‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 62 sur 250 · LIVRE PREMIER. log · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. log

Cela n'a aucun rapport avec Caton , non plus que les trois pages suivantes; mais c'est excellent à lire, et, comme exemple, excellent à suivre. Il nous est en effet difficile de résister à cette tendance naturelle que nous avons à jug^er des autres par nous-mêmes. Et pourtant nous aurions, dans le courant delà vie, de grands avantages à recueillir, et nous ëviterioni bien des erreurs, bien des mécomptes, en imitant Montaigne sur ce point. Par malheur, il font pour cela un esprit bien doué, et ces esprits-là ne sont pas moins rares aujourd'hui que du temps de Montaigne. Il paraît que de son temps aussi le mot de vertu était déjà passé de mode. Le dix-neuvième siècle ne saurait se vanter.de l'avoir à peu près supprimé, faute d'emploi. Consolons-nous en lisant ce qui suit, et en apprenant que nos ancêtres ne valaient pas mieux que nous :

Ce siècle auquel nous vivons, au moins pour nostre clin.at, est si plombé, que, ie ne dis pas rexecution , mais l'imagination mesme de la verUi eu est à dire : et semble que ce ne soit aultre chose qu'un iar(jou de collège:

VirtiUein verba piUaiit, ut Liicuin ligna ' :

c'est un affiquet à pendre en un cabinet, ou au bout de la langue, comme au bout de l'aureille, pour parement

1 Ils croient que la vertu n'est qu'un mot, comme ils ne voient que du bois à brûler dans du bois sacré. Horack.

110 ÉTUDE SLTR l.ES ESSAIS DE MONTAIGNE.

A la (inalriciiK' pajjc ùoll' cliapitie, Moiilai[;ne dit seulement ([uelques mots de Gatoii, pour le défendre avec Plutar(pic conlre ceux (pii l'accusaient de s'être tué parce rpi'il avait craint César, et d'avoir fait là un acte de faiblesse et de désespoir d'ambition déçue :

Sottes f;ent.s! dit ]Montai[;nc; ce personnage là feat veritablciiienl lui patron, que iiatin-u clioisil ])onr iiiontier iusquos où 1 liinnaine vertu ut fermeté ponvoit atteindre.

Je cite, d'après une note de l'excellente édition de M. Cliarles Louandre, l'opinion de Napoléon I" sur la mort de Caton. Elle est tout à lait opposée à celle de jSlonlaiMne : « La conduite de Caton a été ap- )) prouvée par ses contemporains et admin'c ])ar 1! l'bistoire. Mais à qui sa mort lut-elle utile? à César. " A nui (it-ell(! plaisir? à Césai'; et à qui fut-elle ■) funeste? à Rome, à son parti. Mais, dira-t-on, il » préféra se donner la mort à fléchir tlev;uit Césai'; » mais qui l'obli^jCiiit ;i lléchir?... Il se donna la mort !' poiu" échapper aux vicissitudes âii sort. Mais lors- " (jue son paiti élait triomphant, si le iivie du destin " avait été présenté à Caton et (ju'il y eut vu (pie » dans quatre ans C('sar, per.v' de vinjjt-trois coiqis )) de poijjnaid, tomberait dans le sénat aux pieds de •' la statue de Pompée, que Gicéron y occuperait

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