‹ Étude sur les torrents des Hautes-Alpes (volume 2)Chapitre 10 sur 56 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

0ES TAOIS PA&TIBS QUI GOVSTITUBNT LB8 TOABBRTS ; DU BASSOf DB RiCBPTlOn ]

DU CARAL D'iCOULBMBmr.

ir ressort, die la définition même des torrents, que, si Ton observe attentivement leur cours , depuis leur source la plus élevée jusqu'à leur débouché dans les grandes vallées, on y doit distinguer trois régions, qui sont d'ailleurs nettement caractérisées par leur forme, par leur position , et par les effets constants que les eaux exercent dans chacune d'elles.

D'abord, une région dans laquelle les eaux s'amassent, et affbuillent le terrain. Elle forme un bassin, caché dans là montagne, à la naissance du torrent.

Puis une autre région, dans laquelle les eaux déposent les matières pro* venant de l'affouillement. Elle forme un large lit, situé dans les vallées.

Enfin, entre ces deux régions, une troisième, où se fait le passage de Vaffouillement à l'exhaussement. — On conçoit, en efiet, que si le torrent passe d'une action à une action directement contraire , il doit exister une limite, où finit la première, et où la seconde commence. Cette limite, qu'il est toujours possible de déterminer , comprend une région plus ou moins

n DESCRIPTION

étendue. Là, les eaux s'écoulent, sans affouiller leur canal, et sans Texhausser (i).

On retrouve inévitablement ces trois régions dans toutes espèces de torrents, avec des formes variées, d'où résultent les actions variées des torrents. Cest à la présence constante de ces régions que ceux-ci doivent tout ce qu'il y a de général, et, en même temps, de funeste dans leurs propriétés. Examinons-les successivement.

La première région, que je nommerai ^a^wi de réception, a la forme d'un vaste entonnoir, diversement accidenté, et aboutissant à un goulot, placé dans le fond. — » L'effet d'une pareille configuration est de porter rapidement sur un même point la masse d'eau , qui tombe sur une grande surface de terrain. Si Ton se rappelle la définition qui a été donnée des trois genres de torrents , on voit que cette distinction est fondée tout entière sur la position que leurs bassins de réception, occupent dans les montagnes. Ils affectent, à raison de cette position, des formes différentes.

Dans les torrents du premier genre , où les fiormes apparaissent sur lechelle fo plus large, le bassin de réception embrasse de vastes croupes de montagnes; sa figure caractéristique se distingue même sur les cartes ordinaires (2). Le goulot se prolonge vers lavai, en formant une véritable vallée, ou plutôt, une gorge étroite, profondément encaissée par les flancs des montagnes , et dont la longueur est souvent de plus de deux lieues. Elle donne l'exemple, le plus parfait qui se puisse citer, de vallées ouvertes par Tunique action des eaux. — Dans cette gorge, les berges sont Irèsabruptes , minées par le pied , et déchirées par un grand nombre de ravins. Elles s'élèvent fréquemment à plus de lôo mètres au-dessus du lit. D'intervalle en întervàtle, elles sont coupées par dés torrents secondaires, qui se perdent , en se ramifiant , dans les contours de la montagne , et mènent daiis la gorge les eaux d'une partie du bassin. Ces berges fournissent au torrent la plus grande masse de ses alluvions ; c'est de leurs flancs qu'il tire ces blocs énormes, qui tombent çà et là dans le lit, et sont ensuite portés au loin par les eaux (3).

(1) L'emplaoemeiit da pont de Sainie-Marihe^ sur le torrcDt du naème imoi, pciit^tre cité comme déterminant d'iue manière très^-précise le point de passage entre Taffo^illement et l'ezhauasement.

(2) Figure 15.

(3} Voyez la note 3 .

DJBS TQHRENTS. 15

Le goulot s'^vf^ y^ifs le hautt ^ Tendroit au il pénètre d^na l'en-

tanopir*

Celui-ci est figuré , quelquefois, par un col décharné, qui se dresse eu amphithéâtre devaut l'embouchure du goulot. X)'autres fois , lei col forme une moutagoe/ia^tara^ (i) , sillonnée par une infinité de courants, qui s'y étalent y en imitant uqe patte d'oie (3). Ces vastes dépressions étant situées dans les parties les pl^s hautes des montagnes , Teau , pendant la plus grande partie de launée^ n'y peut tomber, qu'à l'état de neige. Sous celte forma, elle ne se dissipe pas, ou se dissipe peu : elle se conserve donc , ellas'aipoacelle > et ai les ohareursdu printemps arriventsaas préparation, elles fondent en peu de jours la masse d'eau, accumulée pisndantde longs mois. Ainsi s'explique une des causes principales de la violence de cerr taines crues.

On peut ci ter le torrent qui découle du col Izoard ,yers Aivieux^ comme offrant le type le plus complet du goulot d'un bassin deréceptioQ. L'aspect de ce monstrueux torrent est effrayant. Plus de soixante torrents , sur une lon^eur de moins de 3,ooo métrés , précipitent dans le fond de la gorge les débris arrachés aux deux flancs de la montagne. Le moindre de ces torrents secondaires, transporté dans une vallée fertile, suffirait à la ruiner (3).

Dans les torrents du deuxième genre, lé bassin de réception, au lieu d'être taillé dans les cols des montagnes, est formé par une ondulation de leurs cimes , et creusé dans leurs revers. C'est dans ce genre qu'il est le plus facile d'observer cette disposition en entonnoir, si caractéristique : ici rœil peut embr^isser, du même coup, le cours entier du torrent, dont toutes les parties se dessinent à la fois devant lui (4)«

Enfin, dans le troisième genre , le bassin de réception se réduit à une espèce de large fondrière, creusée par quelque^ravins, et qui porte squ* vent dans le pays le nom d|e combe (5). Elle ne reçoit pas d'afiluents , et

(1) Od appelle ainsi les montagnes réservées aux troupeaux.

(S) Torrents de Rabioujc, de Mauriand, comme types; torrent du Bachelard^ aboutissant au col d'ÂlIos (dans les Basses- Alpe$).

(3) Yoyex la note 4.

(4) Le torrent de Merdanel {k Saint-Grépin ) comme type.

(5) Combes de Pu^-Sanieres^ combes de Saint-Sauveur, torreiU de dmb^Banfi'i torrent de Combe-la-Bouze y torrent dt CondHi^t,

16 OESGRIPTIOlf

n^amasse guère que les eaux , qui tombent dans Fenceinte même de la dépression. Elle est toujours creusée dans les flancs mêmes des montagnes, et au-dessous de leurs cimes : mais elle tend à s'accroître, et s eléve peu & peu vers le sommet, qu'elle finit par atteindre. Cette marche s'accélère dans les terrains, dont la décomposition est rapide. Ainsi se forment , à la longue, beaucoup de torrents du deuxième genre. On peut ici , sur une foule d'exemples , suivre les progrés et les phases diverses de leur formation , depuis leur état naissant, jusqu'à leur développement complet.

Au-dessous du bassin de réception, et 1i la suite du goulot, se trouve cette région , où il n'y a plus d'affouillement, et où il n'y a pas encore de dépôts. Je l'appellerai Canal (t écoulement. — Parmi les trois régions, celle-ci est la moins bien caractérisée, et, presque toujours, la moins étendue. Sa longueur est d'autant plus grande que la variation des pentes est plus douce. Voilà pourquoi le canal d'écoulement , qui est assez allongé dans les' torrents du premier ^enre (i), devient plus court dans ceux du second (a), et, dans ceux du troisième (3) , enfin , se réduit presqpe en un point , lequel même est sujet à se déplacer. ^

Le <»nal d'écoulement est toujours compris entre des berges bien dessinées. En effet, là où les berges manqueraient, la pente ne suflSrait pas pour empêcher le torrent de divaguer : il perdrait alors sa vitesse, et il déposerait.

Le canal d'écoulement est la seule région où les torrents soient peu offensifs. Malheureusement , on a vu qu'elle est presque toujours la plus courte. — C'est là qu'il faut chercher à établir les ponts.

Si l'on parvenait à prolonger artificiellement le canal d'écoulement jusqu'au confluent de la rivière, en conservant strictement sa pente, sa section et son alignement, on aurait fait cesser tous les ravages. Tel est le problème de rencaissement des torrents.

Il me reste à décrire la dernière région , qui est celle où se forment les dépôts. Je l'appellerai Lit de déjection. On y découvre des lois régulières , qui méritent qu'on s'y arrête plus longtemps (4)*

(1) Torrents de Rabioux , de Réalon , de Boseodou , de Labéoux.

(2) Sainte-MartiU.

(3) Torrent des Graines.

(4) Yoyez, pour éclaircir cechapHfe, les figures 1, 2 et 15.

Page 1