CHAPITRE I
l'histoire d'alexandre et les documents sur sa vie antérieurs a quinte curce
Depuis le commencement de ce siècle, l'étude des historiens d'Alexandre a été abordée par plusieurs savants; Sainte-Croix \ Geier ^, C. Mûller % G. Droysen •*, sans parler des auteurs d'ouvrages généraux sur la littérature grecque ^, ont essayé de les apprécier au point de vue historique et littéraire, ou bien se sont contentés de réunir les renseignements que l'antiquité nous a laissés sur eux, de collectionner et de coordonner avec une ingénieuse patience les fragments de leurs écrits. En raison même du plan sur lequel ils ont été faits, du but que s'étaient proposé leurs auteurs, ces travaux sont le plus souvent incom-
1. Sainte-Croix, Examen critique des anciens historiens iV Alexandre, 2« éd. Paris, 1804.
2. R. Geier, Alexandri magni historiarum scriptores setate suppures. Vitas enarravit Leipzig, Gebauer, 1844.
3. C. MuELLER, Scriptores rerum Alexandri magni à la suite de l'édition d'Arrien, Didot, 1846; et Frarpn. hist. gr., volumes I, II, III, IV, éd. Didot.
4. J. G. Droysen, Histoire de Vhellénisme, traduction française, Paris, E. Leroux, 1882, t. I, appendice I, page 739, sqq. — Cf. aussi Fr. Ka.mpe, Philologus, t. IV, pages 111-146.
5. G. J. Vossius, de Historicis grœcis, éd. \Vestermann. Leipzig, 1838. — R. NicoLAi, Griechische Literaturgeschichle. .Magdebourg, 1873-1878, t. II, page lo6, sqq.
plets; les uns ne donnent pas tous les documents qu'une information rigoureuse et éclairée peut recueillir; les autres mêlent de telle façon la critique à l'exposition historique, qu'il est impossible de se rendre un compte exact du développement de cette histoire et d'en avoir une vue d'ensemble. Au reste, ces travaux fussent-ils parfaits de tout point que néanmoins, avant d'apprécier la valeur historique de Quinte Curée, il faudrait les résumer. Il est en effet impossible de porter sur un historien un jugement équitable si l'on ne connaît ses prédécesseurs et les matériaux qu'il avait à sa disposition. Avant donc de toucher aux diverses questions que soulève l'histoire d'Alexandre par Quinte Curce, il est indispensable de faire l'inventaire des documents de toute sorte qu'il aurait pu utiliser.
Dans cet inventaire, où les sources de Quinte Curce seront seules examinées et jugées, nous ne nous contenterons pas de donner la liste des œuvres véritablement historiques; les monuments épigraphiques, les documents de tout genre, dont on use aujourd'hui avec tant d'intelligence, y auront aussi leur place marquée. Ce travail ainsi fait comprendra sans doute bien des noms écartés par une critique sévère, bien des documents plutôt soupçonnés que connus, bien des ouvrages dont le nom seul nous est parvenu, il offrira du moins un tableau assez complet des ressources immenses qu'aurait mises à profit un historien initié aux procédés de la science moderne ; à ce titre, il causera peut-être bien des regrets à ceux de nos contemporains qui s'occupent de l'histoire d'Alexandre.
Documents officiels et privés.
Les inscriptions. — Les archives. — Les rapports des gouverneurs, des généraux, des explorateurs, des ingénieurs. — Le Bulletin royal. —
Les lettres.
Parmi les documents qui seraient utilisés avec le plus de fruit par les historiens modernes, il faut compter avant tout les inscriptions. Chacun sait tout le parti qu'on en a tiré de nos jours * ; chacun sait aussi que, dès Tantiquité, certains historiens ont compris l'utilité des inscriptions, les ont mentionnées ou en ont reproduit le texte -. Les biographes anciens d'Alexandre ne leur ont pour la plupart accordé, semble-t-il, qu'une médiocre attention; ils ont passé à côté des trésors qu'elles leur offraient, sans y toucher et sans les voir.
Cette indifférence ou, si l'on aime mieux, cette ignorance est d'autant plus fâcheuse que les inscriptions relatives à l'histoire d'Alexandre devaient être très nombreuses dans l'antiquité, avant que le vandalisme des barbares et des modernes les détruisît. Elles étaient aussi très intéressantes, si l'on en juge d'après celles que le temps a épargnées. Elles nous renseignent sur des points de détail peu ou mal connus et viennent à l'appui de certains faits rapportés par les historiens. L'inscription d'Orchomène ' nous apprend la présence d'un contingent hellénique dans l'armée d'Alexandre. Les arrêtés pris par les villes d'Érésos *, de Calymnos ^, de Mitylène '', nous font con-
1. E. Desjardlns, Revue politique et littéraire, 1879, p. 847, sqq. Cf. Revue des Beux-Mondes, 1874, décembre, page 626. Cf. S. Rel\ach, Traité d'épigraphie grecque, Paris, Leroux, 1883, page 1, sqq.
2. Timée de Locres, par exemple, avait reconnu l'utilité des inscriptions; Thucydide les consultait. Cf. Thucydide, IV, 16; V, 47; VI, 54, et Rei.nach, Op. L, pages 330 et 340.
3. Bulletin de corr. hellén., VII, page 434. M. P. Foucart rapproche de cette inscription une épigramme de V Anthologie (VI, 334) qui permet de constater la présence parmi les troupes macédoniennes d'un corps de Thespiens.
4. CoNZE, Reise auf der Insel Lesbos, I860, page 33, sqq. — Cf. Sacppe, Commentatio de duabus inscriptionibus Lesbiacis. Gôltiugue, 1871.