L HAGIOGRAPHIE PANNONIENNE
Gestes £jn ce temps- là, sous le règne de Dioctétien et de Maxigène « mien empereurs, une persécution cruelle sévissait contre les chrétiens. Le prseses Victorianus, qui gouvernait le pays de Sirmium (in partibus sirmiensibus), arrêta d'abord les clercs, et, parmi eux, Donat, diacre de V église de Singidunum. Donat refusa d'apostasier, fut condamné et décapité, Romulus, prêtre de l'église de Sirmium, et le diacre Sylvanus furent torturés également, puis envoyés in civitatem Civàlitanam, où le frère de Donat, Venustus, fut arrêté à son tour, emmené par les ministri, et, 'sur son refus de sacrifier, décapité. Hermogène comparaît aussi et se dit chrétien. — « Quel est ton emploi {dans V église) du Christ ? (quod offîcium geris Christi ?) » — « Je suis de ceux qui ont coutume de lire aux peuples la science [divine). » — « Quels sont les commandements de la loi et les joies du salut que tu enseignes ? » — « // n'y a qu'un Dieu qui a fait le ciel et la terre; les dieux sont du bois ; ils n'ont rien en eux de divin ; ils ne peuvent rien pour toi ni pour personne. » — « Veille à tes intérêts; sacrifie. » Lorsqu'on le conduit devant l'idole, Hermogène fait le signe de croix et menace l'esprit qui s'y cache ; aussitôt le temple s'écroule, et le démon s*échappe, criant : « Qu'y a-t-il de commun entre nous, homme de Dieu ? » et il entre dans la fille de Victorianus. Victorianus implore donc le martyr : peut-il guérir V enfant ? — « Oui, dit Hermogène ; ou, du moins, Jésus le guérira, si tu crois en lui. » — « Je croirai en lui si je vois ma fille guérie. » — « Je sais que lu me trompes, et que tu ne croiras pas ; mais, pour (éclairer) ce peuple qui nous entoure, je sauverai ta fille ». Hermogène prie, pose sa main sur la tête de la possédée, fait le signe du Christ, et chasse le démon.
« B. H. LM 2309 |2i août 412).
HERMOGENE, POLLION 237
c Ce sont les dieux qui ont sauvé V enfant » , s'écrie Venustianus. L'homme de Dieu sourit; on i emprisonne , on le condamne, on lui passe un frein dans la bouche et on le promène en cet appareil à travers la ville. Lorsqu'il en est sorti et qu'il est parvenu au lieu des condamnés [ad loca damnatorum], il s'agenouille et prie le Seigneur Jésus-Christ de recevoir son esprit. On le décapite; des hommes religieux V enterrent auprès des corps des saints martyrs. Ils ont souffert le douze des Kalendes de septembre, Dioclètien et Maximien étant empereurs , tandis que règne Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui honneur et gloire, louange et puissance dans l'infini des siècles et des siècles. Amen.
Cette légende est certainement parente de la légende de Poilion.
Dioclètien et Maximien régnant décrétèrent de détruire ou de faire apostasier tous les chrétiens [initiis?]. Lorsque l'ordre arriva à la cité de Sirmium, le praeses Probus commença par les clercs la persécution qu'on lui commandait d'organiser. Il arrêta et fit tuer saint Mont anus y prêtre de l'église de Singidunum, célèbre par ses vertus. Pareillement il mit à mort Irénée, évêque de l'église de Sirmium. Puis, comme sa cruauté n'est pas assouvie, il parcourt les cités voisines ; arrivé à la ville des Cibalites, d'ouest originaire, on lésait, le très chrétien empereur Valenlinien et où mourut pour le Christ, à la persécution précédente, V évêque de cette ville, Eusèbe, il fit arrêter Pullio, le primicier des lecteurs que signalait l'ardeur de sa foi.
€ Comment t' appelles-tu ? » — « Pullw. » — c Tu es chrétien ? » — « Je suis chrétien. » — « Quelle est ta fonction [quod otficium geris] ? » — « Je suis primicier des lecteurs. » — « De quels lecteurs ? » — « De ceux qui ont coutume de lire aux peuples l'éloquence divine. » — * J'entends : de ceux qui prêchent la chasteté aux femmes légères. » — « Tu vas voir si nous sommes des gens légers... Les hommes légers sont ceux qui abandonnent le Créateur et suivent les superstitions ; non ceux qui, malgré les supplices, veulent suivre les commandements qu'ils ont lus. » — « Quels sont ces commandements ?» — Ceux du Christ, notre roi. »
i B. H. L., 6869 [28 avril, 566 ou 572. — Ruinart, 435J
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— Quels sont-ils ? » — « Il n'y a quun Dieu ; des morceaux de bois ne sont pas des dieux ; Dieu punit et corrige, il fortifie les innocents 9 enseigne la chasteté aux vierges et la pudeur aux épouses, la douceur et V amour aux maîtres vis-à-vis des esclaves, leurs frères [unius conditionis], V obéissance aux rois justes et aux puissances honnêtes, la piété envers les parents, V amitié mutuelle entre amis, le pardon des ennemis, r affection pour les concitoyens, l'humanité envers les hôtes, la miséricorde envers les pauvres, la charité envers tout le monde ; il enseigne à souffrir patiemment les injures, à ne jamais convoiter le bien a" autrui. » — « A quoi bon tout cela, si on vous tue ? » — « La vie éternelle est meilleure que celte courte vie; ce qui dure vaut mieux que ce qui meurt. »
— « Allons, obéis aux empereurs. » — « Qu est-ce à dire ? » « Sacrifie. » — « Exécute tes ordres ; je ne ferai pas ce que tu veux parce qu'il est écrit : celui qui sacrifie aux démons et non à Dieu sera déraciné. » — « Tu mourras si tu ne sacrifies. » — « Exécute tes ordres. Je dois suivre en toute vérité [tota veritate] les exemples des èvêques, des prêtres et des Pères dont j'ai appris la doctrine » . Probus prononce la sentence et le fait brûler, à un mille de la cité : il meurt intrépidement, bénissant et glorifiant Dieu qui l'accueille le même jour qu'autrefois févêque Eusèbe. Nous célébrons avec joie leur gloire et prions la puissance divine de nous associer à leurs mérites. Ces événements se sont passés dans la cité de Cibales les 5 des Kalendes de mai, sur l'ordre de Dioclétien et de Maximien empereurs, tandis que règne Notre-Seigneur Jésus-Christ dans les siècles des siècles. Amen.
Voici les points de contact d'Hermogène et de Pollion : 1. Mêmes attaches topographiques, Sirmium (Mitrovic), Singidunum (Belgrade), civitas Givalitana (Cibalte, près Sirmium) ; 2. Le martyr principal est un lecteur ici et là ; 3. Les deux textes ont même structure ; le martyre du héros principal est précédé d'un récit où Ton mentionne, sans aucun détail, la mort de plusieurs saints ' (Montanus, Irénée, Eusèbe, — Douât, Romulus, \enustus, Silvanus); 4. Les mar-
1 Comparer avec Florian : Florian est martyrisé après quarante autres chrétiens. Cf. à ce propos, F. H , vu, K. ap. (XL martyrs associés à Montanus).