‹ Étude sur les modifications du testicule consécutives à l'interruption du canal déférent: Rôle pathogénique des kystes à spermatozoïdesChapitre 18 sur 30 · AP D · texte numérisé non relu

AP D

Puisque ces kystes nous apparaissent comme des édifications d’une telle importance, nous allons, sans plus tarder, les étudier au triple point de vue de leur morphologie, de leur genèse et de leur signification.

Le plus généralement ce sont de petites masses plus ou moins ovoïdes, à surface mamelonnée ; dépourvues de toute adhérence, elles se déplacent dans la cavité péritonéale aussi Hhrement que le permet la longueur du canal déférent qui leur sert de pédicule. Ce qui varie le plus en elles, c’est le volume ; il est évidemment en raison directe de leur ancienneté, mais il dépend aussi de l’activité spermatogénétique du testicule correspondant, et ce facteur est éminemment variable. Ainsi, des kystes dont le début remontait à 19 mois (série C) ont atteint les uns le volume d’une noisette, les autres celui d’une amande, un dernier enfin la grosseur colossale d’un citron (Rat 10). La membrane enveloppante de nature conjonctive, plus ou moins vascularisée, se montre lisse, tendue et assez mince pour laisser transparaitre la coloration jaunâtre du contenu. L’incise-t-on, il apparait un magma très semblable à du vieux pus concrété, à ce point que la confusion d'un tel kyste avec un petit abcès est des plus facile pour un esprit non prévenu. La couleur en particulier est tout à fait analogue. Mais la consistance est un peu différente : dans les premiers Jours de sa formation, le contenu de la petite poche n'est qu'à demi solide (Rat 16), les spermatozoïdes sont dilués dans le liquide vecteur que sécrète le Syneytium ; mais ce liquide se résorbe et la consistance se modifie ; elle n’est plus alors pé-

feuse, Mais grumeleuse ; nous ne saurions mieux la comparer qu'à celle de la pulpe de pomme de terre bouillie, qui par la pression s’effrite sous le doigt. En examine-{-on au microscope un fragment dissocié, on le trouve composé uniquement de spermatozoïdes intacts et de quelques rares petits cristaux rhomboidaux (1) Les rapports qu'affectent le conduit spermatique et le kyste sont des plus simples : le bout testiculaire du canal sectionné se perd dans cette collection, tandis que le tissu conjonctif péridéférentiel en revêt la surface et en forme l'enveloppe. En réalité c'est le kyste qui, au fur et à mesure de son développement, s'est infiltré sous la gangue adventice du déférent et a fini par englober le conduit dans sa masse.

Et ceci nous amène à parler de la genèse d’une telle formation. La lecture de nos expériences montre que la poche à spermatozoïdes peut se développer à la suite de n'importe quel mode d'interruption du canal déférent.

Dans le cas de section au moyen du thermocautère, — mode opératoire précisément employé pour la série C où les formations kystiques furent constantes, — nous croyons que le fer rouge a interrompu le

(1) I n’est pas sans intérêt à ce propos de faire remarquer que des spermatozoïdes ont pu rester très longtemps au contact même des milieux liquides de l'organisme de l'animal producteur sans subir de leur part d’altération appréciable. Les spermatolysines, dont les recherches de MoxTER, voN DuNGERN, METCHNIKOFF ont démontré l'existence dans les humeurs de l'organisme, ne sont donc efficaces que sur les spermatozoïdes d’un animal d'espèce différente ; et ces faits viennent infirmer l'opinion de Lonpon (1902) qui croit le sérum antospermatolyseur.

LES des conduit spermatique tout en cautérisant les bords de la section ; la cicatrisation s’est faite sous l’escharre sans réunion des lèvres de la plaie et le canal est ainsi resté ouvert : le sperme, déversé dans le tissu conjonctif péridéférentiel, a provoqué la formation d’une poche d’abord minime, mais progressivement croissante, qui à fini par acquérir au bout de 19 mois un volume relativement considérable.

Quand nous avons pratiqué l'interruption du déférent par ligature (que l'opération se soit compliquée ou non de section du conduit au-dessus d'elle), voici ce qui s’est passé : — Dans certains cas, d’ailleurs les plus nombreux, la ligature serrée modérément a oblitéré d'emblée et définitivement le canal. — Dans d’autres cas, faite plus brutalement, elle a sectionné la paroi myoconnective du conduit, tout en respectant la gaine péridéférentielle ; 11 s’est passé Tà un phénomène analogue à celui qu'on observe communément dans la ligature des artères, où les deux tuniques internes sont déchirées, alors que l’adventice résiste (lésion d'Amussat). Et les spermatozoïdes, avec leur liquide vecteur, par cet orifice ouvert ont pénétré sous la gaine conjonctive du déférent et ont développé là un espace où ils se sont accumulés.

Dans le procédé d'imterruption par écrasement, la formation de la poche à spermatozoïdes relève vraisemblablement du même mécanisme.

Et ce n’est pas là une simple vue de l'esprit : c'est un fait dont nos recherches ont démontré, croyonsnous, la réalité objective. Ainsi, nous avons constaté nettement l'accroissement du kyste nouvelle-

ment formé par l'expression du conduit spermatique, preuve indubitable de leur communication, (Exp. sur lé Rat 17.)

Tous les faits précédents nous conduisent à envisager ces collections"comme de véritables réservoirs, où le canal déférent interrompu dans sa continuité, mais non oblitéré, déverse le sperme. Klles jouent, en quelque sorte, le rôle de soupape de sûreté, conjurant la stase Spermatique, qui survient fatalement dans le cas d’occlusion par une ligature suflisante ; comme preuve, nous rappellerons la dilatation du déférent et du canal épididymaire quand le kyste faisait défaut, l'état normal au contraire des voiles d'excrétion dans toute leur longueur, quand il existait. (Rats 15, 16 et 17.)

En somme nous dirons plus brièvement : formation kystique signifie : perméabilité conservée du conduit excréteur ; — absence de kyste : obstruction.

Et nous conclurons :

a) L'interruption du canal déférent, quelque soit le mode opératoire employé n’aboutit pas fatalement à son occlusion. Dans la moitié de nos propres expériences, le conduit sectionné ou lié est resté ouvert; le sperme s’est déversé dans le tissu conjonctif péridéférentiel et il en est résulté la formation d’un kyste à spermatozoïdes.

b) Dans tous les cas où le canal déférent sectionné mais non oblitéré a pu continuer à écouler le sperme la glande génitale est restée sensiblement intacte. Au contraire dans les cas où l'interruption du canal

— A6 — déférent s’est accompagné d'occlusion, nous avons observé des modifications ultérieures de la spermatogénèse, passant par des phases variables et de durée inégales suivant les individus, mais aboutissant en définitive à l’atrophie totale ne l’organe.

c) La cause (1) des altérations du testicule à la suite de l'interruption du canal réside donc d’une manière évidente dans la s{ase spermatique. Mais comment agit cette stase ? Étant donné que dans les jours qui suivent la ligature, ou observe une dilatation de toutes les voies d’excrétion (épididyme et déférent) nous sommes disposés à croire qu'il faut accuser l'augmentation de pression du produit sécrété, — spermatozoïdes et surtout liquide vecteur, — qui ne trouve plus à s’évacuer. |

d) L'atrophie du testicule consécutive à l’interruption du canal déférent reconnait dès lors une pathogénie identique à celle généralement acceptée pour expliquer les lésions des organes glandulaires à canal excréteur oblitéré. Obstruction, — stase, — augmentation de pression, — lésions dégénératives et atrophie (2) scléreuse consécutive, tel est schématiquement l’ordre de succession des phénomènes.

(1) La blessure d'un vaisseau ou d’un nerf contemporaine de la section du déférent si souvent incriminée (GRIFFITHS, MARASSINI, etc.) pour expliquer les cas où l'opération a été suivie d'atrophie du testicule, ne saurait être invoquée pour l'interprétation de nos résultats : la gaine conjonetive ayant été intéressée dans tous les cas, nous aurions dù observer des lésions constantes.

(2) Ce terme d’atrophie est évidemment défectueux car les lésions qu'il désigne ici ne relèvent pas d'un apport insuflisant de matériaux nutritifs; cependant, faute d'un meilleur, nous le conserverons.

e) Enfin, le désaccord dans les résultats obtenus par les divers auteurs sur cette même question Sexplique d'une façon plausible. Nous croyons, que les cas d’atrophie réelle de la glande sont survenus à la suite d'une section ou d’une ligature occlusive du canal. Les cas d'intégrité relèvent au contraire d’une intervention incomplète, #'ayant pas abouti à lPoblitération du conduit : des voies supplémentaires de dérivation du sperme, les kystes, se sont créées, la stase spermatique à fait défaut, l'organe est resté indemne.

J) I est vrai qu'une objection surgit immédiatement. « Comment des formations kystiques si fréquentes auraient-elles pu passer Inaperçues à de si nombreux observateurs ? »

Nous y voyons deux raisons principales : 1° il faut accuser d’abord le peu de durée de toutes les expériences qui n'ont qu'eæceptionnellement atteint siæ mots. Or, nous rappellerons que c’est seulement sur des Rats opérés depuis dix-neuf mots que ces kystes se sont imposés à notre attention par leur volume; 2° ensuite, grâce à leur. aspect macroscopique, ces collections, lorsqu'elles existent sont très facilement méconnues dans leur nature et prises pour de petits abcès négligeables par un observateur non prévenu. Nous avons nous mêmes été victimes d’une semblable méprise (Rats 5, 7, 10); MaLAssez et TERRILLON, dans un passage que nous avons antérieurement cité, rapportent des exemples analogues... Nous croyons done que c’est là le plus puissant motif, qui ait Jusqu'ici fait méconnaitre l'existence de ces kystes.

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