‹ Étude sur les polypes dermoïdes du pharynxChapitre 25 sur 26 · I SES ES · texte numérisé non relu

I SES ES

parents avaient cru à l'existence d’une deuxième langue.

Cependant, fait remarquable, cette tumeur ne faisait issue de la bouche que d'une facon assez rare, car le D' Morlot, médecin de la famille, n'avait pu constater son existence que par le dire des parents. En présence de cette production, le D' Morlot consulta Le D° Ripault.

Celui-ci à un premier examen ne pul rien reconnaitre de pathologique de visu; 1l essaya vainement avec un abaisse-langue de déprimer la langue, la tumeur resta complètement invisible. Sous l'influence de cet examen, l'enfant se mit à crier : ses cris n’eurent pas de meilleur résultat, — Le D' Ripault pratiqua alors le toucher digital: celui-ci lui montra que la gouttière pharyngée n'était pas libre du côté gauche; il existait là une masse difficile à délimiter qui la remplissait. Après un examen assez difficile, il réussit enfin avec la pulpe du doigt à contourner [a tumeur, à la faire basculer, de telle sorte que celle-ci vint tout à coup faire saillie hors de la bouche, énucléée pour ainsi dire. ‘

Bien que ne provoquant aucun trouble fonctionnel momentané, elle remplissait en partie la cavité buccale. Elle présentait l'aspect suivant: c'était une petite masse grisälre, légèrement rosée, lisse et unie sur la surface : sous l'influence des cris, des efforts, elle ne présentait aucune modification dans sa couleur, et ne devenait en aucune facon plus turgescente. De forme ovoïde, longue d'environ 5 centimètres, elle présentait à peu près les dimensions du petit doigt d’un adulte au niveau de sa grosse extrémilé. Son poids fut évalué approximative-

ment de 5 à 10 grammes.

Ge

Avec l’aide d'une pince à griffes, le D' Ripault put faire subir une traction légère à cette production congénitale, et parvint à reconnaitre qu'elle s'insérait par un pédicule allongé, mais large et épais à la partie inférieure et postérieure du pilier postérieur. Son insertion, relativement basse, expliquait que, sous l'influence de son poids seul, la tumeur habituellement venait se loger dans le pharynx, d'où elle ne sortait qu'exceptionnellement, venant de suite s’y réfugier entrainée par le mouvement de déglutition.

Pendant 10 jours, l'enfant ne présenta aucun trouble fonctionnel: la respiration et la voix étaient ainsi que la déglutition absolument normales; quand brusquement le 11° jour l’enfant fut pris dans la nuit d'accès d’oppression suffisamment graves pour que le lendemain les parents effrayés l’amenassent chez le D' Ripault.

Celui-ci, aidé du D° Morlot, opéra l'enfant séance tenante. Après une ou deux tentatives, il énucléa de nouveau la tumeur comme il l'avait fait lors de son premier examen et la saisit dans une pince à griffes. Avant alors enserré le pédicule par une anse d’écraseur, il écrasa ce dernier lentement et enleva la tumeur., Il put alors reconnaître facilement son point d'implantation.

Il ne s’écoula pas une goutte de sang: les suites de l'opération furent nulles, et la guérison absolument complète.

La pièce nous fut remise par le D'Gouguenheim à qui le D' Ripault l'avait envoyée en raison de sa rareté. Elle présentait les caractères macroscopiques suivants (voir fig. 1). Elle ressemblait à une figue, à grosse extrémité

be

inférieure et arrondie. Depuis son pédicule, jusqu’au sommet, elle mesurait exactement 37 millimètres ; sur le vivant, elle devait être notablement plus longue, n'ayant pas subi la rétraction forcée que provoque l'alcool dans lequel on l'avait conservée. La longueur du pédicule luiméme était de 11 millimètres : il se continuait sans ligne de démarcation nette avec le corps. La largeur maxima était de 13 millimètres, au niveau du pédicule de 6 millimètres seulement. La consistance était molle, en rapport avec l’abondance de tissu cellulo-graisseux que l’on pouvait voir sur une coupe transversale. La peau qui en formait l'enveloppe extérieure était blanc grisâtre; d'aspect ridée, chagrinée.

Elle présentait à sa surface une série de lignes parallèles formant de petites dépressions analogues aux figures que l’on trouve en examinant la face palmaire du pouce d'un adulte. Seulement là, par places, la dépression présentait un infundibulum d’où émergeait un poil follet visible à l'œil nu.

Sur une coupe transversale, on peut étudier facilement les parties constituantes de cette production. Le revêtement cutané mesure environ 1 millimètre d'épaisseur, il circonscrit un derme formé d’une mince couche conjonctive doublée d’un tissu cellulo-graisseux jaunâtre de 3 millimètres environ et qui fait pour ainsi dire hernie sur la coupe : tandis que le centre est occupé par une masse plus résistante présentant exactement à sa partie médiane un petit orifice circulaire, nettement visible à

l'œil nu et correspondant probablement à un vaisseau central.

ee eu

Examen microscopique (voir fig. 2). — Cette examen a porté sur deux coupes, l’une transversale, l’autre longitudinale. Sur la coupe transversale nous constatons très facilement les différentes couches précédemment indiquées. “

La peau présente un revêtement épidermique épais. La couche la plus superficielle est formée d’un grand nombre de lamelles qui ne persistent qu'en certains points, entrainées probablement au niveau des autres par le rasoir; au-dessous la couche granuleuse est fortement pigmentée, de nombreuses granulations se montrent dans le protoplasma: elle sont surtout abondantes à la périphérie des cellules dont elles indiquent les contours d’une facon remarquable. La couche de Malpighi est normale avec la rangée de cellules profondes eylindriques reposant sur uné membrane basale. En aucun point nous n'avons vu d’amas de cellules embryonnaires signalées par Abraham. Le derme sous-jacent est très épais; il paraît présenter par places quelques rudiments de papilles. Il est formé de-tissu conjonctif adulte, et est. parcouru par de nombreux follicules pileux. Une seule glande sébacée est annexée à chaque poil; de places en places quelques fibres musculaires, constituant le muscle érecteur de ces poils, traversent le derme obliquement pour se terminer au niveau du bulbe.

Le derme est parcouru par de nombreux vaisseaux tant artériels que veineux; il présente enfin de nombreuses glandes sudoripares qui s'ouvrent au niveau de Pépiderme par une petite dépression très nette.

Nous n'avons pu, comme les auteurs précédemment

rare signalés, découvrir le moindre vestige d'organes appartenant au système nerveux.

Le tissu conjonctif de cette portion dermiqué se continue sans ligne de démarcation bien nette avec une couche sous jacente formée de tissu cellulo-graisseux. Quelques bandes conjonctives plus épaisses cloisonnent ces aréoles, elles servent le plus souvent de soutien à des vaisseaux capillaires: par places leur volume augmente considérablement, elles circonscrivent alors une série de faisceaux musculaires striés, disposés en groupes nombreux autour de la partie médiane.

Puis en se rapprochant de cette portion centrale, nous voyons le tissu conjonctif devenir de plus en plus dense; de nombreux vaisseaux traversent ses faisceaux, et apparaissent sous la forme d'ouvertures arrondies, béantes. sur la coupe transversale. Un, plus volumieux, artériel forme exactement l’axe de notre polype; il présente sur. sa partie latérale droite un tissu nettement réticulé, rempli de cellules Iymphatiques, qui n’est autre qu’une production Iymphoïde parcourue par une série de fentes plus ou moins larges, véritables troncs lymphatiques.

La coupe verticale vient confirmer la description que nous venons de donner; elle la complète par certains détails. Elle permet en effet de reconnaitre la striation des fibres musculaires, et nous montre que si en bas, vers le sommet du polype, elles atteignent presque la couche dermique, en haut elles s'arrêtent au niveau du point où se dessine le pédicule à environ 4 millimètres de l'endroit où a porté la section.

En résumé, il s'agissait bien là d’une véritable pro-

& 5 75 te E | duction dermoïde ; l’examen histologique le démontre. Si maintenant nous cherchons à localiser exactement d’après notre schéma le point d'insertion de cette tumeur, et si nous voulons en expliquer la pathogénie, il nous semble en nous rapportant à l’observatiou du D' Ripault, qu'elle devait siéger à peu près au niveau de la partie postérieure de la fissure que nous avons désignée par le n° 3, au point où celle-ci croise le pilier postérieur du pharynx. La production se serait done développée ‘aux dépens d’une des deux lèvres de la troisième poche

branchiale.

Page 1