‹ Étude sur les torrents des HautesAlpesChapitre 19 sur 59 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

MODE DE COKSTItliCTIOM DES DÉFEDSES.

On emploie dans les défenses les cinq genres de construction suivants :

i* Levée en perré ;

3 ° Murs à chaux et sable;

3“ Murs à pierres sèches ;

4° Chevalets;

5" Coffres.

i° Les perrés sont employés de préférence dans les digues longitudinales. Les maçonneries à chaux et sable s'emploient également dans les digues et dans les épis. Les trois dernières constructions ne s'appliquent guère qu'aux épis.

Les levées en perré sont formées d'une chaussée en terre, dont le couronnement a de 3 à 3 mètres de largeur , et s’élève de a à 3 mètres audessus du lit du torrent. Le talus du côté des eaux est revêtu par un perré incliné à 45 degrés, et fondé de i mètre à i“.5o dans le lit. Le talus opposé est en terres coulantes. Le perré est construit avec de gros matériaux , dont la queue varie de 4oà i j5 centimètres. • — Quand on redoute un affouillement, on protège le pied du perré par un enrochement. Celuici est formé des blocs les plus volumineux possible , et qui doivent tous être supérieurs à un cube minimum prescrit. Ce minimum est généralement de 3o centimètres cubes. On les pose à la main , comme une véritable

CONTRE LF.S TORRENTS

maçonnerie sèche, et la surface extérieure est dressée avec le même soin que celle du perré. Elle suit une courbe arrondie qui part horizontalement du pied du perré , et pénétre dans le sol suivant une tangente verticale. On donne ordinairement à l’enrochement 3 métrés de largeur, sur 2 métrés de profondeur (i).

Je décris simplement les procédés en usage. Je ne les donne pas comme les meilleurs , mais comme ceux qui ont été employés jusqu'à ce jour, et sur lesquels ou a recueilli des observations, qui auraient peut-être été autres, avec d’autres modes de construction. Dans ma pensée, la forme que l'on donne aux enrochements, n'est pas la plus convenable. On dresse leur surface suivant une courbe convexe du côté des eaux. Or, c'est tout l'opposé qu'il faudrait faire. La courbe devrait être concave, se raccorder tangenticllcment avec le perré, pénétrer dans le sol à une plus grande profondeur que la courbe actuelle, et se terminer par une tangente horizontale. L’enrochement pourrait n’étre formé que d'un seul rang de blocs, "et deviendrait un véritable prolongement du perré, continué suivant des inclinaisons de plus eu plus douces, et avec des blocs de plus en plus volumineux (a). Cette courbe est celle que forment d’eux-inèmcs les cours d'eau rapides, au milieu des terrains caillouteux , dans les parties de leur lit, où le régimes pris quelque stabilité. Ou peut l’observer sur beaucoup de points de la Durance , où les eaux se sont mises eu équilibre avec la résistance du lit.

a° Les murs à chaux et sable, sans enrochement, étaient fréquemment employés autrefois. Jusqu’à ce jour on regardait cc genre de construction comme étant plus solide que tous les autres. Cela est tout au plus vrai pour les épis, et cela n’est plus vrai pour les digues longitudinales. — On peut constater, sur une foule de points, que de pareilles digues construites à chaux et à sable, ont été renversées, là où les perrés ont tenu (3;. Quand le torrent creuse, le perré résiste mieux qu'un mur, parce

(1) Voyez la figure 11.

(2) J’cn ai fait construire dans ce système à Savines.

(3) Sur le torrent de Thèus, la rive droite «t endiguée par un perré, la rive gauche par un mur. Le perré résiste; le mur est très-souvent avarié; et chaque fois qu’on a réparé une brèche, on a remplacé le mur par un perré , lequel a tenu bon.

— Sur le torrent de Rèaton , même fait.

DÉFENSES EMPLOYÉES

que sou inclinaison diminue la violence de l'aflouillemcnt. Quand le torrent exhausse, le perré est encore préférable pour deux motifs. D’abord , il soutient mieux la poussée des matières qui semassent dans le lit. Ensuite il peut être exhaussé sans difficulté, à mesure que le lit lui-même s’exhausse; un mur ne présente pas In même facilité, parce qu’en le surhaussant on l'affaiblit. G’ dernier avantage est surtout d’un grand prix. Beaucoup de défenses sont provisoires . parce qu’elles n'cmpêchcut pas l’exhaussement du lit ( chapitre 1 2 ). Dans ce cas, c’est une grande ressource de pouvoir suivre avec les travaux l’exhaussement graduel du lit, et d’opposer à faction continue du torrent, des ouvragesqui soient eux-mêmes faciles à continuer (1). Cette ressource, quoique précaire, n’en est pas moins précieuse , parce qu'en reculnul le mal , elle sauve au moins le présent , et. donne le temps de trouver pour l’avenir des remèdes plus efficaces.

Les perrés, sous tous les rapports, sont donc préférables aux murs à chaux et sable. Sous le rapport de la dépense, les perrés ont encore l’avantage, car ils coûtent beaucoup moins que les murs. Dans un pays pauvre, où les frais des travaux de défense écrasent les propriétaires, celte dernière considération est très-grave. Elle doit faire proscrira décidément dans les digues continues l'emploi des murs , dont la préférence reposait sur une erreur.

Dans les épis , l'emploi des murs à chaux et à sable est mieux entendu. Ils peuvent être mouillés sur toutes leurs laces, sans se dégrader; les eaux peuvent même les submerger sans inconvénient : ces circonstances se présentent quelquefois dans les épis , et seraient fatales à une levée en perré (2).

3 ° Les murs à pierres sèches 11e diffèrent des murs maçonnés à chaux et sable , que parce qu'ils sont moins solides et plus économiques. Ce dernier motif les fait employer fréquemment.

4 ° Les chevalets sont des cadres triangulaires formés par trois pièces de bois, dressés suivant un talus , et soutenus par une quatrième pièce , qui

(1) On exhnn-scdrpuivquinieanx le perré de Sainte- Marthe, sans en diminuer la solidité. — Sur le torrent de C/torgcs à force d'exhausser un mur, on l'a affaibli , et il a été renversé en partie.

(2) Epi de Baratter , construit depuis plusieurs siècles; — épi sur le Rabioux , près du mouliu Ferrary i — épi sur le torrent de Bramafam .

CONTRE LES TORRENTS

s’assemble au sommet du Iriaijglc , et s'enfonce par l'autre extrémité dans le sol. Cette forme est celle d’une pyramide triangulaire, couchée sur le sol , et dont la base, figurée par le cadre, est opposée à l'eau. r* * cadre est renforcé par des fascines, des épines , des branches d'arbre et des blocs. -- Les chevalets ne peuvent servir qu'à défendre de petites portions de terrain (r).

5° Les coffra, comme l'indique leur nom, sont des caisses allongées, en forme de parallélipipéde , dont les arêtes sont en grosses pièces de bois, et dont les faces sont fortifiées par des blindages. L’intérieur est rempli de pierres sèches. — Ces caisses sont placées dans le lit comme de petits épis. Elles résistent par leur poids. Il arrive fréquemment que le torrent les déplace en les culbutant, sans les détruire; d'autres fois il les vide, en les affouillant (a). Ce genre de construction a de l'analogie avec les caissons employés sur de grandes échelles dans les travaux hydrauliques.

Ces deux derniers genres de défense sont très-répandus. — Ils ne constituent qu une défense provisoire et leur champ d'activité est trés-circonscrit. Lesgrandes crues les détruisent souvent; mais leur construction est simple et peu coûteuse, de sorte qu’ils sont rétablis aussi vite qu'ils sont emportés. Par leur aide, chaque propriétaire pauvre peut se garantir isolément, sans presque d’autres dépenses que cellesdc son temps et de sa peine.

Je n'ai vu ici aucun emploi ni des chevrons, recommandés par Fabre , ni fascinages, qui ont tant de succès sur d’autres cours d’eau. — Saus préjuger sur l’expérience, je craindrais que les fascinages, étant ici rarement mouillés et placés sous un ciel ardent, n'eussent pas beaucoup de durée. Du reste, les matériaux manqueraient presque partout pour les construire (3).

(1) On en soit sur tous les torrents. C'est la défense la plus commune. Il serait possible d’en tirer très-bon parti en la perfectionnant.

(2) Epis en coffre sur le torrent de Jachères, — sur celui de Bramafam. — Fabre décrit ce genre de construction sous le nom de Digues en encaissement : n Ces digues, dit-il, sont ■ particulièrement usitées dans les pays de montagnes , à cause de la grande rapdilé de leurs

• rivières* Dans le département des Basses-Alpes , elles sont connues sous le nom d’arches , » dénomination tirée du mot latin area , qui signifie un coffre . * (N°382.)

(3} On emploie des gabions sur le Buech à Aspres ; mais c'est faute de gros blocs.

DEFENSES EMPLOYEES

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