UPSAL
De G3Z
Table des Matières.
Introduction page u
Lexicographie „ 1.
De l'Article „ —
Du Substantif „ —
De l'Adjectif „ —
Des Noms de Nombre „ 2.
Du Pronom „ 3.
Du Verbe „ 7.
De l'Adverbe „ 14.
De la Préposition „ 17.
De la Conjonction „ 18.
Syntaxe „ 20.
De l'Article défini „ 21.
De l'Article partitif „ —
Du Substantif „ 22.
De l'Adjectif , „ —
Des Noms de Nombre „ —
Du Pronom „ 23.
Du Verbe „ 29.
De l'Adverbe „ 35.
De la Préposition „ 39.
De la Coiyonction „ 40.
Orthographe „ 43.
ftlossaire „ 46.
Etude sur les Mémoires de Philippe de GomiDes.
Par
Per Adolf Geijer.
Introduction.
^près son apogée, qui embrasse les douzième et treizième siècles, la langue d'oïl eut une longue époque de transition pour se transformer en français moderne. Pendant cette époque, qui s*étend jusque bien avant dans le seizième siècle, la hingue française, ainsi que la nation française elle-même, eut à subir bien des changements. Il y a toujours une grande conformité entre les révolutions d'une langue et celles que subit la nation dont elle est parlée. La langue et la nation françaises ne font pas exception à cette règle générale. De même qu'à cette époque le système féodal fait place à une monarchie forte et puissante , de même les dialectes des diverses provinces se confondent dans une seule langue commune à tous les Français cultivés. Mais la révolution qui, alors, s'opéra dans l'idiome français ne s'est pas bornée à cela. C'est à cette même époque que le français perd son caractère de langue synthétique et devient analytique; la langue d'oïl fait place au français moderne. Or, il est clair qu'une révolution aussi profonde ne peut se faire que bien lentement dans une langue parlée par une grande nation possédant déjà une littérature riche et variée. Il faut bien un long espace de temps, marqué de grandes variations sociales, pour faire oublier le passé et pour faire naître et fixer ce qui est nouveau. Depuis que la langue d'oïl a commencé à se défaire, il a fallu près de trois siècles pour former le langage actuel.
Comparée aux siècles précédents qui abondent surtout en ouvrages poétiques d'un grand mérite, cette période est littérairement stérile; ce qu'elle a de commun avec toutes les époques de transition. La veine poétique de la nation française est tarie; le goût de la chevalerie, qui inspirait autrefois les poëtes, a perdu son charme, et les nouvelles idées n'ont pas encore atteint leur entier développement. Il en est
II p. A. Geijer.
de même de la prose; les ouvrages prosaïques de cette époque, considérés sous un point de vue littéraire, n'offrent en général que peu d'intérêt Cependant, cette époque même ne manque pas complètement d'auteurs dont les ouvrages attirent encore les lecteurs cultivés. Froissart, Antoine de la Sale, Gomines et plus tard Rabelais sont encore de nos jours lus et admirés.
Il en est bien autrement de cette période, si on la considère du côté de la linguistique. Rien de plus intéressant que d'observer comment l'idiome prend peu à peu un caractère moderne. Les traits caractéristiques de la langue d'oïl s'effacent l'un après l'autre; les constructions perdent leur ancienne tournure, et dans le vocabulaire, on retrouve de plus en plus les termes de nos jours.
Nous étant proposé de donner un exposé de la langue française comme elle se présente dans un des auteurs les plus renommés de cette époque, notre choix est tombé sur Philippe de Comines. N'ayant pas eu le loisir d'examiner à fond le langage de plusieurs auteurs contemporains, il ne nous est l'esté que d'en choisir un dont les écrits donnent une image fidèle du français de son temps. Or, de tous les auteurs qui nous sont connus, il nous a paru que Gomines réunit plus qu'aucun autre les qualités requises pour servir de modèle du bon langage du temps. Ge qui fait qu*à cet égard Gomines est à préférer aux autres écrivains distingués de son époc^ue, c'est le caractère de l'ouvrage qu'il nous a laissé, en même temps que les circonstances où il vivait. Dans ses Mémoires, ayant pour but de donner des renseignements utiles aux princes ou autres gens de cour, il fait une relation des événements politiques dont il a été témoin; ce qui lui fait choisir un style net et même élégant. La plus grande partie de sa vie s'étant écoulée à la cour du duc Gharles le Téniéraire et à celle du roi Louis XI, où il eut communication avec les gens les plus notables du temps, il a dû s'accoutumer au langage soigné qui, de tout temps, a été propre aux courtisans et aux politiques. Aussi le langage de Gomines, comparé à celui de ses contemporains, est-il bien développé et ressemble plus au français moderne que celui de plusieurs auteurs qui lui sont postérieurs.
Dans la supposition que la vie de Gomines n'est pas connue à tous nos lecteurs, nous allons donner sur cet homme remarquable une notice succincte pour laquelle nous avons suivi les renseignemets donnés par Petitot dans son édition des Mémoires de Gomines.
Philippe de Gomines, issu d'une famille ancienne et distinguée de Flandre, naquit en 1445. A l'âge de neuf ans, il perdit son père et
Etude sur les Mémoires de Philippe de Cornines. ^
eat pour tuteur ud de ses parents, qui lui fit donner une éducation assez soignée, si Ton considère la négligence avec laquelle la noblesse de ce temps-là fut en général élevé. Il apprit à parler assez bien italien, allemand et espagnol. Cependant, on ne lui enseigna pas le latin, langue dont la connaissance fut alors d*une grande importance non-seulement au clergé mais encore à ceux qui se mêlaient de politique. Aussi, dans un âge plus avancé, il a beaucoup regretté de ne pas le savoir. Du côté du style cependant, ce manque lui a été favorable, puisque, ainsi, il a pu éviter un vice qui alors compromit la langue française, le latinisme. L'étude de Thistoire Tintéressa beaucoup; ce qu*ii a de commun avec tous les hommes supérieurement doués qui s'occupent de la politique. A un bel extérieur, il joignit un esprit pénétrant et une mémoire prodigieuse.
En 1464 il entra dans le service de Charles, comte de Charolois, plus tard duc de Bourgogne. Dans peu de temps, il gagna la confiance de son maître et fut admis dans son intimité. Cependant, Cornines s'aperçut bientôt que Charles le Téméraire, qui menait mal ses affaires et était peu versé dans la politique rusée de son époque, n'était pas un prince de son goût; tandis que le roi de France, Louis XI, "qui estoit bien sage**, réunissait toutes les qualités alors nécessaires à un grand souverain. Il est à croire que c'est dans les caractères dissemblables des deux adversaires quMl faut chercher les motifs qui ont déterminé Comines à quitter la cour de Bourgogne pour passer du côté de Louis XL Ce fut en 1472 qu il fit cette démarche qui met son intelligence dans un meilleur jour que sa morale.
Arrivé en France, il fut reçu de Louis XI, qu'il avait sauvé à Péronne (en 1468) des mains du duc de Bourgogne, en le prévenant des intentions de ce duc. Ce roi clairvoyant sut apprécier les talents de Comines. II en fit son confident et l'initia à tous les secrets de sa politique. Comines, de son côté, s'attacha à Louis XI, qu'il regardait comme le modèle des rois. L'intimité entre ces deux personnes, qui étaient bien faites pour s'entendre, se conserva jusqu'à la mort de Louis XI, après laquelle Comines eut l'inprudence de servir les intrigues du duc d'Orléans; ce qui lui attira un procès. Déclaré coupable, il fut condamné à de grosses amendes et à rester pendant dix ans dans une de ses terres. Ainsi éloigné des afi'aires, il employa ce temps à satisfaire l'activité de son esprit en écrivant les six premiers livres de ses Mémoires, y exhorté par l'archevêque de Vienne, Angelo Catto. Quant aux deux derniers livres, qui traitent du règne de Charles VIII, on ignore l'époque à laquelle ils sont écrits.
Cependant, il lui fut permis de rentrer aux afi^aires déjà bien
^ p. A. Geijer.
avant la fin du temps fixé. Lors de l'expédition d'Italie, il rendit de grands services à Charles VIII, mais il n'eut jamais sa confiance entière. Après la mort de ce roi, il alla ofi^rir ses services à son successeur au trône, Louis XII, qui paya d'ingratitude le dévouement avec lequel Gomines s'était attaché à ses intérêts pendant qu'il était encore duc d'Orléans. Le nouveau roi lui conserva ses pensions, mais refusa de l'employer. Peut-être qu'il se défiait d'un ancien ministre de Louis XI. Ainsi repoussé, il se retira dans la terre d'Argenton que lui avait apportée en dot sa femme, Hélène de Jambes. Il y mourut en 1509, à l'âge de soixante-quatre ans.
Ses Mémoires sont le seul ouvrage littéraire qu'on connaisse de lui. Il y donne l'histoire du temps d'une manière qui le met fort en avant des autres chroniqueurs de cette époque. Gomines y fait prendre à rhistoire un caractère nouveau; chez lui elle devient critique. On ne retrouve plus la prolixité naïve de Froissart, "qui peint toute chose, par impuissance de rien généraliser." En traçant le tableau des grandes intrigues politiques de Louis XI, il prend plaisir à en démêler consciencieusement toutes les complications, sans jamais dévier de la vérité et sans jamais se perdre dans les détails inutiles. Ses digressions étant toujours à propos, ne s'écartent pas du sujet. Aimant à orner ses récits de réflexions et de maximes politiques, il en donne peut-être un peu trop, mais on ne saurait nier qu'elles ne soient pratiques et ingénieuses ni qu'elles n'aient pu être utiles à ceux qui se mêlent de politique, et c'est pour ceux-là surtout qu'il a écrit ses Mémoires. — De tout temps, les Mémoires de Gomines ont été appréciés et l'on en connaît des traductions dans toutes les langues. La traduction suédoise faite par Ericus Schroderus est de 1624.
Ayant pour but de donner aux lecteurs de cette étude une juste idée de la physionomie du langage de Gomines, nous avons cherché à recueillir tous les restes du vieux français qu'il conserve encore. D'après leur caractère, nous les avons rangés dans les quatre parties suivantes: la lexicographie j la syntaxe ^ V orthographe et le glossaire.
Parmi les éditons de ces Mémoires que possède la bibliothèque de Tnniversité d'Upsal, nous avons donné la préférence à celle de Petitot, qui est revue sur les meilleurs manuscrits conservés jusqu'à nos jours. — Des ouvrages philologiques que nous avons consultés, nous voulons citer ceux de M M. Bartsch , Burguy, Scheler, ainsi que les dictionnaires de l'Académie française (6:e éd.), de Trévoux (éd. Paris 1762) et de M. Littré.
Lexicographie.
De l'Article.
La seule chose qui soit à observer sur la déclinaison de l'article, c'est que la contraction de la préposition en devant les en éê est encore d'usage:
Rubempré hantoit es environs. I, 1.
Nourry es anciennes guerres. I, 2.
Cachés es bois. I, 4.
Du Substantif.
A l'exception d'un nombre de substantifs dont l'orthographe diffère de celle qui est établie actuellement, lesquels seront mentionnés dans le Glossaire , la partie lexicographique du substantif n'o£fre qu'une particularité que l'on ne retrouve pas dans la langue moderne; à savoir que les substantifs terminés en é prennent au pluriel la terminaison ez au lieu de es:
Laschetez et mechancetez. II, 3.
Communautez. II, I. Cruautez. II, I.
Fossez. I, 9.
De l'Adjectif.
De même que la lexicographie des substantifs offre très-peu de traces de l'ancien français , de même celle des adjectifs ne diffère guère de l'usage actuel. Les seuls restes de l'ancienne langue sont les suivants:
l:o Les adjectifs fol^ mol^ vieil (vid I, 4) n'ont pas encore adopté les formes fou, mou^ vieux:
Car ils ne les nourrissent seulement qu*à faire les fols en habille-
mens et en paroles. I, 10.
Ce fol Morvillier parla si bien à vous. L 12. •Taimerois tousjours mieux Tivre sous les sages que sous les fols. I, 16. Fort pays et mol. Vin. 16.
Le pays de soy tant fangeux et mol. Il, 3.
2 P. A, Geijer.
Voyez vous bien cet homme, combien qu*il soit bien yieil, si est-il
de sa personne bien sain. II, 2.
Xayoye un cheyal extrêmement las et yiel. I, 4. Un yieil cbeyalier de Bourgogne, ni, 10.
j 2:o L*adjectif grand offre qaatre formes différentes an singulier du genre féminin; savoir grarUy grande grancT et grande^ desquelles grande s'emploie comme attribut, devant une voyelle et quelquefois même devant une consonne, grant^ grand et grand' devant une consonne:
Encore fait Dieu grand'grace à un prince quand il sait le bien et le mal. I, 10.
Les uns deyers Paris: qui deyoit estre la grand* compagnie. I, 11.
Grand folie est à deux princes. II, 8.
L'alarme fut fort grande. I, 11.
Son ost estoit en très-grand*necessité de yiyres. I, 13.
Donnant grande charge audit seigneur de Charolois de cette folie. I, 13.
Veu que la matière n*est gueres grande. Il, 3.
Elle est de grande estime. I, 13.
Parquoi fut grande oeuyre d*allier etc. V, 1.
Et ne se fit point sans grant dépense. V, 1.
Son obstination luy porta grant perte. V, 5.
3:0 Demi placé devant un substantif féminin se termine toujours
eu e:
La forest, qui estoit prés de demie lieue. I, 3.
Mais je yey telle demie heure etc. I, 4.
Nous n*eusmes point fait une demie journée que etc. V, 10.
Et estoit demie journée ou enyiron deyant nos gens. Vil, 8.
Ses Noms de Nombre.
Nombres oardinanx.
Les nombres cardinaux offrent les particularités suivantes: 1:0 Un est écrit ung une seule fois:
Et approchans de la cité de Liège, se tint ung conseil. II, 10.