livre, que mon livre m'a faict Ay ie perdu mon temps
de m'estre rendu conq:)te de moy, si continnenemenl, si curiensenuint ?
jjîon certes, Montui^^ne ne perihnt. [)as son temps et ne j)ouvait craindre de n'être j)as lu. Son contemporain Je Thou a dit de lui avec raison : <> C'est un » homme d'une liberté naturelle, que ses Essais im- » mortaliseront dans la postérité la plus reculée. » Il aurait été moins lu, s'il avait moins parlé de lui. Pour les esprits cpii aiment à observer, la monojjraphie d'un homme supérieur, faite par kii-méme, présente
2ô8 ETTDE SL^R LES ESSAJS DE MOATAIG.NE.
un (jrand intérêt, et quand elle est en même temps un chef-d'œuvre de style, connue les E^.s^/.s,, il est peu de livres qui puissent lui OAn; préférés. Cette étude d'un honinie, sur laquelle la j)ensée répand une lumière si belle, je la compare à un portrait de Rembrandt. C'est vrai, c'est simple, c'est intelli/jcnl au siq)r('me degré, et tous deux, Montaigne et Uembrandt, sont de merveilleux coloristes.
Vers la lin de ce chapitie, Montaigne reproche à son siècle d'avoii' mis en honneur le mensonge et la dissimulation :
Mais à qui croirons nous parlant de soy, en une
saiscju si jjastee? veu qu'il eu est peu, ou point, à qui nous puissions croire parlant d'aultruy, où il y a moins d'interest à mentii-. Le premier traict de la corruption
des mœurs, c'est le bannissement de la vérité A'ostre
veritc' de maintenant, ce n'est pas ce qui est, mais ce qui se persuade à aultruy : comme nous appelions Monnove, non celle (pii est loyale seulement, mais la faulse aussi qui a mise. Nostre nation est de long temps leprochee de ce vice : car Sahiainis ^Massilieusis, (pii estoit du temps de renq)ereur Valentiniau, dict, « qu'aux l'rançois h; » mentir et se pariurer n'est pas vice, mais une façon )) de parler. » <^)Mi vouidroit enclieiir sur ce tesmoigna{;e, il pouiioil dire (jue ce leur est à pn'sent vertu • on s'y façonna", comme à un exercice d lioniieui' ; cai' la dissimulalion est des plus notables (pialitez de ce siècle.