‹ Étude sur les torrents des HautesAlpesChapitre 25 sur 59 · L-.-irv · texte numérisé non relu

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(1) Pont du Vivo* ; — plusieurs ponts dans le Queyruj — plusieurs ponts dans les *

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(2) Pont de Cliagne, en 1838.

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HH DES TORRENTS

manière dont les ponts se comportent au milieu des causes qui tendent a les détruire.

Les ponts établis sur les torrents périssent de trois manières.

i" Ils peuvent être attaqués par les eaux avec une telle violence qu’ils soient emportés tout d’une pièceet totalement anéantis. — Ce cas, le plus formidable en apparence, est au fond le plus aisé à prévenir. On a ici une multitude de faits qui prouvent que les culées n’ont jamais été emportées que parce que leur pied était mal défendu. On a d’autres exemples où des ponts, frêles en apparence, ont soutenu l’effort de crues qui paraissaient capables d'anéantir les plus forts ouvrages. Ils ont dû cette admirable résistance à la conservation de leur radier. C’est là que gît en effet tout le secret de la force des ponts. C'est par l’entrainement du radier que commence toujours la chute des ponts, et avec un radier bien confectionné les culées ne courent plus de risque. — Ces radiers sont ordinairement construits avec de gros blocs disposés en forme de pavé, et constituant par leurs dimensions un véritable enrochement , à cela prés que les blocs , au lieu d’ètre entassés au hasard, sont ici jointifs, posés avec soin, et que leur parement est très-régulièrement dressé. Pour les rendre plus solides encore, on les contient quelquefois par un grillage en charpente, dont les longrines sont engagées dans les culées ( 1 ). D’autres fois on relie les blocs entre eux à l’aide de chaînes en fer (a).

a* Il peut arriver que les eaux, au lieu de serrer les culées de prés, les laissent là, et aillent percer la route en un autre point très-éloigné du pont. Celui-ci se trouve ainsi abandonné : la route, une fois ouverte, est livrée sans défense aux eaux qui élargissent la brèche, la mènent jusque près du pont , et finissent par mettre à nu le derrière des culées celles-ci se renversent alors en arrière , et le pont s’abîme. Quand meme les effets n’arriveraient pas jusqu’à cette extrémité, la communication n’en est pas moins interrompue , la route coupée par le torrent, et le pont devenu sans usage. Il existe plusieurs ponts qui ont été rendus inutiles par de pareils effets, et qu’on a pris le parti de boucher, en voyant que les eaux refusaient d’y passer (3). — Dans ce genre de ruine, le vice de

(I) Pont de Boscodon (-) Pont de Vachères.

!ï) Le pont de la Sigouste est dans ce cas

PAR RAPPORT AUX ROUTES ET AUX PONTS

l'établissement du pont est tout entier dans les ouvrages accessoires, qui devraient empêcher la divagation du torrent. Il peut être aussi dans le mauvais choix de l'emplacement.

3’ Enfin, les ponts peuvent périr par une troisième manière, qui est sans contredit la plus redoutable de toutes, quoiqu'elle ne se manireste que par des effets Icuts et souvent imperceptibles : je veux parler de l’exhaussement du lit, qui obstrue graduellement le débouche et finit par enterrer le pont au milieu des déjections (i). Alors on peut regarder l'établissement du pont comme impossible dans la partie où il a d’abord été construit, et il faut de toute nécessité modifier le tracé de la traversée et chercher un autre emplacement. J’en parlerai tout à l’heure.

Je viens de montrer comment certaines parties de routes sont défendues contre les torrents, à l’aide de ponts et de digues. Ce cas est malheureusement le plus rare. Le cas le plus général est celui où les routes sont traversées par les torrents à ciel ouvert; et il s'en faut beaucoup que cet état de choses, si détestable, soit toujours justifié par l’impossibilité où l’on se trouverait d'établir un pont et les ouvrages accessoires. Peut-être ne citerait-on pas un seul torrent sur lequel il fût absolument impossible d'établir un pont; car on a toujours la latitude de rectifier le tracé de la route, et de l’amener sur les points de passage les plus favorables. Cest là un avantage précieux qui n’existe que pour l'établissement des routes . et qui ne se retrouve pas lorsqu’il s’agit de défendre des propriétés : dans ce dernier cas, l'emplacement des ouvrages de défenses est invariablement fixé ; et s'il arrive que les propriétés soient placées dans les régious où le torrent affouillc ou exhausse avec trop d’énergie , la défense devient à peu près impossible. — Si, malgré cette circonstance si favorable aux routes, on a fait jusqu’ici si peu de travaux pour les assurer contre les torrents, il faut en voir la raison dans le chiffre élevé des dépenses qu'exigent toujours ces sortes d'ouvrages.

Il y a quelques traversées sur lesquelles on a construit des digues dans l’unique but de forcer les eaux à traverser la route en un point détermine et immuable (a). Quoique , dans ce passage , le torrent coule à ciel ouvert.

• (1) Pont de Merdancl , pré» du Monestier ; — pont de Pals.

(2) Torrent de Combe-Barre , — de Rioubourdoui , — de Saint-Pancrace, — de la Romeyère, — deCombc-la-Boute, etc.

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ou a pourtant gagné ceci , qu’il ne dégrade plus la roule sur une graude longueur, en attaquant aujourd'hui telle partie et demain telle autre. On a resserré le champ des dévastations; on les a concentrées en un seul point, qui forme à la vérité un mauvais passage, mais à la faveur duquel le reste de la traversée est ii l'abri des eaux. — Pour fortifier la route au passage du torrent, on fait un cassis solide, pavé en gros blocs , et maintenu à l’aval par un mur de chute.

Mais sur d'autres torrents , la rapidité de l’exhaussement , ou l'instabilité du courant sout telles qu’on n’a pas même osé construire ces simples ouvrages (i) ; les eaux, divaguant dans toute leur liberté, coupent la route en des points toujours nouveaux , si toutefois on peut donner le nom de route fe un misérable sentier frayé par les voitures au milieu des déjections. Ou se figure difficilement le pitoyable aspect de ces traversées , qui ont souvent plus d’une demi-lieue de longueur. Dans la belle saison, la voie ne se distingue au milieu du champ de ruine qu’elle traverse que par le sillon qu’y creusent les charrettes , et par la trace de quelques soins que prennent les cantonniers. Pendant l'hiver, lorsqu’un manteau uniforme de neige s'estétendu sur les montagnes et sur les vallées, et qu’il a recouvert ces vastes lits, arides et unis, où l'œil ne rencontre ni habitations, ni arbres, ni cultures , alors les vestiges du chemin disparaissent complètement; les voitures s’égarent et tombent dans des creux.— Quand arrivent les crues, la route est noyée sous les eaux , la bouc , et les cailloux ; la communication est interrompue , les voilures publiques sont forcées de s’arrêter ou de rebrousser chemin. On organise alors à la hâte des ateliers d'ouvriers ; ou embrigade les cautonniers; et lorsque les eaux ont diminué de violence, on s’occupe de rétablir la voie en déblayant lesalluvions et en formant des cassis grossiers, à l'aide de buissons disposés en fascinages. Mais quelque célérité que l’on apporte à ce travail , il arrive souvent que la circulation ne prut être rétablie qu’au bout de plusieurs jours. Chaque crue nouvelle détruit ainsi la voie, et force de la rétablir à nouveaux fiais , et presque toujours sur des points nouveaux. — Quand la crue est tota-

lement terminée , le terrain se desséche; ce qui arrive promptement sous ce ciel dont la sérénité est à peu près constante. Alors la houe forme avec les graviers une sorte de ciment tenace , qui tient lien d’empierrement , et

(I) Ton-ent de Merdanc! ; — torrent de Dcviict.

PA R RAPPORT AL .V ROUTES ET AUX PONTS

sur lequel les voitures roulentsans trop de difficultés. Celte remarque avait déjà etc faite par Fabre. Tous les soins de l’entretien se bornent à écarter les gros blocs, et à boucher de temps à autre les ornières.

Tel est l'état le plus ordinaire des routes dans les parties où elles traversent les torrents ; et si l'on rassemblait bout à bout ces parties , on formerait , dans l’arrondissement d 'Embrun, un développement égal au moins au quart du développement total des routes de l'arrondissement. Cet état doit sembler incroyable, quand on le compare à celui des routes du reste de la France. Ici , l’inconvénient est moins vivement ressenti , parce qu’il ne s’attaque qu'à une petite fréquentation , et aussi parce que l'excellente nature du climat lui oppose une sorte de compensation. Nul doute que si les routes de ce departement étaient transportées, avec leurs torrents, sous le ciel humide et pluvieux du Nord , et sillonnées par un roulage actif, elles seraient défoncées au bout d’un mois et rendues totalement impraticables.

On doit voir que les conditions de l'entretien des routes sont bien différentes dans ce département de ce qu’elles sont partout ailleurs. Ce n’est pas le roulage qui use ici les routes; ce n’est pas l'humidité qui détériore leur empierrement ; ce n'est pas non plus le manque de matériaux qui empêche d’entretenir convenablement la chaussée. Tout au conti-airc : les matériaux sont abondants et d’excellente qualité ; les routes sont toujours sèches, trop sèches même, car les pluies et l’humiditc sont aussi vivement recherchées ici pour maintenir le bon état de la chaussée qu'elles sont redoutées dans le Nord, où elles se présentent comme une cause de dégradation; cuti ii, la fatigue du roulage est insignifiante. Les cantonniers ont donc peu à s’occuper de l'entretien de l'empierrement. Mais à la place de ces soins constants et minutieux, qui composent leur service dans les autres départements, ils ont à faire face à des dégradations subites qui ruinent la route sur de grandes longueurs , interrompent souvent la circulation , et appellent inopinément sur le même point le concours d'uue graude masse de bras. — Aussi l’emploi des ouvriers auxiliaires csl-il indispensable dans ce département. Cela ne lait-il point penser que lu question, souvent débattue, sur l’opportunité de ce genre de travailleurs n'est pas susceptible d'une solution générale , et que l'emploi des auxiliaires, pernicieux dans certaines contrées, peut être fort utile dans d’autres, et devenir dans d'autres localités tout à fait indispensable'!*

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