaine Saint-Firmin est située dans le Faubourg Saint-Privé, au fond d’un cul de sac, dit rue de la Fontaine de Fer, s’ouvrant perpendiculairement à l’avenue

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Nationale, à mi distance entre le Pont Saint-Privé et le passage à niveau de la ligne de Bourges à Saincaize.

On pénètre dans l’enclos de la Fontaine en passant entre 2 pilastres de pierre de taille après lesquels était fixé un portail. Sur le pilastre de droite on voit la place laissée par une grande plaque aujourd’hui disparue.

L’enclos est composé de deux parties très distinctes : Une promenade, et une cour dallée au centre de laquelle coule la Fontaine.

La promenade s’étend de l’est à l’ouest sur une longueur de 142 mètres et aboutit à l’établissement de Pisciculture. Au sud, elle est séparée des jardins voisins par un mur percé de plusieurs portes.

Au nord, se trouvent d’abord un fossé profond dans lequel s’évacue le trop plein de la Fontaine, puis la rivière d’Yêvre.

La promenade est divisée en deux parties dans le sens de la largeur par une allée sablée. Des arbres, assez mals entretenus, s'élèvent des 2 côtés de cette allée : 63 arbres, composés surtout de tilleuls et de quelques charmes le long du fossé et de l’Yèvre, 35 tilleuls de l’autre côté. Un banc de pierre est situé de chaque côté de l’allée.

On pénétre dans la cour dallée par une porte de fer percée dans le mur ouest. Le niveau de la cour est inférieur de 50 cm à celui de la promenade. Trois marches de pierre permettent de passer de la promenade à la cour.

Cette cour est plutôt rectangulaire ; les murs ont res-

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pectivement 7 mêtreset 5 mètres de longueur. La hauteur uniforme est de 2 mètres 50. Ces murs bâtis en pierre de taille sont percés de multiples niches destinées à recevoir les verres des buveurs. Le mur donnant sur l'entrée possède 13 niches étagées sur deux rangs, le mur d’en face en possède 11 et deux écussons gravés dans la pierre. Ces écussons ont été martelés et on ne peut les interpréter.

Le mur dans lequel est perçée la porte posséde 5 niches et on voit la place laissée en creux par une plaque de marbre ou de métal qui a été enlevée. Le mur lui faisant face posséde 11 niches.

Au milieu de cette cour dallée se trouve la fontaine. Elle est composée de 2 bassins. Le premier bassin est rectangulaire (0 mètre 65, sur 0 mètre 70) ses parois sont en pierre de taille. Le fond est fermé par une grande dalle percée d’un orifice circulaire de O0 mèêtre 20 de diamètre, par où arrive l’eau. Ce bassin à 1 mêtre 20 de profondeur et sa partie supérieure est au même niveau que la cour. Le bassin est protégé par un petit mur bâti en forme defer à cheval, l’ouverture étant dirigée vers le second bassin.

L'eau emplit ce bassin jusqu’à O0 mèêtre 60, restant ainsi à 0 mètre 60 du niveau de la cour. A cette hauteur se trouve un orifice permettant à l’eau de s’écouler dans le second bassin. Ce nouveau bassin est creusé dans la pierre, il est octogonal, 0 mètre 25 de rayon et quelques centimètres de profondeur. On y accède de la cour par 2 côtés en descendant 3 marches de pierre. De ce bassin l’au s'écoule par deux conduits passants sous la cour et va se jeter dans le fossé bordant la promenade.

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Actuellement l’eau est très limpide, et est recouverte par une très légère couche d’un produit présentant des teintes irisées. Les parois du bassin et du fossé d’échappement sont enduites d’une matière de teinte rouille.

Le débit est très faible, une cinquantaine de litres à l’heure au plus.

Nous venons de dire que la Fontaine Saint-Firmin était connue depuis fort longtemps comme fontaine minérale. M. Buhot de Kersers nous dit en avoir trouvé trace sous le nom de « Fons Ferrineus » dans un texte de 1201. Son exploitation comme fontaine médicale ne semble remonter que vers 1550. Le Docteur Berthollet dans un ouvrage paru en 1816 affirme qu’ «en 1550 elle était déjà connue sous le nom de Fontaine Saint-Firmin.» Etienne Mercier dans son livre publié en 1613 nous inindique qu’« il y a quelques 50 ans que l’on a commencé « à en avoir la connaissance, auquel temps on en usait « pour les opilations de foye et de ratelle. Depuis 30 ans « elle a esté plus en vogue ».

M. Geoffroy dans une leçon faite, en 1770, au Collège Royal, s'exprime ainsi : « Aquae Sanfirminae, gallicé, Eaux de Saint-Firmin, anno 1579, innotescere incoeperunt ».

Au sujet de l’origine du nom deux thèses ont été soutenues : M. Buhot de Kersers partant du « Fons Ferrineus » de 1201 et passant par Fernain puis Freninexplique facilement que depuis le xve siècle cette fontaine ait pris le nom de Saint-Firmin «sans que ce vocable paraisse « avoir eu d’autre origine que la prononciation vul- « garisée de l’épithète qualificative ferrugineus ».

Mais tous les auteurs anciens ont pris l’explication d’Etienne Mercier qui en 1613 écrivit : « Ceste Fontaine « se nomme vulgairement la Fontaine Saint-Firmin « selon la coutume louable du temps passé qui célébrait « les lieux rares et où il se faisait quelques miracles et « choses dignes de mémoire par le nom de quelque « Sainct, afin de leur donner plus d’authorité. Ainsi, « en Nivernais, celles de Pougues ont eu le nom de Saint- « Marcel et de Saint-Léger, et en Bourbonnais celle qui « est située sur le chemin de Sérilly tirant vers Bourbon « Archambault porte le nom de Saint-Pardoux ».

La Fontaine Saint-Firmin a été assez vite connue du public et des médecins de Bourges puisque, dès 1585, Jean Bernard, médecin de François de France, duc d'Anjou publia un « discours sur les facultés médicales de la Fontaine Saint-Firmin ». Ce travail, cité par les anciens auteurs, aurait été écrit « pour la commodité de ceux qui voudraient user de l’eau de Saint-Firmin ». Sa publication aurait attiré une affluence plus grande qu'auparavant. À la suite de cet ouvrage la Fontaine devint une des curiosités de notre ville et attira à elle beaucoup de voyageurs étrangers à la région. Zinzerlind dans on « Itinerarium Galliae et Finitimarum regionum cum appendice de Burgela », publié à Lyon en 1612, après avoir décrit la Cathédrale et quelques monuments importants de l’époque ajoute : « In suburbio Sancti Pri- « vati est fons acidularum, quo aestivo tempore matu- «tinis horis magnum numerum hominum confluere « videbis ab ïllo sanitatis praesidium quaerentium. « Calculo laborantibus in primis conducilibis fertur ».

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Dès l’année suivante, en 1613, Etienne Mercier, professeur à la Faculté de Médecine de Bourges publia un « Discours sur les vertus et faculté des eaux médicales « et minérales en général et en particulier de la fontaine « Saint-Firmin située au Faulxbourg de Saint-Privé-les- « Bourges ». Cet ouvrage du être réédité dès l’année suivante. Mercier nous explique que « Cette Fontaine « a esté par un longtemps incognue à nos devanciers qui « n’ayans observé telles vertus l’ont l’aissée et méprisée « comme chose vulgaire et de nul prix. Mais peu à peu, « par l'observation que l’on en a fait d’an en an, est « venu à tel bruit et honneur que ceux mesmes qui « estaient adversaires et ennemies des fontaines de « Pougues et Saint-Pardoux. vaincus par les expériences « qu'ils ont recognu en ceste cy ont été contrainct « de luy déférer ». Il ajoute même : « Elle est maintenant « si fréquentée, que ceste année présente par l’affluenceet « concours du peuple qui s’est présenté pour en boire, « elle a été presque souvent épuisée. Et ont estécontrains « MM. les Maires et Eschevins de ceste ville établir un « et deux hommes destinés pour puiser l’eau d’icelle « et en distribuer à qui en voudrait avoir pour empêcher «le désordre qui s’y faisait par ceux qui voulaient « puiser eux-mesmes de leur main, et y plongeaient « souvent toute la main et le bras ».

La Municipalité elle aussi s’intéressa beaucoup à la question puisque nous trouvons dans les Archives du département du Cher, en l’année 1619, trace d’un « Bor- « nage par la Municipalité de Bourges, de la Fontaine « Saint-Firmin au faubourg Saint-Privé non loin du « Petit Près Fichaut ».

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