AVERTISSEMENT
S'occuper de Malebraache après les nombreux travaux dont il a été l'objet dans les derniers temps serait une œuvre justement suspecte, si l'on ne donnait pour motif d'avoir à présenter quelques documents inédits.
Ces documents sont de deux sortes : une correspondance conservée par le P. Adry, dernier bibliothécaire de l'Oratoire ' , et deux travaux biographiques. Nous publions en entier les lettres, heureux de venir à notre tour ajouter quelques lignes de plus à ce que l'on possède de Malebranche. Des deux recueils biographiques, nous avons composé une étude sur la vie du philosophe; mais les amis
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des lettres du xvne siècle recourront avec plaisir aux manuscrits mêmes. L'un, déposé aux Archives *, sorti de la plume consciencieuse du P. Adry et rédigé, à la veille de la Révolution, sur les mémoires du marquis d'Allemans, du conseiller Chauvin et du P. Lelong, tous trois amis particuliers de Malebranche, donne d'intéressants détails de vie intime et s'étend sur les vertus privées. L'autre, qui appartient à la bibliothèque publique de Troyes, d'une écriture qui remonte au commencement du dernier siècle, appuie surtout sur les faits publics et sur les luttes qui remplirent la vie de l'oratorien. Quel prix ne mettra-t-on point à cette œuvre, lorsqu'on y pourra deviner la main du célèbre P. André? Ce recueil répond en effet exactement à tous les renseignements récemment donnés par MM. Cousin et Charma; le début est littéralement le même que celui du manuscrit perdu de l'avocat de Quens 2; on y trouve le portrait d'Arnauld avec les traits annoncés par André lui-même dans une de ses lettres, et, malheureusement aussi, on y rencontre les lacu-
2 Depuis qu'il y a des hommes on a toujours philosophé , c'est-à-dire toujours raisonné sur la nature des choses dont nous trouvons clans nousmême quelque notion claire ou ébauchée
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nés dont ont parlé tous les biographes d'André. Mais par-dessus tout, il est facile d'y sentir l'excellente main et l'âme enthousiaste du Jésuite; nous avons choisi les meilleures pages et les expressions les plus caractéristiques de l'œuvre, afin de les présenter au lecteur; il pourra demeurer ainsi juge de la question.
Il nous reste un mot à dire sur ce qui, dans notre publication, est plus particulièrement de nous. Il a fallu donner quelques appréciations philosophiques et littéraires; nous avons essayé, en admirant la belle et pure parole de l'écrivain, les généreuses et grandes pensées du métaphysicien, de conserver tout le désintéressement qui est maintenant imposé au critique. Malebranche nous a, du moins en cela, appris à être cartésien. Quelque petit et humble que l'on soit, on doit, vis-à-vis même d'un esprit éminent, consulter les lumières de la raison, et avant d'exprimer son sentiment, se dégager de toute idée préconçue pour écouter attentivement, comme le demande Malebranche, la réponse du maître intérieur '.
1 On serait bien fïïché 'lue les autres ^e contentassent de retenir et de croire nos sentiments —Préface de la Recherche de la vérité.
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Nous donnons la Correspondance deMalebranelie telle qu'on la trouve dans le second volume du travail d'Adry; on y pourra remarquer un peu de désordre dans le classement des premières lettres el rencontrer quelques phrases évidemment altérées. Aux lettres recueillies par le P. Adry, nous avons ajouté quelques fragments de correspondance con serves par le P. André.