‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 98 sur 132 · CULTE DE SILISTRTE ET CULTE DE CAPOUE · texte numérisé non relu

CULTE DE SILISTRTE ET CULTE DE CAPOUE

de Rome à la fin du v® siècle : le pape Gélase [492-496] lui consacre une église \ Y a-t-il un saint Nicandre à Capoue et un saint Nicandre à Dorostoruni? Ou bien est-ce le même saint Nicandre qui est vénéré à Dorostorum et à Capoue? Et, dans celte hypothèse, est-ce le saint de Dorostorum qui est vénéré à Capoue, ou le saint de Capoue qui est vénéré à Dorostorum ?

Le texte du férial hiéronymien qui, le VIIT des kalendes de janvier, attache à Dorostorum, Antiochus, Julien, Marcien, Néandre, Marinus et Martinianus, présente une difficulté, ou du moins pose un problème. Le férial syriaque donne, à la date du 5 juin S

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A la date du 10 juin, il donne encore :

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Dorostorum n'est pas fort éloigné de Tomes. Je trouve un saint Marcien associé à d'autres martyrs à Dorostorum, un saint Marcien associé à d'autres martyrs à Tomes. Je constate enfin que, d'après les gestes, l'anniversaire de Marcien (de Dorostorum) est le 15 des kalendes de juillet, soit le 17 juin, et que, d'après le férial syriaque, ce même anniversaire tombe le 10 juin. — Faut-il admettre un, ou deux groupes de saints Marcien et socii ?

J'incline pour la première hypothèse : il n'y a eu qu'un groupe de saints Marcien et socii ; ils ont souffert à Tomes, au mois de juin. La localisation Dorostorum s'explique par l'importance de la ville qui attire les petits cultes locaux voisins •. L'incertitude des anniversaires s'explique par la pluralité des fêtes (la fête de Marcien à Dorostorum fut sans doute placée à la date d'une fête locale de Dorostorum), ou par des erreurs de traduction et de transcription *.

Dorostorum n'a pas été le terme du voyage de nos martyrs. Partis de Tomes, ils sont venus jusqu'en Italie. De tous les renseignements que nous possédons à leur sujet, le plus ancien, le plus authentique et le plus explicite est le texte du Liber Pontificalis : lorsqu'il s'agit du temps de Gélase [492-496], c'est un excellent témoin. Or, ce texte reçoit une vive lumière d'une

2 De Rossi-Duchesne, p. LVIII.

3 Cf. Dasius d'Axiopoli8 véoéré à Dorostorum également.

^ Marcien fut encore localisé en Egypte : Tomi fut lu Thmuis. Cf. Achelis : Die Martyr ologien, p. 150. — Cf. 5 juin 420, Gat. Paris, i, 344, 91« ;III, 374, 98o.

version des gestes de Marcianus et Nicander dont on n'a pas encore parlé*. Cette version, B, ignore Daria,Papianus et Pasicrates ; elle conte que les citoyens de Venafre ont emporté le corps de Nicandre et l'ont enterré m prœdio.., Paonis « où il repose aujourd'hui », tandis que le corps de Marcien a été transporté par les citoyens d'Atinum et enseveli par eux dans la basilique a. où il repose aujourd'hui », où ses bienfaits secourent tous ceux qui invoquent son suffrage a d'un cœur fidèle ».

Venafre et Atinum sont deux villes connues des environs de Capoue ^. Capoue est notablement plus près de Rome que Silistrie. Tl est vraisemblable que c'est au saint de Venafre que Gélase a dédié la basilique dont parle le Liher Pontificalis. On en vient à penser que la conduite du pape s'explique par l'épanouissement du culte, que telle est aussi la cause de la rédaction du texte, — et donc que le texte B est italien d'origine, contemporain de la construction de l'église ou quelque peu postérieur à elle.

Notre texte B repose évidemment sur un texte antérieur, sans doute -conlemporain de Jules. L'histoire de Nicandre semble tout à fait analogue à l'histoire de Quirinus ou à l'histoire à'Hermogène.

Est-ce à dire que ce texte primitif soit le texte A dont nous avons donné l'analyse? Je n'oserais pas Taffîrmer. Il ne donne pas la même impression de simplicité et d'antiquité (\\}!lrénée ou Jules, L'opposition de Daria ^ la femme forte, à la femme de Marcianus, la femme lâche, paraît être une antithèse consciemment établie par le rédacteur. L'erreur du prœses Maxime lorsqu'il croit que Nicandre est disposé à l'apostasie rappelle un jeu de scène tout semblable que présente Vitus. Le texte A doit aussi avoir été retouché. — Mais il est certainement plus proche du texte primitif, apparenté à Jules^ que notre version B. A connaît seul ce martyr Pasicrate qui est introduit

* B. H. L., 6073 [17 juin, 270 ou 2l7J. Beaii martyres sœculum hoc contemnentes... Ce texte ajoute encore quelques traits curieux : 1. Les martyrs sont titnbantibus credulitas ; 2. Lorsque Nicandre dit qu'il tient avant tout à son salut, il ajoute, pour détromper Maxime, qu'il croit au Dieu Père tout-puissant, à Jésus-Christ son Fils, et à l'Esprit-Saint ; 3, Elegisti signum niartis^ 4. Coronam quant prœpamuit Deus diligentihiis se. — 11 y a une rédaction intermédiaire [B. H. L., 6072 cite Venafre et DariaJ.

^ Juug., 38 et 29. — L'évêché de Venafre a disparu à ia fin du vi^ siècle : Gregorii Epist., ix, 68, P. L., 77, 524-525 [Cf. Hartmann, ii, 1].

3 Noter que c'est le nom de l'héroïne daus Chrysanthe-Darie. Peut-être y avait-il à Venafre un saiui local Nicandre.

SAINT DASIUS 251

de la même façon que les quarante martyrs du Norique dans Florian *, Montanus et Eusèbe dans Pollion, Donat et Romulus dans llermogène.

Gomment s'explique la dualité des remaniements? Ils se rattachent, j'imagine, à différentes étapes du culte italien. On importe au v® siècle le culte du martyr de Mésie ; on se souvient au début qu'il est un saiut étranger (texte A) ; on oublie le fait peu à peu ; on tend à se rattacher le protecteur local par un lien chaque jour plus étroit ; on le naturalise à la longue (texte B). La version où l'évolution apparaît achevée, fait naturellement disparaître Pasicrate : que pouvait-il dire aux gens de Venafre ? A date peut-être du temps de Gélase, B de plusieurs années après ^

Peut-être faut-il joindre la légende de Dasius à la liste de celles qui ont été connues et retouchées dans le monde des hagioe^raphes romains.

Ge*tes de Sous le règne des impies et sacrilèges Maximie7i et Dioclé^ Dasius de tleïiy les soldats avaient coutume de célébrer chaque année la ru m 3 f^l^ de Kronos. Celui que désignait le sort revêtait un habit rogaly marchait à la manière de Kronos et pouvait donner libre cours à ses plus folles passio7is. Au bout de trente jours, la fête prenait fin et celui qui avait joué le rôle de roi s'offrait comme victime aux idoles et se frappait de son glaive. Le bienheureux Dasius^ désigné par le sort, s'éleva, ainsi quHl est écrit dans l'Ecriture [Gant. Gant., ii, 2], comme une rose entre les épines. On lui donna l'ordre de célébrer la fête, on Vy contraignit par la violence.

[Cette abomiiiable tradition s'est conservée jusqu'à nos

1 Quelques mots de A rappellent, du reste, Florian.

2 Noter que Marciea de Tomes et plusieurs autres martyrs ses compatriotes ont influencé la légende de Forum Clodii : il est vrai que cette légende semble dater du second tiers du vi© piècle. Cf. G. M. R., m.

3 Texte trouvé et édité par Fr. Gumont : Analecta Bollandiana, xvi (1897), p. 11, sq. Oq trouve une traduction française du texte dans Leclercq : les Martyrs, ii (1903), p. 424,

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jours ; le monde na pas renoncé à ce rite infâme, il Va même rendu plus infâme encore en le renouvelant. Le jour des kalendes de janvier, des hommes aussi frivoles que les Grecs, bien quils se disent chrétiens, se promènent en grande pompe, déguisés comme le diable : ils sont couverts de peaux de chèvres, ils ont changé de figure. Us répudient le bien dans lequel ils ont été régénérés et retournent au mal dans lequel ils sont nés : ils ont confessé à leur baptême qu'ils renonçaient au diable et à ses pompes, et de nouveau ils le servent dans des œuvres mauvaises et honteuses *.]

Connaissant la va7iité de cette traditio7i, le bienheureux Dasius méprisa le diable et ses pompes et s'attacha au Christ crucifié. c< A quoi bon, se disait-il, trente jours de débauche, s'ils sont suivis d'une éternité de damnation. Mieux vaut souffrir quelques tourments pour le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, et obtenir la vie éternelle en compagnie de tous ses saints. » Quand les soldats veulent le contraindre, il déclare sa volonté : il choisit de s'offrir en victime au Christ son maître. On le conduit au prétoire du légat Bassus, il dit son 7îom et sa foi. — c< Prie les rois qui te donnent ta solde. » — (( Je sers un roi céleste, 7îon un roi terrestre, et je me nown'is de sa grâce ; je n'obéis qu'au seul pur et éternel Dieu, le Père, le Fils et l'Esprit-Saint, trois hypostases et noms dans une seule substance ; pour la troisième fois je confesse ma foi en la sainte Trinité. » — « Tu ignores, Dasius, que tout le monde est soumis aux commandements du roi. » — « Fais ce qu'il t'ordonne ; tes menaces ne changeront pas ma résolution. » — « Je te donne un délai de deux heures. » — « Inutile ; je méprise tes rois ; après cette vie je veux vivre l'autre vie. » On le torture, on le condamne à mort ; lorsqu'on le conduit au supplice, il renvei'se les idoles et répand à. teiTC les parfums ; puis il arme son front du sceau de la croix du Christ et se fait trancher la tête le 20 novembre, un vendredi, à la quatrième heure, le 24^ jour de la lune : il fut enseveli par le spiculator Jean l'invincible. Saint Dasius a combattu à Dorostorum, sous le règne de Maximien et de Dioctétien, devant le légat Bassus, tandis que règne dans les deux Notre-Seigeur Jésus-Christ, à qui gloire avec le Père et l Esprit-Saint, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen,

1 Interpolation datant du temps de Gélase. Cf. infra, p. 255.

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