SURÉLÉVATION CONGÉNITALE DE L'OMOPLATE
(D' FroeicH. Revue méd. de l'Est, 1910)
C'est une petite fille de 7 ans qui est atteinte de cette malformation au niveau de l’épaule gauche. L’omoplate gauche est surélevée et son angle fait uné saillie, visible à l’œil, au-dessus de la partie moyenne de la ligne qui va de l’épaule à l'oreille.
L'omoplate est plus petite que celle du côté opposé, non seulement elle est remontée, mais elle a subi un mouvement de bascule qui 4 rendu son bord spinal oblique, de
la ligne médiane vers la partie moyenne de la clavicule.
La ligne des apophyses épineuses est droite, mais il existe néanmoins une scoliose des corps vertébraux à concavité gauche. Le bras peut être placé en observation, il dépasse légèrement la perpendiculaire, mais ne peut être élevé en l'air, parallèlement à la tête comme celui du côté sain. Ce mouvement est douloureux. Il y a gêne fonctionnelle. Au palper, on sent que la saillie qui trouble la ligne de l’épaule est dure, osseuse, un peu recourbée en avant et en dedans.
L'enfant présente en outre une petite malformation thoracique du côté gauche ; les 4 premières côtes appartenaient à une eirconférence de rayon plus grand que les côtes suivantes. Il y a donc là une encoche en escalier sur la partie latérale gauche du thorax.
A la radiographie, on voit Jl’omoplate avec son bord spinal dépasser largement la clavicule. On aperçoit aussi, partant de la 33° vertebre cervicale, un prolongement 0sseux, visible nettement et allant de l’apophyse transverse vers l’angle spinal supérieur, anormalement saillant de l’omoplate surélevée. Ce prolongement est-il complet et analogue à la réunion par os surnuméraire entre la 7° vertèbre et le bord spinal signalé par certains auteurs, comme cause de la malformation ? Peut être aussi s’agit-il d'un rudiment de côte cervicale.
Dans un cas précédemment décrit et opéré, nous avons trouvé comme cause de la surélévation un raccourcissement par sclérose des fibres du trapèze (ce qui rendait la surélévation de l’omoplate analogue au torticolis).
On a aussi fait de la surélévation de l’omoplate une
malformation régressive, les grenouilles et certains pois-
FLD de
sons ayant un prolongement vers le rachis de l'angle supérieur de l'omopiate
Enfin on a attribué la lésion à un arrêt de développement, à une non descente des omoplates pendant la vie intrautérine, pendant laquelle elles sont tout d’abord placées des 2 côtés de la nuque.
La radiographie montre aussi la discordance entre le rayon des 4 côtes supérieures gauches et des côtes inférieures, entre les 2 groupes existe un hiatus bordé par 3 côtes inbriquées l’une sur l’autre.
De plus on voit la scoliose légère à convéxité gauche des corps vertébraux -elle est située au niveau des 4 premières vertèbres dorsales.
Cette scoliose est due à l'intercalement entre la deuxième et la troisième vertèbre dorsale d’un fragment vertébral surnuméraire triangulaire, placé du côté de la convéxité de la courbure, donc à droite.
La scoliose est trop peu prononcée, pour qu’il soit nécessaire de la traiter. Quant à la surélévation, le trouble fonctionnel est actuellement minime, mais le trouble esthétique est net, les deux peuvent augmenter : nous ferons donc l’ablation du bec saillant de l’omoplate, opération: que nous avons déjà pratiquée chez notre premier malade et qui nous a donné un résultat très bon.
L'opération a permis des constatations intéressantes : au niveau de l’angle supérieur spinal saillant de l’omoplate qui fut réséquée, existait une‘petite tumeur molle du volume d’une noisette, constituée par du tissu lipomateux : les lobules de celui-ci étaient plus denses et plus
petits, de plus ils avaient une coloration blanc gris,
CU
comme les lipomes congénitaux, diffèrant de la couleur jaune clair du lipome ordinaire.
Un fragment de 2? centimètres de l'angle de l’omoplate fut enlevé à la pince coupante.
Sur le trajet entre cet angle et la colonne vertébrale, on percevait à travers la plaie un petit noyau gros comme un fort pois. Par une seconde incision postérieure, ce noyau fut extirpé.
Il était composé d’une coque fibreuse qui se perdait à ses 2? extrémités (celle dirigée vers le rachis, et celle qui descendait vers l’omoplate) dans un tractus fibreux.
Dans cette coque existaient 2? noyaux de fibro-cartilages articulés l’un avec l’autre par leur milieu.
Il semble donc bien que dans le cas particulier la surélévation congénitale de l’omoplate était due à l’existence d’une production ostéo-fibreuse embryonnaire entre l'angle
de l’omoplate et le rachis cervical.