‹ Étude sur Quince CurceChapitre 313 sur 398 · Voltaire, Histoire de Charles Xlf, liv. L · texte numérisé non relu

Voltaire, Histoire de Charles Xlf, liv. L

essayé de rivaliser sur ce point avec lui, aucun, pas même Racine, ne l'a surpassé.

Avec ses qualités et ses défauts, Quinte Curce est bien l'homme de son temps; il a des affinités singulières avec plus d'un de ses contemporains, et si, pour le définir, on voulait se servir d'une de ces formules dont la précision n'est pas toujours de l'exactitude, on pourrait dire peut-être, en rappelant la définition qu'on a donnée de Tite-Live ', que Quinte Curce est le Lucain de l'histoire.

Somme toute, Quinte Curce historien ne sera jamais apprécié que par les esprits assez cultivés et assez forts pour n'avoir pas à craindre de se laisser égarer par lui; il sera toujours tenu en suspicion par les autres; il est inquiétant. Ecrivain, il ne nous procurera jamais un plaisir sans mélange; il est inégal. C'est dans ce double fait qu'il convient peut-être de chercher la cause des fluctuations qu'a subies sa renommée , des jugements si divers qu'on a portés sur lui. Aux époques où les esprits s'appliquent volontiers à découvrir les faiblesses des écrivains, sa gloire diminue; elle grandit au contraire quand, selon le mot de Chateaubriand, on quitte la critique mesquine des défauts pour la critique féconde des beautés. Et c'est ainsi que l'avenir recommencera sans doute pour Quinte Curce le passé et que le reflux de l'opinion lui rendra la gloire que le flux lui avait enlevée.

1. On a dit que Tite-Live était le Virgile de l'histoire, cf. A. Biese, Op. L, page 136.

Page 1