Planche I
mière ligne et la formule finale de date, qui sont en majuscules : elle paraît bien du début du XI° siècle. Le parchemin est très mince : d'où le mauvais état de la conservation. Au dos, on lit, en majuscules de la même écriture : « CARTA REGIS ROTBERTI CONFIR[MAJTORIA FUNDAMENTI EC- CLESIE FISCANNENSIS »; au-dessous, sont tracés des signes illisibles qui indiquent probablement le renvoi au folio d’un cartulaire où d’un inventaire d'archives. Dans le repli du parchemin figure la mention suivante, d’une écriture du XVII siècle : « Fescamp. Lettre du roy Robert confirmant la fondacion et donacion de l’abbaye de Fescamp. L’an mil six. » Toutes ces mentions dorsales prouvent que le document était considéré, aussi bien au XI° qu’au XVII° siècle, comme l'original.
Toutefois, ainsi que le notait déjà Dom Le Noir, il n’y a ni sceau, ni monogramme, ni souscription : cette absence de signe de validation empêche-t-elle irrévocablement notre pièce d'être un original ?
M. Levillain a signalé l’existence de diplômes royaux carolingiens dépourvus de tout signe de validation; il admet cependant que ce soient bel et bien des originaux. Il explique ainsi l’anomalie. Ces actes auraient dû être rédigés en deux fois : 1° le texte, 2° l’apposition des signes de validation: la seconde opération aura été omise. Le bénéficiaire, ayant en mains un parchemin sur lequel figure le texte seul du diplôme, possède, en réalité, « une sorte de notice attestant l’accomplissement de l’acte juridique ». Il devait, « s’il voulait avoir un acte qui püût faire foi en justice... lui faire conférer le caractère de pièce authentique par l’apposition des signes de validation ». Il ne l’a pas fait, peut-être par raison d’économie : « les frais de chancellerie — car je ne suppose pas que l’expédition des diplômes était gratuite — devaient varier, et dans des proportions sans doute assez grandes, selon qu’on tirait une expédition non validée ou qu'on se faisait délivrer une expédition pourvue des souscriptions et du sceau. Il dépendait alors de la partie prenante d'accomplir avec plus ou
6. Je dois cette explication à M. Maurice Jusselin, qui voudra bien trouver ici l'expression de toute ma gratilude. Ces signes, que je ne pouvais déchiffrer, m'avaient fait penser à des notes lironiennes. J’écrivis aussitôt à l'éminent spécialiste en cette malière, M. Maurice Jusselin, en lui communiquant le relevé du dessin pris sur le document. Il me répondit qu'on ne saurait voir là des notes tironiennes, et il ajouta : « Je vois dans ces signes l’abrévialion d'une mention renvoyant à un folio soit d’un cartulaire, soit d’un inventaire d'archives. »
moins de célérité les dernières formalités de chancellerie? ».
Il est probable que nous nous trouvons en présence d’un acte de ce genre. Pourquoi l'apposition des signes de validation n'aura-t-elle pas été effectuée ? On peut faire là-dessus toutes sortes d’hypothèses : supposer qu'une telle opération ne valait pas les frais qu'elle eût entraînés, vu que le diplôme de Richard 11, qui en disait tout aussi long que celui de Robert le Pieux, suffisait, le cas échéant, à faire preuve en justice ; ou bien supposer que le roi n'avait emmené à Fécamp qu'un personnel de chancellerie trop réduit pour procéder à lä seconde opération. On se sera donc contenté de rédiger une sorte de diplôme-notice pour commémorer par un écrit le souvenir du voyage de Robert et de sa confirmation de la charte ducale.
Nous sommes donc probablement en présence d’un original au sujet duquel toutes les formalités n’ont pas été accomplies. Toutefois, ce n’est que probable, très probable si l’on veut, mais pas absolument certain. Il reste l'hypothèse possible d’après laquelle la pièce retrouvée ne serait qu’une copie. Mais ce serait, en tout cas, une copie fort ancienne, contemporaine, à n'en pas douter, du véritable original, et considérée très anciennement comme l'original lui-même (les annotations dorsales en font foi).
Mais, en tout état de cause, il y a une hypothèse qui ne saurait être faite, c’est que l'acte soit un faux. Dom Le Noir, qui avait parlé d'acte suspect, a entraîné les hésitations de M. Newman. Le doute doit être écarté. L'absence de signe de validation n’est pas un argument : un faussaire eüt-il voulu fabriquer un pseudo-diplôme, nul doute qu'il ne se fût bien gardé d’omettre l’apposition des signes. Il les eût plutôt mis deux fois qu'une. Par ailleurs, l’acte est excellent, et le fait que le jour de la semaine est noté dans la date est peut-être une anomalie, mais non pas un argument pour la fausseté. Les formules diplomatiques sont bonnes ; et, quant au fond, l'acte n’ajoute rien à celui de Richard IT, qu'il se contente de confirmer. M. Newman pense qu'une phrase du texte, celle où Robert dit qu'il donne aux moines l’église Saint-Paterne de Rouen, aurait été interpolée. Il s'appuie sur ce que cette phrase est plus explicite que la phrase correspondante du diplôme de Richard IT, qui parle seulement d’une « capella » sise à Rouen, sans la nommer. Notons que, sur ce point même, l’acte de Robert n’ajoute rien à celui de Robert : il le
7. Leviraix, Recueil des actes de Pépin I* el Pépin IT, rois d’Aquitaine, P. LXXXVII.
précise seulement. Eût-on falsifié un texte pour une précision aussi minime ? Au surplus, la phrase est telle quelle dans notre document, ce qui enlève tout soupçon.
En résumé, l’acte est authentique. Nous en possédons une pièce qui est très probablement l'original, ou bien, en mettant les choses au pire, qui est une copie très ancienne, considérée de tout temps comme l'original et digne de foi.