‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 84 sur 143 · SAINTE LUCIE · texte numérisé non relu

SAINTE LUCIE

pour toi un domaine qui rapporte mille sous et plus : c'est pourquoi elle aliène quelques petits biens ». Le sot croyait qu'il s'agissait d'un domaine en ce monde... A la fin, lorsqu'il voit que tout a été donné aux pauvres, il intente un procès à sa fiancée auprès du consularis Paschasius: « ma fiancée est chrétienne, elle ne vil pas selon les lois des Augustes ». Quand Paschasius lui demande de sacrifier, elle répond que le vrai sacrifice est de visiter les pauvres et les orphelins — ce quelle fait depuis trois ans — et qu'elle s'offre en sacrifice à Dieu, vivante hostie. — « Raconte ces niaiseries aux chrétiens, répond Paschasius : sacrifie! » — « Que chacun de nous observe la loi de son maître, réplique la sainte. Fais de moi ce que tu veux/» — « Tu as dissipé ton patrimoine. » — « Je lyai mis en sûreté. » — a Je te ferai conduire au lupanar ; quand tu auras été violée, il faudra bien que ton Saint-Esprit t'abandonne. » — « Le consentement de l'esprit peut seul souiller le corps ; si je suis violée, malgré moi, j'aurai double couronne, martyre et chasteté. » — « Prends garde. » — « Je suis prèle. » — Mais, lorsqu'on veut l'entraîner au lupanar, Lucie devient si pesante que nul ne peut la remuer : en vain une foule d'officiers y épuisent leurs forces, la vierge du Christ demeure immobile ; en vain on la tire par des cordes ; en vain, Paschasius fait venir les mages, et les haruspices et les prêtres de tous les temples ; en vain on la lave afin de rompre son pouvoir magique; en vain on attelle des bœufs à elle, a Quels sont donc les maléfices (maleficia), » s'écrie à la fin Paschasius ? — « Ce sont des bienfaits (bénéficia) de Dieu, répond Lucie. Adore-le, ou va-t-en ! » Mais l'insensé fait allumer un grand feu autour d'elle, où il jette de la poix, de la résine et de l huile ; et Lucie se contente de prier son Seigneur Jésus-Christ. Puis les amis de Paschasius lui suggèrent de la faire égorger ; on la frappe en effet, elle prie et elle parle aussi longtemps quelle veut : « Je vous annonce, dit-elle à la foule, que la pair est donnée à C Eglise de Dieu, que Diocléticn est chassé du pouvoir et que Maximien est mort aujourd'hui. Dieu m'a donnée à Syracuse, comme il a donné Agathe à Calane ! ». Or, les Siciliens font un rapport à César sur les pillages de Paschasius ; conduit enchaîné à Rome, il est condamné à la peine capitule. Quant à Lucicy on la laisse à l'endroit oit elle se trouvait ; du reste, elle ne rend pas l'esprit avant l'arrivée des piètres

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qui lui portent les mystères des sacrements', la foule répond amen, et elle rend Vâme. On construit une basilique à et endroit même ; ses prières y fructifient et ses bienfaits s'y multiplient pour tous ceux qui touchent son tombeau, par le Christ Noire-Seigneur ', à qui honneur et gloire, vertu et puissance dans les siècles des siècles. Amen.

Cette légende de sainte Lucie — dont le culte syracusain est attesté au v° siècle par le férial \ — existait certainement au vue siècle, et était, à cette date, connue à Rome : la preuve en est qu'Aldhelme la résume % que le sacramentaire gélasien s'en inspire 3 et qu'Honorius [625-638], consacre une église à Rome en l'honneur de Lucie \ bien que, déjà, la sainte eût dans cette ville un monastère 5.

Il est encore certain que notre texte n'a pas existé seul. Nous pouvons atteindre, à travers Aldhelme et une traduc-

1 « E. idus dcc... siracussa civi siciliae nt scae luese virg. » [p. 152]. — Un monastère de sainte Lucie à Syracuse est attesté par Grégoire le Grand. Ep. VII, 36 (39) [Hartmann, i, 484J.

2 Aldhelme nous a laitue deux textes qui ne concordent pas absolument l'un avec l'autre : le récit en prose \De laudibus virf/initatis, 45. P. L., 89, 142-143. Mihi quoque operœ pretium ride£wr...| appelle Paschasius consul tribunicia potes tate fretus 1 143, A]; il ignore la communion in extremis, il ignore le miracle de l'immobilité magique; — le récit versifié [De laudibus virginum, P. L.. 89, 269, c.«Gum stolidi proceres quimundi régna regebant...»] conte que Lucie pousse sa mère à toucher le tombeau d'Agathe ; il connaît le miracle de l'immobilité magique (les bœufs ne peuvent traîner la sainte au lupanar) ; mais il ignore la commuoiou in extremis. — Il est très possible qu'un rédacteur inconnu ait supprimé le miracle de l'immobilité, et que cette suppression ne soit pas le fait d'Aldhelme.

La version d'Adon dépend de A [13 décembre, P. L , 123, 413-4141 : comme A, elle mentionne la communion in extremis. ;{ Wilson, p. 364, appendice.

4 L. P., i, 324 (Honorius) « t'ecit ecclesiam beatœ Lucise in urbe, iuxta sanc'um Silvestrnm ».

5 Gregorius Probo... « Probus abbas monasterii Sanctorura Andréa? et Luciœ vestris... desiderat aspectibus prœsentari [Hartmann, n, 275|.

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