DE PLUIE
hors bois
RAPPORT a
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
ma
mm
Juin* •••••4*»
Juillet
Août
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre
Totaux
On peut s'étonner de voir sur ce tableau que, pendant les mois de février, mars et mai, le pluviomètre abrité a reçu autant ou plus de pluie que le pluviomètre découvert; il en faut nécessairement conclure que soit par quelque caprice de la pluie, soit par l'effet même des arbres, il tombait plus d'eau dans le bois que dans l'espace découvert voisin. Ce résultat s'expliquerait d'ailleurs tout naturellement et sans faire intervenir l'action spéciale de la végétation, si l'espace découvert était moins acc(îssible au vent pluvial que le massif boisé.
Il est remarquable que le rapport moyen qui est 0.939
pour 1868 avait été 0.938 pour 1867, 0.952 pour 1866, c'est-à-dire que ce rapport varie très-peu.
Dans la station de Belle-Fontaine ^ M. Mathieu a mesuré r évaporât ion au moyen de bassins exactement comparables placés hors bois ou sous bois feuillu. Il a obtenu les résultats suivants :
EAU ÉTAPORtE
RAPPORT
MOIS
hors bois a.
sous bois , 6.
OBSERVATIONS
Janvier.
mm
Pas d'observation
Février.
à cause jH^^
Mars. .
Avril. .
Mai. .
Juin. . .
Juillet. .
Août. . ,
Septemb
•re. . 53
Octobre.
Novembi
Décembr
Totau
Ainsi pendant dix mois de 1868, Tévaporation a été cinq fois plus forte à découvert que sous le massif Nde la forét (haut perchis, serré et touffu de charmes, hêlres, chênes et frênes de soixante-deux ans).
En définitive, et malgré la petite quantité d'eau retenue
iOO LES FORÊTS
par les feuilles, les observations qui précèdent fortifient cette conclusion que , pour la même hauteur de pluie, le sol de la forêt reçoit et retient notablement plus d'eau que le sol découvert.
La question présente cependant encore un autre point de vue : Les végétaux sont de véritables alambics; ils distillent dans l'air une certaine quantité d'eau que leurs racines vont puiser dans le sous-sol.
Le maréchal Vaillant a mis une branche de chêne, comme un bouquet, dans un vase plein d'eau ; il a mesuié l'eau perdue par les feuilles, et il a cru pouvoir \Te que l'arbre dont cette branche était détachée lit par vingt-quatre heures dans l'atmosphère plus de deux mille kilogrammes d'eau (1).
Cette expérience n'a pas convaincu tout le monde. D'abord la branche soumise à ce régime est morte en trois jours ; ensuite, eût-elle vécu plus longtemps, on aurait encore pu dire que le végétal, sevré de la sève nourricière, a dû absorber plus que sa ration habituelle d'eau claire. Il était dans la situation d'un animal, privé d'aliments substantiels, qui avalerait par potées du bouillon maigre et cependant mourrait de faim. D'ailleurs on a refait l'expérience, non plus sur une branche, mais sur un jeune arbre pourvu de ses racines, et déjà l'évaporation s'est trouvée presque insignifiante (2).
(i) Revue des eaux et forêts /]m\lei 1865etjuu) 1867. (i) Bévue des eaux et forêts^ août 1868.
Mais, à ces expériences de laboratoire bien différentes des circonstances naturelles, on peut opposer une observation très-concluante et très-simple. DansleRoussillon, la pluie est une rareté ; les habitants se rappellent des périodes de plus d'une année sans pluie notable ; en outre, les coteaux du littoral, derniers contre-forts des PjTénées, sont d'un calcaire très-perméable ; cependant la vigne prospère dans cette région ; ses feuilles verdoient dans la roche aride et les grappes se gonflent d'un suc savoureux, tandis que, le long des chemins poudreux, la cigale poursuit le voyageur de son cri, emblème de la sécheresse. Ce n'est pas assurément dans ce sol sans humidité que la vigne s'abreuve, c'est dans l'atmosphère ; les vignerons ne s'y trompent pas et, quand Us craignent pour leurs récoltes, ce n'est pas la pluie qu'ils attendent, ils savent que leur espérance serait vaine : ils réclament le vent marin qui leur suffit parfaitement. Au contraire, dans les palus de Bordeaux, on voit la vigne pousser, pour ainsi dire, les pieds dans l'eau.
11 est donc probable que les végétaux, ou du moins quelques-uns, sont doues d'une vertu élective ; ils prennent l'eau où ils la trouvent et, s'ils distillent l'eau souterraine lorsqu'elle est en excès, ils savent aussi condenser et absorber l'eau de l'atmosphère (1).
(1) « Quand nous avions soif, les Bo^chimans nous arra-
« ûhaient des racines. L'une d'elles avait dans sa plus large cir- « conférence 1 mètre et dans la moindre 75 centimètres... Ce « don inestimable que la Providence a fait à cette terre sans « eau s'appelle markwhae. » ( Thomas Baines : Voyage dans le sud-mest de VAfnque^ abrégé par Bclin de Launay, p. 81.3
La rosée que les nuits sereines déposent en abondance sur le feuillage \ient-elle de la terre par l'intermédiaire du végétal ou seulement de Fair? Ces deux sources fournissent-elles chacune sa part , et dans quelle proportion? La science n'est pas encore en état de répondre ; mais, quand on voit les objets métalliques, tels que les fils du télégraphe, se couvrir de rosée ou de givre comme les végétaux voisins, tandis que la pierre, la terre ou le bois restent secs, il faut bien admettre que si les feuilles distillent^ pendant le jour, Teau souterraine, elles attirent et fixent, pendant la nuit, celle de l'atmosphère. La chaleur et peut-être aussi la lumière sont les causes déterminantes de ces effets divers.
Toutes les expériences faites ou à faire sur la respiration humide des végétaux, ne détruiront pas l'expérience sans cesse renouvelée, sous nos yeux, dans le grand laboratoire de la nature et dont l'enseignement très-clair peut s'exprimer ainsi : Sur la surface du sot, et toutes choses égales d'ailleurs, l'humidité est plus grande sous l'abri des forêts que dans la plaine ouverte.
C'est pour cela que le long des canaux dont l'eau est précieuse, on a le soin de planter de beaux arbres feuillus. Chacun sait que ces arbres retiendront plus d'eau par leur ombre qu'ils n'en absorberont par leurs racines. Si chaque arbre distillait 2 mètres cubes d'eau par vingtquatre heures, comme le pense le maréchal Vaillant, les plantations faites le long d'un canal de 100 kilomètres l'auraient bientôt mis à sec.
La forêt agit donc par son ombre et par l'obstacle qu'elle oppose au vent desséchant. Son action est d'au-
tant plus forte que la différence de température est plus grande entre Tombre et le soleil ; elle sera plus efficace en été, c'est-à-dire précisément dans le temps où révaporation est le plus à craindre.
En hiver, au contraire, saison où les cours d'eau tendent à monter, les forêts, surtout celles d'arbres feuillus qui se dépouillent alors de leurs feuilles, agissent avec moins d'énergie contre l'évaporation. L'action des forêts relativement à l'évaporation doit donc avoir pour résultat de faire monter les cours d'eau un peu pendant l'hiver et beaucoup pendant l'été. — Essayons de préciser par quelques chiffres ces termes vagues : un peu^ beaucoup.
Sous le climat de Paris, si l'on prend pour unité la quantité de pluie qui tombe pendant le semestre d'hiver [octobre à mars), on a, d'après le tableau de la page 90 qui donne pour Paris la quantité d'eau tombée et évaporée à l'air libre, et d'après le tableau de la page 99 d'où Ton peut déduire pour le rapport de l'évaporation sous bois et hors bois, pendant l'hiver 0,30 et pendant l'été 0,18:
Hauteur d'eau tombée. . .
Hauteur d'eau évaporée à
Tair libre
Hauteur d'eau évaporée sous
bois
niVEB.