‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 19 sur 143 · LE TEXTE PSEUDO-AMBROSIEN · texte numérisé non relu

LE TEXTE PSEUDO-AMBROSIEN

et c'est ainsi que Vitalis devient martyr. Mais le prêtre d'Apollon qui a conseillé Paulinus est saisi par le diable, et, pendant sept jours, au lieu même où le martyr est mort, il crie : « tu me brûles, tu me crucifies, Vitalis x> ; et, le septième jour, le diable le jette dans le fleuve, Vitalis est enterré à côté de Ravenne ; et ses bienfaits durent jusqu'à ce jour. — Sa femme Valeria voulait avoir son corps, bien qu'un songe Veut avertie de n'en rien faire. Revenant à Milan, elle rencontre des idolâtres qui sacrifient à Sylvain : ils l'entraînent (de saumario) et veulent la contraindre à partager leur repas. Elle répond quelle est chrétienne ; ils la rouent de coups, et c'est à demi-morte qu'elle est ramenée par ses hommes à Milan, où elle meurt. — Gervais et Protais succèdent à leurs parents âb intestat : ils vendent leur maison, leurs casellulae, en distribuent le prix aux pauvres et à leurs esclaves, auxquels ils donnent en outre la liberté. Ils vivent ensuite dix années dans les lectures, les jeûnes et les prières ; après quoi, ils obtiennent ainsi la palme du martyre. C'est le moment où le comte Astasius traverse la ville, pour aller combattre les Marcomans ; les dévots des temples et leurs prêtres lui disent que, s'il veut revenir vainqueur auprès des Augustes, il doit d'abord contenter les dieux: le mépris de Gervais et Protais les irrite, et ils refusent de parler. Les deux chrétiens sont arrêtés en effet : Gervais refuse de sacrifier, et rappelle que c'est Dieu seul qui peut donner la victoire ; Pvotais raille le juge qui a besoin de son sacrifice afin d'être victorieux et, à l'exemple de Jésus, il prie pour lui, qui ne sait ce qu'il fait. A la fin, tous deux sont décapités. — Alors, moi, Philippe, serviteur du Christ, j'ai furtivement et de nuit enlevé les corps avec l'aide de mon fils ; je les ai ensevelis dans ma maison, sans autre témoin que Dieu, après les avoir déposés dans ce coffre de marbre, croyant que leurs prières m'obtien* dr aient la miséricorde de Notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père et l'Esprit Saint dans les siècles des siècles. Amen.

Nous avons le très rare bonheur de posséder deux textes authentiques qui nous renseignent sur le fait d'où la légende est sortie : l'un est le récit de Paulinus dans sa Vie de saint Ambroise, l'autre, est une lettre de saint Ambroise lui-même racontant l'événement à sa sœur Marcelline.

Voici ces deux textes :

Lettre de saint Ambroise.

« Dominée sorori vitae atque oculis prœferendae frater.

cQuia nihil sanctitatem tuam soleo eorum prseterire quae bic te geruutur absente, scias etiam sanctos martyres a nobis repertos. Nam cum ego basilicam dedicassem, multi tamquam uno ore iuterpeliare cœperunt diceutes : skut romanam basilicam dedices.

Respondi : Faciam si martyrum reliquias invenero. Statiwquesubiit veluti cujusdain ardor prœsagii.

« Quid multa ? Dominus gratiam dedit : formidantibus etiam clericis jussi eruderari terrain eo loci qui est aute cancello8 sanetorum Felicis atque Nahoris. Inveui signa convenientia :

adbibitis etiam quibus per nos manus imponenda foret, sic sancti martyres eminere cœperunt; ut, adhuc uobis sileutibus, arriperelur urna et sterneretur prona ad locum saucti sepulcbri. Inveuimus mira* maguitudinis viros duos, ut priscaaetas ferebat.

Ossa omnia iutegra, sanguinis plurimum. Ingens concursus populi per totum illud biduum. Quid multa?

Condivimus intégra ad ordiuem :

transtulinius vespere iam incumbente ad basilicam Faustae : ibi vigiliœ tota nocte, manus impositio. Sequenti die transtuliuus ea in basilicam quam appellant ambrosiaoam. Dum trans-

Récit de Paulinus.

« Per idem tempus sancti martyres Protasius et Gervasius se sacerdoti revelaverunt. Erant enim in basilica positi, in qua sunt hodie corpora Naboris et Felicis martyrum : sed sancti martyres Nabor et Félix celeberrime frequentabantur, Protasii vero et Gervasii martyrum ut nomina, ita etiam sepulchra incognita erant, in tantum ut supra ipsorum sepulcra ambularent omnes qui vellent ad cancellos pervenire quibus sanetorum Naboris et Felicis martyrum ab injuria sepulchra defeudebantur. Sed ubi sanetorum martyrum corpora sunt levata et in lecticis posita, multorum ibi Satanée aegritudines perdocentur.

Caecus etiam Severus nomine, qui nunc usque in eadem basilica quas dicitur Ambrosiana, in quam martyrum corpora sunt translata, religion recepit. Obsessa etiam corpora a spiritibus iinmundis curata, summa cum gratia domum repetebaut. Sed iis beueficiis martyrum in quantum crescebat fides Eccle*»iae catholiese, in tantum Ariauorum perfidia miuuebatur. »

fVita Ambrosii. § 14. — P. L., 14, 31-32]. Cf. aussi Gaudentius : Servi. 17- P. £., 20, 963.

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