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Étude sur les sénés

L'étude que nous avons entreprise porte sur une question de la matière médicale dont l’histoire a présenté pendant longtemps des points obscurs , malgré de nombreux travaux. Il en est souvent ainsi lorsquele produit ne vient pas de nosrègions, mais uous arrive de contrées éloignées, sauvages, par conséquent peu ou point explorées autrefois. Nous aurons donc lieu de signaler dans notre travail plus d’une origine botanique ou géographique fausse, et nous nous aperceyrons que pour construire l’histoire des sénés, on n'avait pas d’autres ressources que quelques rares échantillons plus où moins bien conservés au fond d’un herbier.

Le jour ne s’est réellementintroduit sur cette question qu’au moment de l'expédition d'Égypte, où nous avons dû des renseignements précis aux savants Delile, Nectou et Rouillure. Depuis, l’étude a élé poursuivie sur un terrain désormais solide, et les plus graves erreurs ont disparu successivement.

Le seéne de Tripoli (d'Afrique) était rapporté par Guibourt au séné de Sennaar (cassia acultifolia, Delile ; cassia lenitiva, variété acutfolia, Bischoff) ; ce savant supposail qu'une partie seulement de ce produit était portée en Égypte à l’entrepôt d’Esné, pour être mêlé au séné palte, tandis que le reste était transporlé par les caravanes dans la régence de Tripoli; plus tard, on reconnut qu’il étaitapporté à Tripoli par les caravanes

v) venant du Fezzan, et qu’il appartenait au C. œthiopica, Guib. (C. len. var. obtusifolia, Bisch.).

Le séné de la Mecque, qui avait été ranporlé par Forskal à un cassit qu’il avait nommé lui-même lanceolala, a élé reconnu par Bischoff comme provenant du C. medicinalis (var. genuina), mêlé avec la var. Ehrenbergiü. L’assertion erronée de Forskal avait déjà trouvé place dans quelques auteurs français, notamment dans Guibourt et Moquin-Tandon, lorsque, d’après un exemplaire de C. lanceolata, trouvé dans l’herbier de Buchinger, Bischoff donna les caractères exacts de cette espèce; il en résulta que ce cassia ne pouvail se trouver que rarement et, en petite quantité, dans le sèné de la Mecque, au lieu d’en constituer la totalité, comme on l’avait avancé.

Pour le séné de l'Inde, Guibourt et Bouchardat, se laissant induire en erreur par sa ressemblance avec celui de Moka, Pavaient attribuéau C. lanceolata d'Arabie, d’oùils lesupposaient apporté. Guibourt était d'autant plus fondé à croire sa supposition exacte, que d’après Ainslie (Wat. indica. À, p. 589), le seul séné naturel à l'Inde était celui à feuilles obtuses. Aujourd’hui ilest admis que cette sorte commerciale est due à la variélé Royleana du C. medicinalis, issue de la culture de cette espèce dans l’Inde méridionale. |

Enfin, le séné d'Italie à une origine botanique qui n’a jamais élé mise en doute, il est rapporté à la var. genuina du C. 0bovala, mais on lui attribuerait une origine géographique fausse, si l’on se fiait au nom qu'il porte dans le commerce. Nous devons donc rappeler ici qu’il fut un temps, bien éloigné déjà, où l'espèce obavata de Colladon était cultivée dans toute l’Eu-

rope méridionale, el surtout en Italie, où elle donnait un produit peu estimé et vendu à bas prix, ce qui lui avait valu le nom de senna pauperum. Cette culture fut plus tard abandonnée parce qu’elle ne réussissait pas, et Colladon dit à ce propos: \

«Si la culture du séné n’a pas réussi en Europe, c’est qu’on avait planté le C. obovaia, l'espèce la moins bonne, et on a altribuë à la différence des climats ce qui était dû à celle des espèces; si aujourd’hui que celles-ci sont bien connues, on renouvelail la culture en y admetlant le cassia lanceolata, elle réussirait, » elil trace en quelques mots les conditions pour arriver.

Colladon écrivait en 1816 ; depuis, ces essais ont été tentés dans l’Inde, aux Antilles où l’on a même employé le C. obovala, ils ont pleinement réussi.

Le séné de l’Inde comprend aujourd’hui deux variétés commerciales : le séné ordinaire de l'Inde et le séné de Tinnevely. Ce dernier surtout élail autrefois peu recherché en France; en Angleterre, au contraire, les deux sortes ont toujours été fort estimées. Elles sont moins actives, mais leur pureté habituelle, la forme remarquable des folioles, qui permet d’en distinguer aisément les falsifications, étaient des raisons trop majeures pour qu’on n’arrivâl pasà les adopter comme la sorte officinale. Aujourd’hui, en effet, comme M. Léon Soubeiran l’a reconnu dans sa dernière inspection des pharmacies, le séné de Tinnevely est l’espèce la plus fréquente dans le commerce.

Les pharmacologistes étrangers, comme on le verra dans notre travail, n’ont jamais que celle-la en vue chaque fois

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qu’ils tentent une recherche, et ils lui donnent encore la préférence sur celle d'Alexandrie, s’il s’agit de faire usage d’un séné, préalablement soumis à un traitement par l'alcool.

Nous bornerons là notre exposition de la question. Nous avons voulu seulement l’esquisser à grands traits, en meltant en relief les principaux points, obscurs jadis, et que la science semble avoir complètement élucidés aujourd’hui. Notre intention est de ne lraiter que lecôté pharmacologique, celui qui nous intéresse le plus directement.

Nous divisons notre étude en 5 chapitres. Dans le premier nous donnerons, de la façon la plus succincte, les caractères frappants des folioles appartenant aux différentes espèces de sénés qui peuvent se trouver dans le commerce ; nous parlerons ensuile des sortes commerciales. Nous adopterons la même disposition pour les follicules, qui seront l’objet du deuxième chapitre. Dans la troisième partie de notre travail, nous exposerons dans lous ses détails l'analyse chimique. IL y a là deux buts à remplir : l'obtention des principes qui donnent au séné ses propriétés purgatives, et, dans la pratique, la substilution de ces parties au séné lui-même, si l’expérieuce a démontré que la thérapeutique y trouve un avantage. Actuellement le contraire paraît être pour ce purgalif, puisque aucun des principes plus ou moins purs isolés ne rend compte de l’ensemble de ses propriétés.

Le quatrième chapitre est consacré aux falsifications. Pour le redoul, en raison du danger qu'il présente, nous n’avons pas cru devoir nous en lenir aux caractères extérieurs de ses feuilles, nous avons en outre mis en parallèle quelques-unes

1X de ses principales réactions avec celles du sèné dont elles se différencient très-bien: ce sera un contrôle aussi facile que cerlain de l’examen des feuilles. Nous donnons enfin une idée de la violence toxique de cette plante, afin qu’on se pénètre bien des dangers auxquels on exposerait les malades, si on leur livrait un sénê ainsi fraudé, et qu’on aurait négligé d'examiner d’abord.

Nous faisons précéder tout ce travail de quelques renseignements sur la siruclure anatomique des folioles de séné, d’après un auteur anglais. Si l’on a entre les mains un microscope, cette analyse apprendra de suite si l’on à à faire à un séné ou non, c’est là l'important.

Enfin, le cinquième chapitre comporte deux divisions: la première, esi consacrée aux actions physiologique et thérapeutique ; la deuxième, aux préparations pharmaceutiques, accompagnées des considérations auxquelles elles ont donné lieu.

Nous avons consulté tour à tour: le Traité de pharmacie de E. Soubeiran, l'Hisloire naturelle des drogues simples de Guibourt et G. Planchon, le Nouveau Dictionnaire des falsifications de M. L. Soubeiran, le Traité de la détermination pratique des drogues simples d’origine végélale de G. Planchon, le travail de Colladon, les Commentaires thérapeutiques du Codex médicamentarius de Gubler, les Bulletins de chimie et de pharmacie, elc.

Avant de nous engager dans notre travail, et dans la pensée que nos études en pharmacie vont recevoir un terme, nous adressons nos plus vifs remerciements à tous nos professeurs pour l’enseignement qu’ils nous ont donné; nous sommes

reconnaissants en particulier à M. Soubeiran d’avoir bien voulu faciliter notre travail on nous livrant ses notes précieuses sur les sénés, el en nous donnant la traduction de plusieurs articles publiés à l'étranger, qui ont apporté un intérêt nouveau à notre étude.

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