‹ Étude sur quelques points de l'ataxie locomotrice progressiveChapitre 20 sur 21 · XVIII' OBSERVATION · texte numérisé non relu

XVIII' OBSERVATION

Traitement par les courants continus (communiquée par M. Onimus.)

M couturière, a senti sa vue s’affaiblir il y a treize ans, habi-

tant alors New-York. En même temps, elle souffrit de forts maux de tête et vit des objets doubles pendant dix-huit mois. Depuis trois ans elle ressent des lassitudes dans les jambes et des douleurs dans les muscles des membres inférieurs. Depuis deux ans elle éprouve des fourmillements dans les pieds, et surtout dans le pied gauche. Les douleurs musculaires qui avaient paru avant les fourmillements, persistent et augmentent même depuis que ces derniers ont paru.

Depuis vingt-deux mois, elle a remarque qu’elle marchait plus difficilement dans l’obscurité; il lui était impossible de monter ou de descendre les marches d’un escalier obscur, selon son expression elle perdait ses jambes et tombait bientôt, elle ne sentait pas le sol ; elle dit avoir eu les pieds comme des éponges.

Dans les premiers mois de la maladie, il y a eu affaiblissement de la sensibilité des jambes ; depuis un an elle prétend que la sensibilité est revenue, et qu’elle sent beaucoup mieux.

Elle conserve difficilement ses urines ; lorsqu’elle avait de fortes douleurs, l’urine s’écoulait de temps en temps involontairement. D’autres fois voulant uriner, elle ne le pouvait qu’avec peine, après une attente assez longue.

La moindre émotion ou la sensation de froid lui faisait éprouver des tremblements plus ou moins violents dans les membres et surtout dans les bras. Ces mouvements des bras (mouvements cloniques) duraient souvent assez longtemps et ils se reproduisaient chaque fois que son corps était refroidi. Elle prétend que ces tremblements auraient augmenté à la suite d’un traitement par le nitrate d’argent.

Nous appliquâmes tout d’abord des courants continus à direction centripète et les douleurs s’accrurent. Des courants continus à direction centrifuge, appliqués ensuite, calmèrent ces douleurs, rendirent la marche plus facile et firent cesser l’incontinence d’urine.

XIXe OBSERVATION.

Traitement par les courants continus. (Communiquée par M. OiNIMUS.)

S..., âgé de 50 aus, a été militaire jusqu’à l’âge de 30 ans. Depuis celle époque, il est valet de chambre; il est fortement bâti, n’a pas eu de maladies antérieures, et dit n’avoir fait d’excès d’aucun genre.

Depuis cinq ans, il ressent de violents maux de tête, et dès la même époque, sa vue a commencé à s’affaiblir. Les maux de tête n’étaient point continus et ne restaient pas constamment fixés à la même place; ils arrivaient par intermittence et voyageaient d’un endroit de la tête à l’autre. Depuis deux ans, il a dans les jambes de la lassitude et une grande faiblesse. Simultanément, il éprouve de temps en temps des douleurs très-vives, qui lui font l’effetde fortes crampes. 11 accuse également un sentiment de pesanteur dans les reins.

Douleurs lancinantes dans les bras, qni ont apparu quelque temps après celles des jambes. Lorsqu’il étend le bras, on remarque un léger tremblement de la main. Il n’est plus aussi confiant dans les mouvements de ses bras. Quand il tient un objet dans la main, il craint de le lâcher à chaque instant. La sensibilité des bras paraît beaucoup mieux conservée que celle des jambes.

Il n’a jamais eu d’incontinence d’urine, mais il a une grande difficulté à uriner, et il se passe un temps assez long entre le désir

’uriner et la miction. La marche n’est pas trop mauvaise, quoiqu’il trébuche de temps à autre; il lance les jambes en avant et les laisse retomber lourdement sur le sol. Il risque de choir dans l’obscurité. Lorsqu’on lui fait fermer les yeux, son corps se balance dans tous les sens, mais sans tomber. Il lui est difficile de marcher sur la pointe des pieds sans trébucher et sans risquer à chaque instant de faire une chute.

Depuis deux ans, le sens de l’ouïe s’est beaucoup affaibli; on n’aperçoit aucune altération organique, la membrane du tympan est normale, et la trompe d’Eustache parfaitement saine et libre.

Ce malade est encore en traitement ; il a eu trente-cinq séances d’électrisation par les courants continus. Tous les symptômes ont subi une amélioration très-marquée.

Les douleurs des membres ont disparu en grande partie : celles des jambes ne se font plus sentir; elles persistent encore du côté des bras, mais elles ont beaucoup diminué.

La marche est plus ferme, quoiqu’elle conserve encore les caractères typiques des ataxiques ; S... ne trébuche que très-rarement. Il se tient debout, les yeux fermés, sans balancements du corps, pendant un temps assez long. Nous l’avons fait rester dans cette position deux minutes consécutives sans qu’il ait risqué de tomber. Il marche et se retourne, les yeux fermés, sans difficulté. Il peut également se tenir et marcher sur la pointe des pieds sans faire de chutes.

Il urine beaucoup plus facilement, et la miction se fait presque aussitôt; le jet d’urine est plus fort.

Les douleurs de tête ont presque cessé, et il affirme entendre même et être débarrassé des bourdonnements d’oreille qu’il avait avant.

La vue s’est sensiblement améliorée; il distingue les objets à une distance plus éloignée, tandis qu’auparavant il ne pouvait, dit-il, distinguer aucune lettre des affiches; il parvient aujourd’hui à lire les mots écrits en gros caractère.

Remarque. Nous avons cité trois cas d’ataxie loco-

motrice que nous avons traités par les courants continus. Dans le premier les douleurs fulgurantes, seules, ont été calmées. Dans les deux autres, nous avons été beaucoup plus heureux. Tous les symptômes ont sinon disparu, au moins diminué. L’affection a rétrogradé. Les malades sont encore soumis au traitement, et, d’après ce que nous avons observé, nous croyons pouvoir assurer que les différents caractères de la maladie ne se présenteront plus avec la même intensité.

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