Apulée, Florides. î
15. BuRMANN, Anthologie latine, II, page 17. — Riese, Anthologie, ép. 437 et 862.
d'Alexandre à Rome, et c'est à des causes plus générales qu'il faut demander compte de rinlérèt si vif que toutes les classes de la société romaine prirent à VHhtoire d'Alexandre.
Les faits, les personnages historiques prennent un relief extraordinaire aux yeux de tous ceux qui visitent les lieux oîi ces faits se sont passés, où ces personnages ont vécu. Les uns et les autres revivent alors, ils se matérialisent en quelque sorte, il semble que, pour la première fois, ils entrent dans le domaine de la réalité. C'est par ce phénomène psychologique qu'il faut en grande partie expliquer l'extension de la popularité d'Alexandre à Rome.
Quand, après avoir achevé la conquête de Tltalie, après avoir abattu Carthage et s'être remis de leurs longues et pénibles guerres, les Romains regardèrent du côté de l'Orient, pour y chercher de nouveaux champs de bataille, ils se trouvèrent en présence des débris de l'immense empire d'Alexandre, ils eurent à lutter contre ses successeurs. Dès l'année 217 av. J.-C, les Romains étaient entrés en lutte avec les Macédoniens, et, dès cette époque, les plus illettrés avaient appris le nom d'Alexandre , ce nom qu'après la troisième guerre de Macédoine M. Servilius, s'il faut en croire Tite Live % rappelait au peuple de Rome dans son discours en faveur de Paul Emile.
Dès lors, à chaque pas qu'elles firent dans leur marche victorieuse à travers la Grèce, l'Asie, l'Egypte, les légions romaines se heurtèrent à un monument matériel du passage d'Alexandre . elles retrouvèrent partout son souvenir vivant encore. Toutes les villes qu'elles traversaient se faisaient gloire d'honorer Alexandre ou de tenir à lui par quelque lien. Ici, on ne voyait que le héros; c'est à ce titre qu'Olympie ^, Athènes ^, après bien d'autres villes sans doute, lui dressaient des statues. Là, c'était le civilisateur qu'on vénérait ; à tort ou à raison, les villes qui portaient son nom, en Troade *, en Cilicie, en Egypte, et
1. TiTE-LivE, XLV, 3o, sqq. Cf. Plutakque, Pyrrhus, 19, discours d"Appius.
2. Palsamas, V, SX, 10; V, xxiv, 11; VI, xi, 1. Cf. J. Overbeck, Die antikcit Schrifïquellen zur Geschichte der bildenden Kûnste ici Griechen, Leipzig. Engelmann, 186S, page 231.
4. Cf. J. G. Droysen, Geschichte des Hellenismus, Gollia, 1877-1878, t. 111, 2« partie, page 193, sqq.
avec elles Magnésie du Sipyle *, Smyrne -, Cyzique ^ Clazomène *, Haliarte % Apollonie ", Gcrasa ", Dium ^ Paretonium ^, Nicephorium ^"j se vantaient d'avoir eu Alexandre comme fondateur ou comme restaurateur, ou conservaient simplement le souvenir de son passage. Sagalassos, Amorium ** ornaient leurs monnaies de son effigie. Emathie '-, Priône ^% Apaméc ^*, la Gilicie *' montraient les temples qu'il avait dédiés, les autels qu'il avait élevés. La Lydie conservait pieusement le caravansérail où , suivant la légende, Alexandre s'était arrêté, et où plus tard Mithridate se reposait, considérant comme un heureux présage d'avoir dormi sous le même toit que le conquérant de l'Asie ^^. Au temps de Plutarque encore, on montrait, sur les bords du Cépliise, un vieux chêne à l'ombre duquel Alexandre avait dressé sa tente à la bataille de Chéronée *'; aux environs de Tyr, on faisait voir la source près de laquelle Alexandre avait rêvé de la capture d'un Satyre ^*. Dans l'Inde, les marchands visitaient, auprès de Minnagra, port à l'est de l'embouchure de l'Indus, les autels, les camps, les puits témoins du passage des Macédoniens *^.
Cette vénération prenait même un caractère plus respectueux. Pour certaines villes, Alexandre était plus qu'un homme, c'était un être supérieur, un dieu. Beréc *", Byzance, Odessus,