EXPÉRIENCE I
Lapin 1. Poids: 2 kg. 800, gros, bien portant.
27 septembre. — Après contention, on lui rase la peau du dos (région lombaire) sur un carré de quelques centimètres de côté. Asepsie locale.
Incision para-épineuse, avec deux incisions en T aux extrémités, comprenant la peau et l’aponévrose.
Désinsertion des fibres musculaires des gouttières,et mise à nu des arcs postérieurs des troisième et quatrième vertèbres lombaires. Abrasion des apophyses épineuses des vertébres à la cisaille coupante, et ablation des lames au niveau de l’émergence de la troisième racine lombaire.
Hémorragie musculaire modérée, vite arrêtée par tamponnement. Hémorragie osseuse en nappe, très abondante. L'animal perd en moins de cinq minutes plus de 15 cent. cubes de sang. Le sang coule dans la plaie et le canal rachidien ouvert.
A deux reprises (lamnectomie et tamponnement), violente secousse de l’arrière-train à la suite d'un attouchement des
racines postérieures.
Au bout de cinq minutes, on prend avec une seringue de Pravaz deux ou trois gouttes de sang dans la plaie, et apres avoir perforé la dure-mère, on l’injecte lentement (quatre à cinq secondes) dans la moelle. Quantité injectée, environ un 1/2 cent. cube.
Suture musculaire (soie) et cutanée (fil métallique).
L'opération terminée, l'animal, qui avait conservé sa vivacité jusque-là, change brusquement d'aspect. Il demeure indifférent, ne remue pas une fois détaché; puis moins d’une minute après, surviennent quelques convulsions légères et il meurt.
Immédiatement :
Autopsie. — La moelle est enlevée depuis le milieu de la région dorsale jusqu’à la partie la plus inférieure du renflement lombo-sacré.
Peu d’hématorachis. L'hémorragie opératoire, qui a inondé les muscles et la face externe des corps vertébraux, n’a presque pas pénétré dans le canal rachidien.
Il n'y à qu’un peu de sang, très peu, sur la longueur d’une vertebre à peu près, au-dessous de la plaie osseuse, et sur deux à trois millimètres au-dessus.
L’hématomyélie expérimentale, qui s'accompagne d'hémorragie intraméningée, semble un peu plus étendue, par les taches que l’on voit à travers la dure-mère.
EXAMEN MICROSCOPIQUE. — Fixation par le formol, sauf quelques parties mises dans le liquide de Müller.
Inclusion à la celloïdine. Coupes sériées. Coloration: hématoxyline; Weigert-Pal; picro-carmin ; van Gieson ; thionine.
A, — Au niveau de l'injection
La lésion a porté sur le 3° segment lombaire. En ce point, la forme générale de l’organe est conservée, mais sa disposition intérieure est complètement bouleversée, et, dans sa partie
postérieure tout au moins, on ne retrouve rien, à première vue, de la structure normale de la moelle.
La pointe de l’aiguille a pénétré dans le cordon postérieur,
un peu à droite du sillon médian postérieur. Son trajet, assez oblique, se dirige en avant et un peu à gauche. La pénétration a été inférieure à la moitié de l'organe ; c’est vers la commissure postérieure, dans la corne postérieure gauche, ou dans son voisinage immédiat, que l'hémorragie s’est répandue dans letissu médullaire.
La région centrale et les cornes postérieures ont absolument disparu. A leur place, on trouve, soit des caillots, au sein desquels on ne peut plus reconnaître aucun élément organisé, soit des débris divers. On ne peut retrouver la place du canal central. De distance en distance, la rétraction des caiïllots les plus compacts a laissé quelques vides dans la coupe.
Tout autour de ce foyer, irrégulier dans sa forme et dans sa constitution, comme on peut le voir sur la figure 4, l’hémorragie s’est étalée en éventail, pénétrant dans la substance blanche, suivant une disposition irrégulièrement radiaire,
Fi6. 1. — Coupe au niveau de l'injection Troisième segment lombaire. La substance grise est entièrement détruite, sauf dans sa partie la plus antérieure. (Pour cette figure et pour les suivantes, la substance grise est indiquée par des hachures horizontales, l'hémorragie par une teinte noire progressivement croissante depuis l'infiltration légère jusqu'au caillot compact).
On peut suivre dans les régions postéro-latérales de la moelle, se superposant en quelque sorte aux septa névrogli-