‹ Étude sur les œuvres d'Agrippa d'AubignéChapitre 6 sur 14 · II, 1,9, 10; id., II, 12; m, iv · texte numérisé non relu

II, 1,9, 10; id., II, 12; m, iv

' m, III, 15.

s n, II, 18.

î» Append. de VHist. (t. ii); cf. i, m, 21.

10 F.vnrp<;5inn Hps Tvnnin^ina

prit de parti, lui inspire un magiiiliquc éloge de Maurice de Nassau , « digne (ils d'un incomparable pèn; * » . Quant aux sentiments qu'il professe pour Elisabeth, ils expliquent la sévérité ou, à mieux dire, la dureté avec laquelle il s'exprime sur Marie Stuart, dont il ne craint pas de ratifier l'odieuse condamnation-. Au contraire, il s'attendrit au souvenir de la mort tragique de Jeanne Gray, unissant à un savoir qui eût honoré un homme toutes les vertus de son sexe ; il s'émeut en mentionnant c< ses derniers propos, plus graves qu'on ne pouvait l'espérer de sa jeunesse ^ ». Sur les Irlandais, nous trouvons, dans d'Aubigné, quelques détails plus piquants que favorables : déjà très disposés à quitter leur île, ils venaient trop fréquemment se poster, à Paris, dans les constructions inachevées du Pont-Neuf, pour détrousser et jeter à l'eau les passants*. Il nous fait en outre connaître les forces et les ressources de l'Espagne, ses découvertes et ses conquêtes au-delà des mers; mais, avec un sentiment chrétien élevé , il s'indigne des traitements cruels que les peuples du Nouveau-Monde avaient à souffrir de leurs maîtres^ A côté de cette nation parvenue à l'apogée de sa grandeur, il en montre une autre au berceau, obscure et presque ignorée, celle des Moscovites, chez qui il note, comme trait saillant de caractère , l'habitude de l'obéissance passive au souveraine En même temps il est question « d'une sorte de gens de guerre qui se nomment Cosaques , la plupart Polonais de nation, et qui sont les gens de cheval les plus redoutés de tout le septentrion , accoutumés à châtier les Tartares et à brider les courses qu'ils feraient sans eux en Europe '' » . Non moins que les Tartares, les Turcs, également puissants sur la mer et sur la terre, n'avaient pas cessé d'être l'efTroi de l'Occident par leur cruauté plus encore que par leur bravouree Les janissaires, leur milice la plus formidable, se distinguaient entre tous par une férocité qui sejouait des lois divines et humaines : après avoir massacré des ennemis dont ils avaient juré d'épargner la vie, on les voit « frotter leurs cimeterres du sang des victimes et en faire boire à leurs chevaux®».

Sans insister sur l'incontestable valeur de ces renseignements , qui comprennent tant de faits et tant de lieux, il faut en revenir au principal avantage de cette Histoire; c'est de nous rendre le seizième siècle

* Append. dut. ii.

* m, I, 24. — Les mêmes sentiments haineux reparaissent dans la Confession deSancy^ ii, 8. 3 I, I, 4 et 8.

* m,v, 15, — La renommée de ce peuple était alors fort triste, si Ton en juge encore par ce mot d'un contemporain cité par de Thou : « Se quociimque mitti et vel ad remum addici malle, quam cum Hibernis deinceps unquam rem habere. » Lib. cxiv.

* Ibid., 17. Cf. L' Estât de l'Empire de Russie j par le capitaine Margeret,^.'io de l'édition de M. Henri Chevreiil.

8 Id., ï, 14.

avec ses taspecls divers et bizarres, ce siècle où, vertus et vices, tout va volontiers à Texcès; où la religion, si elle sert de prétexte à de déplorables crimes, occupe du moins une large place dans la vie publique et privée; où la société, encore mal assise, souffre ces ligures exceptionnelles que son niveau inflexible repoussera par la suite; où s'élabore en somme, au milieu des calamités et des ruines, la grandeur future de notre pays. Expression fidèle d'une époque dont sa physionomie reflète l'énergie rude et sauvage , d'Aubigné ofire en foule ces détails anecdotiques qui donnent un prix considérable aux récits contemporains. Pendant que des guerriers échangeaient la cuirasse contre le froc du moine, des conseillers de parlement, lassés de porter la robe longue, levaient des régiments à leurs frais et les menaient au combat'. Mais les soldats étaient alors plus faciles à enrôler qu'à retenir sous les drapeaux : par lassitude ou par ennui, beaucoup, à tout moment, prenaient le parti de retourner dans leurs maisons avant la fin des hostilités*. Protestants et cathohques recouraient à ces troupes auxiliaires dont le courage appartenait au plus ofl*rant, reîtres, lansquenets, Suisses, lances italiennes, etc. , qui rappelaient les aventuriers du moyenâge. Enfin, par intervalles, les épées venaient-elles à se reposer, d'autres guerres éclataient, nous dit Agrippa, des guerres de plumet II n'a garde de les oublier dans son ouvrage, où l'on retrouve comme un écho de tous les bruits, de toutes les nouvelles et de toutes les pensées qui circulaient autour de lui.

On saura gré à d'Aubigné de cette variété de ton avec laquelle, quittant son objet favori, ses gentils combats'' , l'homme d'action nous parle de toute autre chose. Ici il nous éclaire sur un progrès essentiel des arts, en citant le nom de Bernard Pahssy, « premier inventeur des poteries excellentes », qui fut enfermé à la Bastille à quatre-vingt-dix ans, pour avoir refusé d'abjurer sa religion "\ Là il trace un tableau de la société et des mœurs de son temps , lorsqu'il montre « la cour de Navarre florissante en brave noblesse et en dames accomplies S) , ou lorsqu'il énumère les nombreuses maîtresses de Henri IV, entre lesquelles il place à part la duchesse de Beaufort, « dont l'extrême beauté

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