Anal. Boll., XXIII, 1904, pp
qui se serait produit au temps de la reconstruction : un prètre des environs de Fécamp, Isaac, aurait vu, pendant qu'il célébrait le saint sacrifice, le pain se changer matériellement en chair et le vin en sang. — L'église réédifiée est consacrée en grande pompe, le 15 juin 990 : quatorze évêques sont présents; Richard 1° donne à l’église les domaines d’Argences, Mondeville... (9). Suivent trois ou quatre lignes illisibles, au bas du dernier f° (187 v°), et la chronique s’arrête Jà *.
3) Sources. L'auteur utilise
1° pour la partie mérovingienne, la Passio IF Leudegarü * il lui emprunte textuellement tout le passage relatif au séjour de saint Léger à Fécamp®, et c’est probablement d’elle qu'il tire ses renseignements sur la chronologie des rois de la seconde moitié du VIT siècle 7;
2° pour la partie postérieure aux invasions normandes, l’auteur se réfère à Dudon de Saint-Quentin. Les rapprochements sont multiples : la chronique appelle les Normands : « Danorum gens », elle dit que Rollon est « natione Danus », qu'il a envahi le regnum Francorum en 876, qu'il a donné aux Normands « leges et jura paterna » : tous ces traits ne peuvent être empruntés qu'à Dudon*. Enfin, le très long passage rela-
ñ. Ces lignes illisibles paraissent avoir été grattées. Elles l’élaient déjà en 1677 (supra, p.52, n. 30). Comme elles sont tout au bas du verso du dernier f° du ms., nous ne pouvons pas savoir si elles terminaient réellement la chronique, où bien si celle-ci continuait sur d’autres ff. arrachés ou perdus (cf. PONCELET, loc. CU 20 2)e
5. Ce texte, on se le rappelle, donne des détails précis sur la fondation de l’abbaye (supra, p. 22, n. 33); il n'est donc pas surprenant qu'il y ait été bien connu.
6. « Accipe, inquid,.… fructus », AASS. O.S.B., loc. cit (chronique); M.G.H., Scripl. rer. mer., V, p. 337 (Passio). Sur le séjour de saint Léger à Fécamp, cf. supra, p. 22, n. 39:
7. Dans les deux textes, Thierry IT (673-690) est qualifié de frère germain, « germanus », de Childéric IT (673-675). Toutefois, la chronique donne « presque quatre ans » au règne de Childéric I, qui n’a duré, en fait, que deux ans et six mois (VAGANDARD, Le règne de Thierry IT et la chronologie des moines de Fontenelle, RO. H., LIX, 1806, pp. 491-506, et notamment 492 et 505).
8. Dudon dit que Rollon était originaire de Dacia, et il appelle Daci (variante de Dani) les conquérants normands. On s’est emparé du texte de Dudon pour prétendre prouver l'origine danoise des Normands (voir, sur cette question, Prenrour, Étude critique sur Dudon de Saint-Quentin, pp. 111-160). — La date de 876 est également donnée par Dudon et PRENTOUT (0p. CE SD 10m A remarqué, après Lair (édit. de Dudon, intr., p. 52), que toutes les sources donnant 876 proviennent de Dudon. — L'expression
UF à la reconstruction de l'église par Richard L° est une citation textuelle de Dudon*.
h) Lieu et date de composition. La chronique ne peut être que l’œuvre d'un moine de Fécamp.
Elle est certainement du XI° siècle : l'écriture du ms. suffirait à le prouver. On peut aussi démontrer qu’elle est antérieure au Liber dé Revelatione, composé probablement vers 1090-1094. Le P. Poncelet le conjecturait déjà *. À l'argument qu il présentait , s'ajoute celui-ci : la version des origines de l’abbaye n'est pas la même dans les deux récits; une légende miraculeuse, qui n'existe qu'à l’état embryonnaire dans la chronique, tint une place de premier plan dans le Liber : elle sest donc développée dans l'intervalle. Nous voulons parler de l'épisode d’Anségise et du cerf blanc.
En effet, le Liber ne se contente pas de faire remonter la fondation de l’église de Fécamp à la guérison et à la vision de saint Vaninge. Il crée un miracle antérieur et raconte qu’avant saint Vaninge, le duc Anségise, chassant dans la forêt de Fécamp, avait vu apparaître un cerf tout blanc et d’une beauté remarquable. Chiens et chasseurs le poursuivent, mais ne peuvent l’atteindre; tout d’un coup, il s'arrête, mais les chiens et les chasseurs, comme paralysés, restent devant lui immobiles. Anségise comprend que le cerf est un envoyé de Dieu. L'endroit où il s’est arrêté est le lieu sacré, le lieu choisi par Dieu, et Anségise fait vœu d'y construire une église *.
Cet épisode, longuement raconté dans le Liber, n’est l’ob-
« leges et jura palerna:» rappelle celle de Dudon : «Jura et leges » (Duoon, IT, 31, p.171). — Il est encore un point sur lequel la chronique s'inspire de Dudon : c'est lorsqu'elle fait mourir Rollon en 917. Mais elle suit ici son modèle avec maladresse, car cette date est une erreur, et Dudon ne la donne pas : on peut seulement l'induire d’un passage de son œuvre si l’on ne prend pas garde à bien l'interpréter. L'erreur a été commise par d’autres chroniqueurs, notamment Orderic Vital (LaIR, op. cil., Pp. 76-78; PRENTOUT, 0pP. Cil., p. 277).
9. Chronique, 8. La citation est identifiée par le P. Poncelet. Il s'agit du passage de Dupon, IL. [V, $ 126, éd. LaïiR, pp. 290-297 « stans in introilu... Christo deservire coegit ».