DE TROIS BONNES FEMMES
Il n'en est pas à douzaines, comme chascun sçait, et notamment aux debvoirs de mariage; c'est un marclié plein de tant d'espineuses circonstances, qu'il est malaysé que la volonté d'une femme s'y maintienne entière long temps : les hommes, qnoyqu'ils y soyent avecques un peu meilleure condition, y ont trop affaire. La touche d'un bon mariage, et sa vraye preuve, regarde le temps que la société dure; si elle a esté constau)ment doulcc,
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lovale, et coinmotle. En iiostiu siècle, elles reservent plus coniiiiuiKiiient à estaler lenrs bons offices et la véhémence de leur affection, envers leurs maris perdus; cherchent au moins loi's ;'i donner tesmoij'jnaye de leur bonne volonté : tardif tcsnioigna{;e et hors de saison ! Elles preuvent plnstost ])ar là qu'elles ne les aiment que morts : la vie est pleine de combustion, et le trespas, danionr et de courtoisie. Comme les pères cachent l'affcclion envers lenrs enfouts; elles volontiers, de mesme, cachent la leur en\ers le marv, ])!tur maintenir un lioniiesfe lespect. Ce mystère n'est pas de mon gonst : elles ont beau s'eschevelei' et s'espratigner , ie m'en vovs à l'aureille d'une femme de chambre et d'un secrétaire : a Comment estoient ils? Couniieiit ont ils \escn ensemble? »
C'est lii une spirituelle Ijoutade, (jui ne cloil |)as cnijx'ciicr de croiix' (jue de tout temps il y a eu plus de ])()ns nieiiafjes que de mauvais.
Ouant aux trois bonnes femmes qui font le sujet de ce chapitre, la première conseille ;i son mari, souffrant d'un mal iiuiiuable, de se tuer, el tous deux, attachés étroitement l'un à l'autre, se précipitent dans la nu'r. La seconde est la femme de Pétus, et nous connaissons tons l'exemple héroïque (pi'elle donna à son mari en se plongeant un poignard dans le sein, et en le lui présentant après l'avoir arraché de sa plaie, « finissant quand et quand » sa vie, dit Montaigne, avec cette noble, généreuse