CHAPITRE XX
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Le premier élément de l’établissement d’un pont , c'est la détermination du débouché. Lorsqu'il s’agit des torrents, on se retrouve en face des mêmes incertitudes que j’ai déjà signalées en parlant de l’encaissement. Il est impossible de demander un secours au calcul. Les résultats qu'il donnerait seraient toujours très-imparfaits, si même ils ne sont pas complètement faux. Aucune des formules de l’hydraulique ne peut ici s'appliquer avec exactitude : aucune expérience directe ne peut constater la vitesse d'écoulement pendant les crues; la nature même du fluide n’est plus celle de l’eau ordinaire, et les frottements ne sont pas non plus les frottements ordinaires.
Au milieu de ces doutes, une seule donnée peut être invoquée avec quelque confiance : c’est le relevé exact des profils en long et en travers du lit, dans la région du canal d'écoulement. Il est clair que si le torrent a passé sans exhausser sur une pente et dans une section déterminée, il passera encore sans exhausser, lorsqu'on lui présentera plus bas la même section et la même pente. — On peut toujours reproduire cette section. — Quant à la pente, si le lit ne la présente pas naturellement près de l'emplacement du pont, les travaux d'art ne peuvent la modifier que dans des limites trés-restrcintes. Mais ou peut compter sur deux effets pour faire accepter avec sécurité des pentes plus faibles dans certaines limites : c'est
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• d’alxji’il ijue les eaux, pendant les crues, formeront nu passage du pont nu remous , c’est à-dirc que la superficie du fluide prendra la pente qu'ou n'a pas pu donner au fond du lit. Ensuite , comme le pont est supposé placé plus bas (pie lu section observée, il est probable que le torrent aura, dans le trajet , perdu ses plus grosses allusions : il exigera donc, pour emporter le reste, une pente moindre.
Si l'on recherche les données qui découlent de l'expérience des ponts déjà construits, on remarque que leur ouverture dépasse rarement 10* , et sur des lits «lotit la largeur est souvent ccut fois plus considérable. Cela s'explique aisément, lorsqu’on commit les causes de celle largeur démesurée. — La hauteur du débouché est également assez petite. Les torrents les plusredoutés passent sous des ponts dont l'élévation, ati-dcssusdu fond du lit , ne dépasse guère 3 mètres. — ^'hydraulique rend compte de ces faits, qui se peuvent remarquer aussi sur la Durance et sur le Rtteeh fi).
— Oli peut dire en général qu'il est bon de donner aux ponts la plus petite section de débouché possible, parce qu'on détermine par là une chasse violente, dont l'effet sera de creuser le lit Une trop grande section favoriserait au contraire l'exhaussement , contre lequel il n'est point de remède.
Il cstarrivésurplusicurs torrcntsquelesconstructcurs, s'eltr, avant delà largeur du lit , ou trompés par la bifurcation du courant, ont pris le parti d’élever deux ponts à la fois (3). Ce système, qui semble devoir donner plus de sécurité au prix d'une plus forte dépense, est tout au contraire aussi vicieux qu'il est dispendieux. Partout où il n été mis eu usage, l'un des ]K>nts a fini par être obstrué, et la masse des eaux a passé tout entière sous l'autre, dont le débouché, calculé pourunc seule branche seulement, se trouve ensuite trop petit pour les branches réunies. Ces laits montrent la nécessité de resserrer autant que possible le champ des eaux, et continuent ce que nous avons dit sur le danger des débouchés trop spacieux.
Par le meme motif, il faut éviter l’emploi des piles, qui ont de plus l'inconvénient de donner prise à l'afTouilIcmcnl, et exposent ainsi le pont à une double rhnucc de destruction.
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{9} Sur le Rabioui , — lui te Couteau»!.
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On est beaucoup moins embarrassé dans la détermination du débouché « lorsqu’on a à remplacer un ancien pont par un pont nouveau. On peu alors recueillir des observations assez exactes sur la hauteur des eaux. S'il est arrivé , par exemple , que le tablier de ce pont a. t été souvent emporté ou surmonté par les eaux, on est assuré que ce tablier est trop bas^ L’on se trouve ainsi maître d’une excellente donnée pour 1 etablissement d’un pont définitif. — Peut-être serait-il utile, dans beaucoup de cas cm le succès de l'établissement est douteux, d’ériger cette marche en principe, d’élever d’abord un pont en charpente qui sera peu coûteux , d observer pendant quelques années la conduite du torrent; enfin, de ne hasarder un pont définitif que lorsqu’on aura été préalablement instruit pai celte
sorte de tâtonnement. .
Ces pouls définitifs doivent être construits avec une extreme solidité.
Il est bon de faire en pierre de taille tous les revêtements susceptibles d’être mouillés par les eaux , ou atteints par les projections des blocs , et il faut donner à ces pierres une forte queue. L’expérience a prouve que les revêtements en moellons étaient souvent rongés et arraches (i). - H faut avoir le soin de ne laisser aucune arête saillante dans les appareil* extérieurs: elle serait bientôt détruite par le choc des pierres. Ainsi, on arrondira l'arcte extérieure du socle, ordinairement rectangulaire ; le de des murs en aile, au lieu d’être cubique, formera un retour courbe; l’arete meme de la voûte sera cpannelée sur o“,io de chaque côté. Les assises du
socle seront cramponnées , etc., etc. ( 2 ).
C’est le radier surtout qu’il importe de fortifier. Les radiers périssent presque toujours par l’aflbuillement qui se fait a leur aval. 11 faut jeter là, et jusqu'à une assez grande distance du mur de chute , des gros blocs, contenus par quelques pieux battus. On peut aussi enchaîner les blocs les uns aux autres par des anneaux eu fer ( 2 ). — C’est une faute de faii e le radier de niveau : si d'un côté ou diminue par là la pente sous I arche, ou forme de l'autre côté une chute à l’aval, et de plus, le pont est exposé à être obstiué par lesalluvions des eaux ordinaires. 11 est préférable de faire suivre au radier la pente naturelle du lit. Il est bon aussi de le faire très-concave, afin que les eaux, à mesure qu’elles diminuent de vo-
(!) Am ponts de Chaumatéron , — de Brama fam. (2) Pont du Rabiuux .
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toujours draguer sous l’eau, parce que les fouilles mettent à jour des blocs énormes , qui ne peuvent êLre extirpes qu'en les dépeçant à coups de miue.Ou ne peut pas faire de batardeau , parce qu’il est impossible débattre des pieux. — Dansée cas, le meilleur parti consiste h ouvrir, dons le creux le plus bas des fouilles . un canal d'écoulement. Ce canal recevra les eaux d'infiltration , et comme il sera trace suivant une pente plus douce que celle du torrent, il le joindra plus bas, et s'y déversera. Si l’on suppose, par exemple, que la pente du torrent soit de 5 centimètres par mètre (et elle est presque tou jours plus forte) , en traçant le canal suivant une pente île i centimètre , on gagne 4 centimètres d'abaissetnenl par mètre. Ainsi , avec une profondeur de fondations de 6 mètres , la tranchée rejoindra le torrent à 1 5o mètics il l’aval du pont à construire. A l’aide de cet artifice , les ouvriers travaillent à sec , et ne sont plus gênés par les eaux.