Cf. Blume. Ôp. L, page
12. La cherté des manuscrits. — Cf. L. Delisle . Acad. inser. et belles-lettres, t. XXIV, page 306. Id., Bib. de l'Ec. des Chartes, S. III, t. I, page 225.
leurs : les faiseurs de chroniques, les auteurs de romans et leur clientèle.
Les auteurs des chroniques universelles \ si nomhreuses au moyen âge, tous ceux qui ne s'inquiétaient ni de l'éclat du style, ni des réflexions morales, — et le nombre en alla toujours croissant dès le ii« siècle après J.-C, — abandonnèrent sans peine l'ouvrage de Quinte Curce. Ils devaient trouver que son auteur avait trop développé certaines parties, donné trop peu de relief à certaines autres; qu'il avait noyé, pour ainsi dire, les faits dans une phraséologie brillante, mais qui empêchait de les dégager rapidement et nettement ; ils devaient préférer ces compilations bourrées de faits, ces abrégés écrits en style clair et précis, comme celui de Justin -, ces espèces d'histoires universelles comme celles d'Orose ou de Solin ^.
Pour les poètes et les auteurs de romans en prose, l'Histoire d'Alexandre est, comme celle de Charlemagne, un thème à développements, un sujet particulièrement approprié à l'expression des sentiments chevaleresques. Les poètes ne s'inquiètent pas de l'exactitude historique, ils attribuent à leur héros les qualités que de leur temps on prise le plus dans un chevalier : au xn<= siècle, ils font d'Alexandre le type du souverain à la main libérale; au xiii<= et au xiv°, alors que les sentiments chevaleresques s'affaiblissent, ils introduisent, pour piquer la curiosité, les événements les plus monstrueux dans la légende du conquérant macédonien. Ils considèrent les textes de l'antiquité classique comme un recueil de renseignements où ils puisent à volonté *, et, parmi ces textes, ils choisissent les plus fabuleux ; l'abrégé de Julius Valerius sert de base à la plupart des compositions du moyen âge relatives à Alexandre ', et le de Prœliis se répand surtout à partir du xiii'= siècle.
Les simples curieux choisissent naturellement les ouvrages qui se rapprochent le plus de leurs idées, ceux qui sont le mieux appropriés à leur intelligence et à leur imagination toujours avide de merveilleux; ils ne se décident pas pour Quinte Curce, est-il besoin de le dire? ils ont du reste tant d'ouvrages en langue vulgaire qui sollicitent leur attention! Les écoles elles-mêmes subissent l'intluence générale; Quinte Curce flnit par n'y tenir qu'une bien petite place; Gautier de
1. En français elles sont très nombreuses. — Cf. P. Paris, Op. L, t. I, pages 58, 73, t. II, pages 274, 318, etc.
2. On sait combien les abrégés de tout genre furent appréciés de l'antiquité et du moyen âge et combien d'oeuvres précieuses ils ont empêché d'arriver jusqu'à nous. Ainsi on abrégea les histoires de Fannius, de Coelius Antipater (Cic, ad Att., XIII, 8, xit, 25;, de Sallusle, de Tite-Live, de Vâlùre Maxime, et même les Lettres de Cicéron. — Cf. WiESE, De vitarum sci-iptoribus romanis, Berlin, l<SiO, p. 29.
3. Julius Valerius était aussi mis à contribution par les savants, par P. Comestor
GODEFHOY DE VlTERBE, VlNXENT DE BeaLVAIS (cf. P. Mcyer, Op. l., pagC 18); SAINT
A.NTo.M.N, archevêque de Florence. Cf. A. Mai, éd. do Julius Valerius, préf., page 100, sqq.