OBSERVATION LXXX
(Wurffbain. — Miscellanea curiosa sive Ephemeridum medicophysicarum germanicarum Academiæ imperialis Leopoldinæ nalturæ curiosorum. — Decuriæ II, annus nonus. Anni MDCXC, p. 427) (x).
De hy drocephalo interno cum violentissima capitis tergum
versus retractione convulsiva
Christophe-Frédéric Kausler, homme peu fortuné, avait eu en septembre 1686 un fils du nom de Laurent. À moins de deux ans, l'enfant parlait, se tenait et marchait selon l'ordinaire de cet âge tendre, sans aucune gêne, quand tout
à coup, le re" janvier 1689, il se mit à donner des coups de la
tête, à balbutier, à chanceler sur ses pieds. Le mal s’aggra-
1. L'Académie des Curieux de la Nature, fondée en 1652 à Leipzig, par le médecin Bausch, se réunit successivement à Breslau, à Nuremberg et à Bonn. En 1677, l'empereur Léopold I la prit sous sa protection, l’établit à Vienne, et lui donna son nom d’Académie Léopoldine.
vant, il fut frappé de paralysié, ses jambes et ses pieds se raidirent ; l'urine coulait involontairement et continuellement, la voix se perdit, tellement qu'il ne proférait que très rarement quelques mots confus, accompagnés d’une sorte de rire. En même temps, la tête prenait des dimensions extraordinaires, et le corps se rejetant un peu en arrière par saccades, le cou se recourbant en arc, elle retombait avec une grande violence vers le dos, et se couchait sur les épaules, où elle restait adhérente, pendant que le pauvre petit poussait des cris, jusqu'à ce que la main de sa mère ou des assistants la redressât, et lui fit reprendre la position naturelle, absolument, comme il arrive, au dire des auteurs, dans l’espèce de convulsion qu'on appelle opisthotonos.
Il fut apporté par sa mère au couvent de Sainte-Catherine, affecté à nos assemblées par la bienveillance du Sénat. Les
membres de notre collège s'y trouvaient réunis, pour un
autre motif: ils constatèrent ces symptômes et les discutèrent
selon les règles de la science médicale. Le président de l'Académie Léopoldine, doyen perpétuel de notre collège de Nuremberg, messire Volckamer père, dans sa libéralité coutumière pour les malheureux et les pauvres, s’engagea à payer de sa bourse les médicaments, si quelqu'un de notre ordre voulait se charger gratis du traitement ; je m'offris en même temps que Hélianthe IT, messire Volckamer jeune, digne fils d’un tel père et mon très cher collègue, et dès le lendemain, nous commençâmes la cure avec l’aide de Dieu. Nous prescrivimes divers médicaments céphaliques, antispasmodiques et antiépileptiques, sans omettre les laxatifs et les clystères, la tête rasée au rasoir, frottée ainsi que l’épine
dorsale avec des mixtures et des esprits antiparalytiques et
St
fomentée avec des sachets dé Nervinius, enfin un bain spécialement préparé. 3
Et parce que, pour des raisons assez extraordinaires que je passe ici volontiers sous silence, les parents avaient eu quelque soupçon d’empoisonnement, on appliqua aussi la fumigation, très recommandée en pareil cas, avec l'emplâtre fétide de Mynsichtus. Mais, sauf amélioration passagère, de l’un ou l’autre symptôme, tout fut inutile et sans effet, et notre malade, très amaigri, après avoir (au rapport des parents et voisins) versé durant plusieurs jours des larmes de sang, exhala tranquillement, le 17 juillet 1690, la petite âme qui habitait son pauvre corps.
La mère nous invita à pratiquer une section du cadavre et spécialement d’une partie de la tête où, selon une vaine prédiction de son enfant, elle s’imaginait qu'on découvrirait je ne sais quel étrange dépôt de crins, d’aiguilles, etc. Nous agréâmes volontiers sa demande, et nous primes avec nous comme témoins messires Pierre Bürger de Kæœnigsberg qui, revenu d'Italie, séjournait alors ici à Nuremberg, et mon cher parent Georges-Jacques Lang. Le cadavre était horrible à voir ; ce n’était qu'un squelette recouvert d’une peau, mesurant en longueur avec la tête une aune de pays, plus un tiers d’aune ; la masse monstrueuse de la tête, mesurée au fil en circonférence, égalait exactement une aune entière. Le péricrâne ayant été découvert, les sutures qui apparurent d’abord n’adhéraient pas très fortement, s'entr'ouvraient beaucoup et cédaient facilement sous la pression du doigt. Le crâne assez épais par rapport à l’âge, ayant été enlevé, tout était fluctuant sous les méninges qui adhéraient très fort
au crâne, et celles-ci ayant été coupées en deux et séparées, Beauduin 12
nous vimes le cerveau très gonflé, avec ses vaisseaux sanguins qui en parcouraient les diverses circonvolutions ; à l'ouverture, s’offrit à nos yeux une quantité considérable de liquide qui séjournait dans les ventricules et qui remplit une mesure entière. Nous constatämes aussi aux environs des tubercules mamillaires, « deux hydatides », qui, sous une légère pression, laissaient couler un liquide séreux mêlé d'un peu de sang, véritable cause peut-être des prétendues larmes sanglantes dont avaient parlé les parents. La substance même du cerveau était dense. caséeuse, et surtout à l'intérieur des ventricules, membraneuse ; le cervelet était jaune, peuplé de corpuscules glanduleux remplis d'un liquide gluant,
et exhalait une odeur désagréable.