‹ Étude sur Préneste, ville du LatiumChapitre 42 sur 75 · Nombreux fragments de fibules · texte numérisé non relu

Nombreux fragments de fibules

B. — Collection Castellani.

71. Plusieurs anneaux d'or et d’argent uni, une dizaine environ , avec ou sans chaton ; parmi les chatons, les uns sont ronds, les autres en forme d’amande , les autres oblongs.

72. Une bague d’argent avec chaton : sur le chaton est gravé un animal qui retourne la tête.

73. Une bague d’or avec chai on en forme d’amande : le chaton est travaillé au repoussé ; on y voit deux personnages,

§ 2. — Cistes.

A. — Collection Barberini.

Les cistes de la collection Barberini ont été décrites exactement, dans

une série d’articles insérés dans le Bulletin de V Institut de correspondance

DES ANTIQUITÉS PRÉNESTINES.

archéologique (année 1866 , p. 14-22, 38-44, 76-81, 139-144), et daus les Annales (Année 1866, p. 150-209; année 1868, p. 413 et suiv. ; 1870, p. 334 et suiv.). On ne décrira donc ici que trois cistes avec graffites. L'une n’était pas encore entièrement nettoyée quand elle a été décrite ; on peut proposer pour la seconde une interprétation qui diffère de celle de l’auteur du catalogue des cistes prénestines ; la troisième n’a pas encore été décrite.

74. Ciste trouvée au mois de mai 1866 (1) : üm,28 de diamètre. La poignée de cette ciste (planche 2 , à la fin du volume) est d’un très beau travail. Il se compose de deux figures ailées et nues , un homme et une femme. Les ailes sont déployées et ont une forme très élégante. L’homme lève la main droite ; la courbe du bras est gracieuse ; la main est repliée , l’index seul levé. De la main droite , il tient un balsamarium. La femme a des bracelets au poignet ; la main gauche est baissée ; la main droite un peu levée touche le balsamarium. Les deux personnages sont chaussés. Les proportions générales du corps sont élégantes; on ne peut dire cependant que cet objet appartienne à l’art grec. Le caractère latin est bien visible : le nez est un peu retroussé, les yeux sont largement fendus, mais non d’une manière disgracieuse ; les cheveux sont relevés en rouleau autour de la tête. Ces personnages ailés masculins ou féminins se rencontrent souvent sur les graffites. C’est un groupe très curieux, d’une exécution plus parfaite que ceux qui servent de poignée à la plupart des autres cistes.

Les pieds sont formés, suivant l’usage, de griffes de lion, surmontées d’un ornement en forme de chapiteau ionique et d’un lion marchant à gauche. Le style des pieds ressemble tout à fait à celui de la poignée ; ce n’est point de l’art grec ; il y a un caractère original , une certaine raideur primitive, un certain réalisme qu’on attribue en général à l’art étrusque de la bonne époque (Ex. la Louve du Capitole ) et qu'on attribuerait avec plus de raison à un art latin.

Le couvercle est entouré d’une bordure de feuilles. Les graffites sont en partie cachés par les soudures de la poignée et l’anneau qui est au milieu. On voit un jeune homme à moitié couché, appuyé sur le coude gauche; sa chlamyde est repliée sous lui; il est chaussé de la même façon que les deux personnages ailés de la poignée ; il porte au haut du bras et aux poignets des bracelets. Sur ses pieds semble perché un oiseau dont on aperçoit les deux ailes et la queue. Il est difficile de voir si c’est une représentation du mythe de Ganymède. Derrière lui est un bassin (labrum) de la forme si communément employée sur les graffites des miroirs et des cistes ; de chaque côté du bassin se tient une colombe. Le corps du personnage est assez mal dessiné.

De l’autre côté, un satyre, reconnaissable à sa queue de cheval et à ses longues oreilles , est représenté dans la même position. Ses bro-

(1) Cf. Annales, 1870, p. 416.

CATALOGUE

dequins montent presque jusqu’à mi-jambe. Il tient dans la main une sorte de bandelette qui lui tombe jusque sur les pieds.

Le corps de la ciste est orné de trois galeries de graffites ; la galerie inférieure et la galerie supérieure sont décorées de palmettes et de calices de fleur; elles sont très grandes et ne laissent que peu de place au sujet du milieu, en proportion de la grandeur de la ciste.

Le sujet principal paraît se rapporter au mythe d’Apollon et de Marsyas. Un groupe bien déterminé est composé de cinq personnages : une Junon (?) assise et voilée, un satyre jouant de la double flûte, un Apollon tenant sa lyre, une Diane avec son arc, son carquois et son épieu, une Vénus (?) assise et voilée tenant un miroir. Les autres personnages sont sans doute des personnages secondaires qui ont été, comme il arrive si souvent, ajoutés sans nécessité au sujet principal.

^ Entre Junon et le satyre jouant de la double flûte, entre Vénus et le personnage suivant, deux chapiteaux d’ordre ionique semblent indiquer que la scène se passe dans un temple. On remarque entre les têtes des personnages des sortes de bandelettes ou de guirlandes qui prennent naissance dans la galerie supérieure.

Voici les détails du sujet principal :

Une femme est assise sur un rocher. La partie supérieure de la figure est cachée par un des anneaux qui servaient à attacher la ciste. Elle est vêtue d’une tunique talaire et porte des sandales. Sa tête est couverte d’un long voile ; elle le relève de la main gauche, tandis que de la main droite elle tient un miroir. Elle a un collier composé de perles rondes et deux bracelets en forme de serpents. Le bras droit.est nu , ainsi qu'une partie du bras gauche ; l’autre partie est recouverte par le coin du voile sur lequel le personnage est assis. Cette femme a les jambes croisées et est tournée à gauche. Derrière elle est une colonne ionique. Aucun autre indice que le miroir et le geste gracieux de la main droite qui relève le voile , ne peut la faire reconnaître pour une Vénus. Entre elle et le personnage suivant , à droite , est une guirlande. Si on continue de gauche à droite , on voit une Diane debout assez mal dessinée; elle est vêtue d’une tunique courte qui tombe à peine jusqu’aux genoux (: nuda genu)'e t laisse les bras nus ; par-dessus cette tunique est un autre, petit vêtement, serré à la taille , qui descend seulement jusqu’à la moitié de la cuisse. La déesse a des cheveux ondulés, réunis par un ruban sur le derrière de la tête; un collier de perles rondes , deux bracelets en forme de serpents enroulés , tout à fait semblables à ceux de Vénus ; elle porte des chaussures. Elle tient de la main gauche son arc détendu, de la main droite une lance ou plutôt un épieu. A l’épaule droite est suspendu un carquois fermé; la lanière qui le retient passe sur la poitrine.

Apollon est assis sur un grand siège de pierre. Il a la tête tournée à droite et semble écouter attentivement le Silène qui joue de la double flûte ; ce satyre ne peut être autre que Marsyas , plusieurs fois

DES ANTIQUITÉS PRÉNESTINES.

représenté sur les grafïïtes de Préneste. Le dieu, d’aspect assez jeune, a une longue chevelure qui lui retombe sur les épaules ; sa tête est couronnée de lauriers. Il a les pieds nus. Sa cblamyde est repliée sous lui et ne lui couvre que la moitié du corps. Il en retient les plis de la main droite entre ses jambes à demi croisées ; de la main gauche , il tient la lyre appuyée sur le siège.

Un satyre danse en jouant de la double flûte ; il a la chevelure et la barbe épaisses , le nez retroussé , les épaules larges ; derrière son dos est la queue de cheval ; une peau de bête sauvage lui couvre une partie du corps. La partie inférieure est vue de profil ; le milieu , de trois quarts; la figure , de face. Ce mouvement est assez bien réussi. Derrière Marsyas est une colonne dorique , ornée d’une palmette qu’a ajoutée la fantaisie de l’artiste.

Derrière la colonne, tournée à droite, c’est-à-dire regardant la lutte entre Apollon et Marsyas , une femme voilée , assise avec dignité. Il est impossible de voir dans ce personnage la Minerve qui est toujours figurée sur les représentations de ce mythe ; ce doit être plutôt une Junon. Aucun caractère distinctif ne peut la faire reconnaître. Cette déesse est assise sur un siège à dossier orné de palmettes. Elle est voilée et couverte d'une tunique semblable à celle de Vénus. Elle a un collie’* , des bracelets ; elle porte des chaussures ; elle appuie la main droite sur le dossier , la main gauche sur ses genoux.

Suit une série de personnages sans attributions , qui ne semblent jouer qu’un rôle secondaire. C'est d’abord une femme dont la tête est cachée par un anneau ; elle se tient appuyée à une petite colonne ionique quj lui arrive à la hauteur de la taille ; c’est peut-être un autel. Elle est vêtue de la tunique talaire sur laquelle est jeté un péplos ( palla ); le bout de ce voile est ramené sur l’épaule gauche, Elle a des pendants d’oreilles et des chaussures. Elle tient les mains sur les hanches et regarde la scène principale. Derrière elle est suspendue une guirlande.

On voit ensuite un homme assis ; il est couvert de la toge et a tout à fait le type romain. Il a la barbe taillée très court, le bras droit à demi-courbé ; il appuie la main gauche sur la cuisse et semble aussi regarder la lutte d’Apollon et de Marsyas.

Le personnage suivant est tourné dans la direction opposée. C’est une marque d’inhabileté de l’artiste de n’avoir pas su grouper ses figures de manière à former un sujet continu comme sur la ciste Ficoroni. C’est un jeune homme debout ; il est imberbe ; il est vêtu d’une toge qui lui laisse la poitrine découverte, et porte des chaussures ; il a la main droite appuyée sur la hanche , la main gauche sur un rocher. A côté du rocher croît un arbre.

Une femme debout , semblable à celle qui a été précédemment décrite , regarde la scène.

Le mythe d’Apollon et Marsyas se trouve aussi représenté en abrégé sur deux miroirs de la collection Barberini. L’absence de Minerve ne

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se peut comprendre ; c’est une preuve de la liberté que les artistes latins prenaient quelquefois avec les traditions de la mythologie grecque. On peut comparer à cette représentation de la lutte entre Apollon et Marsyas un fragment de bas-relief qui est conservé au musée du Lateran ; les divinités qui assistent à la scène sont Diane , Mercure , Junon , Minerve, Cybèle , Bacchus et quelques Muses , entre autres Melpomène et Uranie. Peut-être les personnages secondaires de la ciste Barberini représentent-ils aussi des dieux , mais ils manquent complètement d’attributs.

75. Ciste trouvée en 1859 , haute de 0m34. La description en a été donnée par M. Scliœne ( Bulletin de Vlnstit. arch., 1866, p. 78), qui déclare n’avoir pu interpréter la composition, bien qu’elle se rapporte certainement à quelque sujet mythologique.

Le centre de la composition semble être occupé par une femme nue qui, avec les deux mains, tient levé une sorte de manteau. Elle porte un collier et des bracelets ; il semble qu’elle ait le front orné d’une couronne , mais on ne peut le distinguer exactement. Elle détourne la tête.

Devant elle se tient un homme barbu revêtu d’une tunique dont les les longues manches sont couvertes de ronds « macchie » et d’un long manteau ; il porte des chaussures et a un bonnet phrygien; de la main droite, il tient une épée horizontalement; de la main gauche, il fait un geste d’étonnement. Entre les deux personnages se trouve une biche. M. Schœne aurait vu dans cette scène la première entrevue d’Hélène et de Ménélas après la guerre de Troie ; mais la présence de la biche lui a fait rejeter cette interprétation. Ne pourrait-on pas y voir plutôt le sacrifice d’Iphigénie? Ce sujet est très fréquemment traité par l’art antique ; on le trouve représenté un grand nombre de fois sur les urnes funéraires étrusques. La femme qui détourne la tête serait peutêtre Iphigénie sur le point de recevoir le coup mortel. L’homme barbu, coiffé d’un bonnet phrygien et d’une longue tunique, serait le grandprêtre Calchas ; il recule d’étonnement en voyant la biche qui a été substituée par Diane à Iphigénie.

A la gauche de la femme est un jeune homme debout ; il porte sa chlamyde enroulée autour du bras ; il est armé d’une épée ; il tient deux javelots de la main droite et semble , avec la main gauche , se cacher la figure. Ici l'interprétation commence à devenir plus difficile. Ce ne peut être Agamemnon ; il est trop jeune et n’est pas assez noblement vêtu.

Le personnage suivant est un homme armé qui enlève son baudrier. A côté de lui est un cheval.

De l'autre côté, derrière le personnage qui représente peut-être Calchas , un jeune homme coiffé d’un bonnet phrygien et vêtu d’une tunique persane à longues manches. Il tient une hache sur l’épaule droite et regarde la scène principale. A ses pieds est un chien qui lève la tête vers lui. Au-dessus , une fenêtre ouverte ; on y voit une tête de femme.

DES ANTIQUITÉS PRÉNESTINES.

Puis un homme barbu et un peu chauve qui regarde à gauche ; de la main gauche, il tient une lance dont l’extrémité repose à terre ; le pied droit est posé sur un rocher , la main droite est appuyée sur le genou.

II n’y a rien à ajouter à la description faite par M. Schœne des autres personnages. L’explication de la scène principale par la légende du sacrifice d’Iphigénie n’est qu’une hypothèse ; on a déjà vu combien il était difficile de déterminer d’une manière exacte les représentations dessinées sur les cistes.

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