‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 89 sur 132 · REMANIEMENT ROMAIN DE FLORIAN · texte numérisé non relu

REMANIEMENT ROMAIN DE FLORIAN

spontanéité du saint : hilaris pergehat quasi ad lavacrum ; 3. On souligne l'opposition du corps et de l'âme, celle-ci libre, celui-là asservi au persécuteur.

Et voici les détails qui font penser à Vitus : 1. Le corps du martyr est protégé par un ou plusieurs aigles,, ici et là ^ ; 2. Le corps est trouvé près du fleuve par une pieuse femme qui l'ensevelit. — Par contre, on ne trouve pas trace dans Florian, non plus du reste que dans Agathe, des tendances augustiniennes, si sensibles dans Alexandre de Bergame et dans Vitus. L'auteur de Vitus est certainement étranger à Florian ; mais il est très vraisemblable que Florian a été remanié dans les milieux romains ^

Car on doit ajouter à ce qui vient d'être dit que le martyre

1 Cf. aussi Vincent.

2 Le texte primitif n'est pas, je crois, connu. Nous avons, sans doute, un texte plus court que celui dont on a donné l'analyse : deux versions en ont été publiées par Pez \Scnp. Rer. Aust. i, 36-37. In diebus Diocletiani et Maximiani... B. H. L. 3055] et par Lambertini [Trattato sopra gll atti d'alcuni santi... (Padova, 1748), p. 293. In illis diebus sub Diooletiano et Maximiano... B. H, L. 3956. Je n'ai pas pu me procurer ce dernier texte]. La version de Pez semble un résumé plutôt qu'une ébauche de notre texte long ; j'en vois la preuve dans le fait que le texte Pez, aussi bien que le texte Krusch, est dépendant à'irénée : les mots suivants du texte Pez ont été empruntés à Irênée : diuersis agojiibus concertantes christiani... deuota mente... participes efficerentur... iussit eum fustibus csedi... La version primitive devait être indépendante des gestes d'Irenée : c'est pour l'étoffer qu'on aura utilisé ceuxci. — Je remarque, en outre, que le texte Pez ignore la civitas jElium Cxtium;\Q texte Krusch la mentionne. — Le texte Pez enfin se lit dans des légendaires qui ont seulement des textes abrégés [Monacensis 14418 et Wurgiburgensis mp. th. q. 15. — D'après Krusch|.

Le début du texte Krusch est, du reste, très manifestement, une amplification de rhéteur qui parle sans rien savoir.

« In illis diebus, Diocletiano et Maximiano imperatoribus facta est persecutio christianorum, quando diversis agonibus concertantes christiani, a tyrannis illata supplicia devota mente Deo suscipiebant et promissionibus Christi participes efficiebantur : tune quidam in montibus se abscondebant, quidam autem in cavernis petrarum. Tune sanctitas et fides per pacientiam suos athletas coronabat ; haec autem Victoria ad vitam ducit aeternam. Tune impiissimi indices iussi ab imperatoribus certabant iosanienles ; Christi athletee e contrario laborabant et superabant eorum insaniam ; venerabilis ergo fides vincebat». [Krusch. m. 68 J.

Certains mss. — tel, leNamurcensis 53 — présentent plus nettement encore le caractère d'une amplification.

§ 1. Après iussi ab imperatoribus, certamen, on y lit : « crudele sanctis inferebant et insana mente in eorum exitium debachabantur, satins ducentes esse fidelium Xi carnificesquam impiorum praeceptorum contemptores... Ergo in illis diebus ».

§ 4. Après susoipe animam meam, on y lit : quam ideo dedisti ut per eam corpus meum vivificares, quamque fecisti rationabilem ut sua ratione intelligeret te suum esse creatorem... Hsec et alla secretiora locutus, ante unam

234 l'hagiographie pannonienne

de Florian était, selon toutes les vraisemblances, connu à Rome à la fin du v^ siècle. Ce que nous savons de l'histoire des Quatre Couronnés, de Quirinus et de Cantius rend l'hypothèse très plausible en soi ; et nous avons un texte qui nous oblige presque à conclure ainsi.

Le Codex Bernensis, un des manuscrits les plus importants du férial hiéronymien, rapporte ce qui suit à la date du 4 mai :

ET INNVRICO RIPENSE LOCO. Lauriaco Natale Floriani et prmcipi officii presidis ex cuiiis iussu ligato saxo collo eius déponente in fluvio anisomis siise oculis crepantibiis prœcipitatu videntib ; omnib ; circustantihus '.

Il s'agit sans aucun doute de notre martyr : ici et dans les gestes, même nom, même pays, même date d'anniversaire, même genre de mort, même punition du persécuteur.

Or, cette notice — qui dérive évidemment du texte primitif des actes ^ — a été rédigée à Rome. Le Codex Bernensis est d'abord caractérisé parTabondance des détails topographiques qu'il apporte sur Rome : nulle part plutôt qu'à Rome on n'a le droit de placer la rédaction de l'archétype. D'autre part, des notices du même type que celle de Florian, ne sont pas sans exemple dans les manuscrits du férial hiéronymien ; elles viennent toutes d'une même source, à savoir le Martyrologe Eusébien qui fut rédigé à Rome aux environs de l'an 500 ^ Les Romains de l'époque ostrogothique connaissaient donc l'histoire du martyr noricien Florian; rien d'étonnant à ce qu'ils en aient remanié les gestes.

horam non peroravit et etiam horam secundain in oratione continuasset, si sacrilegorum rabies... non prascidisset... [Anaîectay ii, 287].

Je néglige la passion métrique [B. H. L. 3057] et le remaniement verbeux Eliminatis primis pare7iiibus [B. H. L. 3058].

1 De Rossi-Duchesne, p. 54. Je crois, avec Mgr Duchesne, qu'il faut lire prœcipitatoris, d'autant que Adon écrit oculiprcecipitatoris eius crepuerunt. P. L., 123, 260.

2 Duchesne l'a montré [Bulletin Grilique, 1897, 381 et 1899, 643J.

3 G. M. R.,iv.

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