‹ Etude sur les paralysies alcooliquesChapitre 45 sur 54 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Du procédé d’analyse du tissu osseux.

J'ai montré dans les pages qui précèdent qu’un grand nombre d’auteurs s’étaient occupés de la composition quantitative du tissu osseux; je n’avais donc aucun intérêt à poursuivre cette étude, mais j’ai porté mon attention sur les modifications produites dans le squelette sous l’influence de certains toxiques ou d’opérations chirurgicales, il l'allait donc, pour arriver à ce but, comparer les os d’un animal sain aux mêmes os de l’animal soumis au traitement, et je devais chercher un procédé qui me permit d’apprécier par la balance les modifications subies.

Dans mes premières expériences j’ai opéré de la manière suivante : je prenais deux animaux de même portée ou tout au moins de même poids, l’un d’eux était gardé sain comme témoin, l’autre soumis au traitement; lorsque ce second animal mourait par l’action du toxique, le premier était tué, les os disséqués avec soin, nettoyés extérieurement avec le scalpel et placés à l’étuve jusqu’à dessication complète, puis pesés.

On voit que dans ce procédé l’os sain et l'os intoxiqué

étaient traités dans des conditions identiques, c’était la condition essentielle, et j’ai obtenu ainsi des résultats très concluants qui sont exposés plus loin.

Mais je remarquai que les os de l’animal mort lentement par l’intoxication avaient la moelle beaucoup moins chargée de sang que ceux de l’animal mort violemment, ces derniers étaient très hypérémiés ; je pensais donc qu’il pouvait y avoir là une cause d’erreur qu’il fallait faire disparaître, et pour cela enlever la moelle et épuiser par l’eau pour dissoudre le sang interposé. J’ai donc été amené à étudier les procédés d’analyses proposés par les différents auteurs.

La partie la plus difficile de l’analyse des os, comme je l’ai déjà fait remarquer, est l’élimination des tissus accessoires : nerfs, fibres, vaisseaux sanguins, périoste, etc. Hardy1 indique, comme étant le meilleur moyen, la putréfaction des os; voici ce qu’il dit : « Une meilleure méthode consiste à enlever la moelle et le périoste d’un os frais, et, avant toute dessication, de l’abandonner dans l’eau à la fermentation putride ; après un temps suffisant, toutes les matières organiques sont détruites sauf Fosséine. »

Cette assertion est contraire à l’opinion de Wœhler qui recommande de ne point laisser séjourner l’os longtemps dans l’eau, parce que le phosphate de chaux finit par se dissoudre. J’ai fait moi-même quelques expériences pour résoudre cette question, et mes résultats corroborent l’opinion de Wœhler ; ainsi, des tibias de lapins abandonnés pendant la jours à la fermentation ne contenaient plus que 40 % de cendres au lieu

1. DrErn. Hardy. Principes de chimie biologique. 1871, p. '282,

de 70% qu’ils possédaient avant ce traitement. 11 faut donc s’en tenir aux procédés mécaniques, et voici ce qui m’a paru le mieux réussir.

L’os est gratté soigneusement à l’aide du scalpel, après cela il est immergé dans l’eau pendant quelques heures; on voit alors des fragments de périoste se détacher de l’os que l’on croyait complètement nettoyé; ils sont facilement enlevés à l’aide des ciseaux et du bistouri. Cette même opération est répétée une seconde fois pour plus de sûreté, mais il est bien rare qu’il reste quelques débris à enlever, et le nettoyage extérieur est alors terminé.

L’os est brisé à coups de marteau en ayant soin, pour éviter toute projection, de l’envelopper d’un linge. Les fragments provenant de cette opération sont enfermés dans un nouet de linge et suspendus dans un bocal plein d’eau que l’on a soin de renouveler tant qu’elle se colore en rouge par le sang. Cette immersion dure en général, pour les os longs de lapins, de 12 à 18 heures.

Après cela les nouets sont ouverts, les fragments osseux examinés de nouveau, afin d’en enlever, s’il y a lieu, les débris de moelle et de périoste que le séjour dans l’eau aurait pu mettre en évidence, puis traités par l’alcool bouillant qui enlève déjà la majeure partie des corps gras. Ce traitement est répété jusqu’à ce que ce dissolvant ait épuisé son action. Les fragments sont placés à l’étuve chauffée à 120° pendant une demi-heure, ce qui a pour but de les rendre plus friables, puis broyés dans un mortier couvert. Cette poudre est introduite dans un appareil à déplacement et épuisée par l’éther bouillant.

Ensuite vient l’opération la plus longue de l’analyse, la dessication. Iloppe-Seyler 1 faisant remarquer les résultats discordants des divers auteurs qui ont fait des analyses d’os, dit que ce fait est dû surtout à la difficulté de la dessication; je suis parfaitement de cette opinion, et quand on suit la littérature de ce sujet, on voit que les auteurs anciens tels que Berzélius2, Vauquelin et Fourcroy3, qui se servent du bain-marie pour leurs dessications, trouvent pour l’osséine des chiffres voisins de 50 °/o, tandis que les analyses les plus modernes, où une température plus élevée a été employée, donnent pour l’osséine seulement 30 %. Du reste, Frémy qui, dans ses premières analyses, s’est servi du bain-marie, indique déjà que cette température est insuffisante. Quant à moi, j’ai reconnu que la dessication n’était complète qu’au bout de 30 heures à 120".

La poudre osseuse, qui perd si difficilement son humidité, s'hydrate au contraire très facilement pendant la pesée ; j’ai donc été amené à faire mes dessications dans des tubes bouchés à l’émeri, que je maintiens fermés pendant la pesée. Les tubes contenant la poudre sont chauffés pendant 30 heures consécutives à 120°, puis abandonnés au refroidissement dans un exsiccateur et pesés. Afin de s’assurer que la dessication est bien complète, il sont replacés à l’étuve pendant deux heures et pesés de nouveau après refroidissement. Il m’est arrivé souvent de faire ainsi dix pesées de deux heures en deux heures avant d’obtenir deux poids identiques; lorsque ce résultat est atteint, le contenu du tube est

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