‹ Étude sur les torrents des Hautes-AlpesChapitre 32 sur 50 · VALEURS DE · texte numérisé non relu

VALEURS DE

Boisé

Déboisé

D'après ce tableau, le coefficient (F écoulement et l'oction inondante seraient environ deux fois aussi grands dans le bassin déboisé que dans le bassin boisé.

Si Ton désire approfondir cette question, on devra lire : 4* Texposition faite par les observateurs (1) ; 2* le rapport à l'Académie, dans lequel le maréchal Vaillant, tout en signalant les imperfections de la méthode employée, adresse aux auteurs des encouragements bienveillants pour être entrés dans la bonne voie (2) ; 3* la sévère mais juste critique de M. Vallès (3). Ces documents porteront le lecteur à se ranger à l'avis du

{i) Rivm dei emtx n forits, i86i, p. 121.

(2) Bévue de§ eaux et forêtiy 1864, p. 174.

(S) Annales des ponis et chaussées^ 1862, I, p. 177.

maréchal Vaillant ; les auteurs sont entrés dans la bonne voie ; il est à désirer que d'autres s'y engagent à leur suite et améliorent la première méthode.

Ce second essai d'expériences scientifiques démontre une fois de plus la difficulté des comparaisons. M. Vallès (qui admet comme on Ta vu plus haut, la comparaison du Cousin avec le ru de la Grenetièrôy dont les bassins sont dans les rapports de 134 à 1) dit fort jus* tement à propos du travail des gardes généraux : « Il « est d'abord regrettable que les étendues des deux « bassins soient si dissemblables. Le premier contient c( 4222^,77; le second n'en a pas tout à fait le quart. »

On trouve éparses, dans la Revue des eaux et forêts, de nombreuses observations relatives au mouvement des eaux dans les terrains boisés ou non; mais ces études se rapportent principalement aux eaux torrentielles^ et, pour ce cas particulier, la démonstration n'est plus à faire; il est donc inutile d'en parler ici. D'ailleurs, ces observations se rapportent le plus souvent à des cours d'eau distincts, c'est-à-dire non comparables entre eux. Les observations faites sur le même bassin, avant ou après la destruction ou la reproduction des forets, sont assez rares en dehors de l'extinction si caractéristique des torrents (1). En voici cependant que l'on doit à Hum-

(I) Il est remarquable que dans les Études sur les inondations de M. Vallès, où les relations des forêts et de rhydrologie sont exposées avec beaucoup de développement, et qui se terminent par une table de 86 auteurs cités, la plupart ingénieurs, on ne rencontre

boldt et à Boussingault, et que les partisans du reboisement ont longtemps considérées comme décisives, mais dont M. Vallès a victorieusement démontré Tincertitude et qu'il a même retournées contre ses adversaires (1).

Dans l'Amérique centrale^ on a vu des lacs s'abaisser quand on défrichait les forêts et remonter à leur ancien niveau lorsque, par suite des guerres et de la ruine des cultures, les forêts, si actives dans les régions équatoriales, reprenaient possession du sol. Que conclure d'observations si vagues? (Dans l'une d'elles on mesure la retraite des eaux en opposant les données très-peu précises d'un auteur espagnol du xvi* siècle aux récits des voyageurs modernes). — De pareils faits permettentils d'apprécier le rôle des forêts? Elles ont augmenté l'écoulement superficiel, prétendent les uns; elles ont révivifié les sources et arrêté l'évaporation, répondent les autres, — et l'on doit reconnaître que, si le lac en question est maintenant protégé, par un rideau de forêts, contre laction d'un vent dévorant, analogue à celui qui a desséché le Sahara et tel qu'on peut l'imaginer dans ces latitudes, cette cause suffit à expliquer l'exhaussement du lac. L'importance que cet exemple si peu précis des lacs a pris dans la controverse montre bien qu'on est encore

pas les noms de Fabre, Surell, etc., qui ont mis hors de doute Taction non plus modératrice, mais dominatrice des forêts sur les eaux torrentielles.

(1) Vallès : Études sur les inondations^ p. 467. — De V aliénation det forêts^ p. 125. — Annales des ponts et chaussées, 4860, t. XIX, p. 80.

loin du temps où la méthode scientifique sera exclusivement employée.

M. Vallès oppose à ces lacs d'Amérique les lac suisses de Bienne, de Morat, de Neufchâtel, qui se sont abaissés à la suite des défrichements (1). Au contraire, un ingénieur suisse, M. Culmann, rapporte plusieurs exemples de lacs qui, pour la même cause, ont élevé leiir niveau et envahi des propriétés riveraines (2).

Ces contradictions nous ramènent à nos conclusions, qu'il faut répéter à satiété :

On ne doit pas comparer entre eux des bassins distincts, mais des états successifs du même bassin.

Si ton s'oppose au ravinement des terrains défrichés, te déboisement n'aura pas nécessairement pour effet d' accélérer P écoulement des eaux.

V action modératrice des forêts n'est certaine et prépondérante que dans les cas où, sans leur présence, les terrains en pente sej^aient ravinés .

Ce dernier point est reconnu avec empressement par M. Belgrand (3).

Ce n'est pas ici, après la lecture de V Étude sur tes

(1) rallès : De Valiénatim de forets, p. 134.

(2) Culmann : Rapport au Conseil Fédéral. L'exemple du lac de Wallenstadt est frappant : par suite du déboisement des monta* gués voisines, la Linth, qui reçoit un grand nombre de torrents et se jette à Textrémité aval du lac, avait couvert les campagnes de sesalluvions et, par suite, barré le lac; le niveau s'était relevé de 3 mètres, lorsqu'on ântrepri£ (1807) de régulariser la rivière.

(3) iififui/«t des ponts ei chaussées^ 1854, I, p. âÛ.

torrents^ que l'on demandera de prouver que les forêts s'opposent au ravinement ; voici cependant une observation qui est intéressante, parce qu'elle a toute la précisioji d'une expérience arrangée dans un laboratoire. La note originale de M. Forster (1) peut se résumer ainsi :

Les observations ont porté sur un revers incliné à 45° qui se partageait en trois parties :

La première couverte depuis le faîte jusqu'au thalwegs d'une belle futaie de chênes et de hêtres ;

La seconde défrichée depuis le faîte jusqu'au thalweg ,

La troisième enfin défrichée à la partie supérieure; mais au bas de laquelle, le long du ruisseau, on avait conservé une bande boisée, s' élevant au quart de la hau- . teur du revers, laquelle varie de 400 à 590 mètres.

Dans la première partie, qui est totalement boisée et qui occupe les six septièmes de la surface totale, il n'y a pas un seul ravin.

Dans la partie totalement défrichée, qui n'occupe pas un dixième de la surface totale, il y a trois ravins, dont M. Forster a mesuré, de 50 en 50 mètres, les sections croissantes depuis le faite jusqu'au thalweg ; pour le plu^ considérable de ces ravins, la section grandit avec la descente, depuis jusqu'à 75 mètres carrés. La section totale des trois ravins, au débouché, est 190"^,50.

Dans la troisième partie, qui est déboisée, sauf une

(1) ^mi d£ê sciences^ 20 nov. i859. — Annales fonMhn^ IBôl),

bordure, et dont la surface est sensiblement égale à celle de la seconde partie, il s'est formé quatre ravins qui vont en grandissant, depuis le faite, jusqu'à ce qu'ils arrivent à la bordure boisée. Parvetius à ce point, les ravins se réduisent ; les sections de ces quatre ravins donnent les mesures suivantes :

EN HAUT à rentrée da bois.

EN BAS à la sortie du bois.

OBSERVATIONS

1" Ravin. . . .

r Id

3' Id

4' Id

Le ravin s'est perdu dans le bois.

Totaux. . .

Ces chiffres sont très-démonstratifs, ils prouvent que les forêts éteignent et effacent les petits ravins, et qu'elles empêchent les grands de s'accroître ou même les obligent à se réduire, malgré la force que les eaux déjà rassemblées acquièrent dans leur descente.

Les sections de ravinement, mesurées à la partie inférieure de chacun des deux revers d'égale étendue, qui sont, l'un totalement et l'autre partiellement déboisé, sont entre elles comme lOO^SSOiOS^'^SO; c'est-à-dire qu'il a suffi d'une bordure de forêt occupant le quart de la hauteur de l'un des deux revers pour réduire de moitié la section de ses ravins. Si l'on venait à mesurer ïaction

inondante {{) sur ces deux revers, il est évident qu'elle serait beaucoup plus faible du côté dé la bordure boisée où la section ravinée est moindre que du côté du revers entièrement dénudé.

« M. Vallès rapporte ces observations et les trouve « très-propres à donner la mesure respective de la com- (( pacité du sol forestier comparativement à celle du sol « cultivé (2). »

Conmie, dans les écrits de cet auteur, l'idée de cornpacitéy prise dans le sens de résistance à la pioche ou au ravinement, s'associe à celle d' imper méaùilitéel à' incapacité absorbante, il est bon de faire remarquer que compacité et imperméabilité sont deux choses bien distinctes : le filet d'un pêcheur est très-résistant et personne ne doute qu'il ne soit perméable. Le calcaire du mont Ventoux est très-compact et nulleinent imperméable, car il fonctionne comme un filtre.

En fin de compte, si l'on rapproche ces dernières conclusions de celles du chapitre . précédent, on peut dire, relativement aux trois composantes de l'action forestière, que, le plus souvent et sauf les exceptions motivées, les forêts s'opposent à Xévaporation, qu'elles facilitent l'in-

filtralion; mais qu'elles ne retardent efficacement l'écoulement des eaux ou ruissellement que dans les cas où elles arrêtent le ravinement.

(1) Voir ci-dessus, page 142.

(2) Vallès : De Valiémti<m des forêtt, p. 100.

iro LES FORÊTS

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