CHAPITRE PREMIER
Historique
De toutes les localisations viscérales du kyste hydatique, la plus anciennement connue est sans aucun doute celle du foie. Hippocrate, Arélée de Cappadoce, Galien en parlent dans leurs œuvres. Par contre les anciens n’avaient aucune notion du kyste hydatique cérébral.
D'ailleurs, jusqu’à ces dernières années, le kyste hydatique du cerveau était considéré comme une rareté pathologique, une affection étrange et difficilement explicable, on ignorait son mode de développement, son évolution, et les quelques faits isolés que l’on relevait çà et là dans la littérature médicale ne permettaient pas de tracer aussi exacte que possible une étude clinique et thérapeutique de cette maladie.
Le kyste hydatique du cerveau est en réalité une affection beaucoup plus fréquente qu’on ne le pensait jadis. La connaissance plus précise du parasite, de son développement, de son mode de propagation
a permis d'approfondir la pathogénie ; par une rigoureuse et attentive étude clinique, on a essayé de dégager les symptômes qui faciliteront le diagnostic. Enfin les progrès de la chirurgie cranienne sont tels que l’on peut espérer rendre meilleur dans l'avenir le pronostic de cette grave maladie, regardée longtemps comme incurable.
C’est vraisemblablement à Wurffbain, professeur à l’Académie Léopoldine (1690), que nous devons la première observation de kyste hydatique du cerveau chez un enfant. Il s’agit de & deux hydatides » trouvées dans le cerveau d’un enfant hydrocéphale ; l’auteur, il est vrai, ne précise pas davantage les caractères de ces hydatides.
Kerckring (1700) publie une courte observation d’hydatides développées autour des artères temporales.
Aran (1841) est l’un des premiers auteurs qui écrit un intéressant €« Mémoire sur les hydatides ou vers vésiculaires de l’encéphale ».
Le magistral Traité des Entozoaires de Davaine, (1860) approfondit la question.
Puis, les observations se multiplient, les kystes hydatiques de l’encéphale commencent à susciter de nombreux travaux, des thèses qui sans traiter directement le kyste cérébral chez l'enfant n’en exposent pas moins les différents caractères de l'affection et nous donnent de précieuses indications sur ce cha-
pitre de pathologie infantile que nous nous proposons d'étudier.
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Citons particulièrement les thèses de Livois (1843), Clémenceaux (1871), Danlos (1859), Bobrie (1881), Odile (1884), Szezypiorski (1890), Guérineau (1893), Auvray (1895), Flammarion (1896), Roche (1895), de Léon (1903), Rieder (1904), Kolbe (1905), Hardeyger (1905). Enfin, la remarquable thèse de Dévé (1902), sur (l’Æchinococcose secondaire » est venue ouvrir de nouveaux horizons sur la pathogénie.
Dans le domaine de la pathologie infantile, le kyste hydatique du cerveau,ainsi que nous le disions, fut longtemps considéré comme une rareté. Trousseau dans ses Cliniques disait : (Que l'affection hydatique ne se rencontre guère que chez les individus arrivés à l’adolescence ou à l’âge moyen de la vie » : et Thomas (Australie) prétend «qu'aucun âge n’est exempt d’hydatides,et que sans nul doute les probabilités d'infection chez les enfants sont relativement faibles » ; c’est aussi l’avis de Madelung qui regarde cette affection comme très rare chez les enfants. Bouchut disait que les entozoaires du cerveau sont encore moins communs chez l'enfant que chez l’adulte ; «ils donnent lieu à des phénomènes insidieux et bizarres qui rendent leur évolution curieuse à étudier ».
Différents auteurs, entre autres, Revilliod, d'Espine et Picot, Berton ; à l'étranger, Mauthner (de Vienne), Gerardt, Baginski, Unger (de Vienne), Vogel (de Dorpat), Wets mentionnent dans leurs ouvrages le kyste hydatique du cerveau chez les enfants, mais, en général, considèrent cette affection comme excep-
tionnelle comparativement aux autres maladies du cerveau.
La communication de Verco au Congrès de Melbourne (1893), et surtout le travail de Cranwell et Vegas : Los quistes hidatidicos en la Republica Argentina (1901), (Traité des maladies de l’enfance, Grancher-Comby), par les nombreuses observations qu’il contient, le traité de Chipault sur la chirurgie nerveuse, les travaux des auteurs argenins, Estévès, Castro, Llobet, des Australiens tels que Verco, enfin récemment l’excellent article de Babonneix, viennent préciser l'étude clinique et faire connaître les diverses méthodes de traitement du kyste hydatique du cerveau.