‹ Étude sur Quinte Curce [microform]Chapitre 13 sur 386 · Cf. Suétone, Reliquix, éd. Rrfscb., page 91, sqq · texte numérisé non relu

Cf. Suétone, Reliquix, éd. Rrfscb., page 91, sqq

rayer de l'ouvrage de Suétoae les noms de ces écrivains et les quelques lignes qui les accompagnent *.

Ainsi donc l'histoire littéraire n'a existé à Rome qu'à l'état d'esquisse, elle a toujours affecté un caractère pédagogique et didactique ; le genre biographique, sous ses deux formes, la monographie et le recueil encyclopédique, parait avoir été cultivé surtout par des écrivains qui visaient à l'utile; il a servi à glorifier, justement ou non, les hommes politiques, il n'a que bien peu souvent été employé à conserver le souvenir des écrivains et non pas de tous.

Les considérations qui précèdent expliquent suffisamment le silence de l'antiquité sur Quinte Gurce, il n'est plus besoin que d'en préciser les conséquences.

Quinte Gurce était historien, non pas peut-être des plus célèbres, et il avait écrit la vie d'un conquérant étranger; il n'avait donc aucun titre pour qu'un grammairien lui consacrât une de ces notices scolaires dont nous avons parlé, ou pour qu'un biographe lui fît, dans un recueil, une place à côté des illustrations romaines.

Si nous ne devons pas nous étonner de ne pas trouver son nom dans les monographies et les encyclopédies biographiques, nous ne devrons pas nous étonner davantage de ne voir jamais cités ni Quinte Gurce ni son œuvre. Ce silence s'exphque très facilement.

Les contemporains de Quinte Gurce qui auraient eu occasion de le nommer se sont abstenus de le faire, par une espèce

1. A. Graekenhan, Geschichte der klassischer Philologie im Alterthunij Bonn, Kônig, 1843-1844, t. IV, page 450. — Id., L. /., page 369, constate qu'on n'a de commentaire que pour le seul Sallusle. On peut rappeler aussi, sans attacher autrement d'importance à ce fait, que l'on ne connaît à Rome aucun buste authentique d'historien romain ; du moins Ampère l'affirme. Cf. VHisloire romaine à Rome, Paris, Lévy, t. III, page 571. Les historiens et les philosophes ont été laissés de côté par les biographes probablement parce qu'ils n'étaient pas, comme nous dirions, portés au programme des classes : les poètes, les orateurs et les grammairiens avaient seuls ce privilège. Cf. A. Wittich, De grammatistarum et grammaticonuu apud Ro7nanos scholis. Eisenach, 1844.

AUTHENTICITÉ DE l'uISTOIRE d' ALEXANDRE

de réserve ou de parti pris dont les exemples ne manquent pas * dans l'histoire de la littérature ancienne.

Geux qui ont vécu après lui n'ont pas manqué de raisons pour

l'oublier.

Les historiens qui s'occupaient d'Alexandre avaient sous la ' main non seulement les sources où avait puisé notre auteur, mais encore des écrivains grecs qu'ils lui préféraient peutêtre à juste titre. Les grammairiens ne le citaient pas, préférant emprunter leurs exemples à des auteurs de plus de notoriété. Parmi les httérateurs, les uns se servaient de l'histoire de Quinte Gurce, sans en nommer l'auteur, ce qu'ils faisaient souvent, ne s'astreignant pas, comme nous, à une rigueur scientifique *; les autres ne la lisaient pas. Ils agissaient envers Quinte Gurce comme envers Gornélius Népos ; savaient-ils le grec, ils lisaient Diodore, Arrien ou Plutarque; l'ignoraient-ils, ils avaient recours à Trogue-Pompée, à Justin, dont l'abrégé a eu une si fâcheuse influence, à Vltlnéraire d'Alexandre.

Faut-il après cela examiner une question particulière que l'on s'est posée souvent? Faut-il s'étonner avec Rollin^, ou s'indigner avec Bruno, Scioppius, Pitiscus * de ce que Quintilien n'a pas compris Quinte Gurce dans son énumération des historiens romains? Ge serait, semble-t-il, une question oiseuse. Quintilien y a d'ailleurs répondu par avance. Gomme les auteurs d'encyclopédies, et même plus qu'eux, il faisait un choix; il le

1. Cf. GicÉRON, Brutus, LXI, 231; Ovide. Tristes, II, 467; Velleius Pater- CLLUS II, 36; Tacite, Dialogues des orateurs, 26; Quimilien. de Institutione'oratoria, X, i, 38. Les écrivains grecs gardaient la même reserve. Cf. Quintilien, de Institutione oratoria, X, i, 54.

2 II n'e«t pas rare que les écrivains anciens utilisent l'ouvrage d un de leurs contemporains ou de leurs prédécesseurs sans le nommer. Le cas de Lucrèce est des plus curieux en ce genre : Gicéron, \irgile lloraee l'ont imité de très près sans le citer jamais. - Cf. C. Martha, Le poème de Lucrèce, Paris, Hachette, p. 351, 3» éd.; Macrobe Satu7^nales , M, 2; Aulu-Gelle, I, 21; Gunmngton, éd. de Virgile, t. 111, /nto; Weingartneb de Horatio Liœretii imitatore, Halle, 1874, etc. - Les anciens ne citent en général leurs sources que quand elles se contredisent ; Pj^itarque offre de fréquents exemples de ce fait, cf. Tiberius Gracchus, 4, 8, 21. Us se servent ordinairement des termes vagues multi, plerique, plurimi ^cf. page 110); Capitolin dit : « imperitus latinus seriptor ».

3. RoLLiN, Histoire ancienne, Vve Kstienne, Pans, 1726, t. \L Avanl-

^Ts^pSl^'dii. de Quinte Gurce, La Haye, P. Van Thol, 1708 ; Préface, u

dit à plusieurs reprises ^ précisément en parlant des liistoriens ^ Il a omis Quinte Gurce pour la même raison qu'il a omis Cornélius Népos, Velleius Paterculus, Valère-Maxime, Trogue-Pompée et bien d'autres.

Ce silence serait-il inexplicable, qu'il ne prouverait rien. Quinte Curce n'est malheureusement pas le seul sur lequel l'antiquité tout entière soit muette ou à peu près. Si, pour prouver qu'un ouvrage est apocryphe, il suffisait de démontrer qu'il n'a jamais été cité, ce n'est pas Quinte Gurce seulement qu'il faudrait rayer de la liste des écrivains anciens, mais encore Manilius, Florus ^ Ampélius, Julius Obsequens, pour ne pas emprunter d'exemples à la littérature grecque et pour ne citer que quelques noms *.

Enfin cet argument, tiré du silence de l'antiquité, paraîtra encore plus faible, si l'on veut bien se rappeler que beaucoup d'ouvrages, où nous eussions pu trouver des renseignements, sont perdus sans retour, et si l'on songe qu'il s'en est fallu de bien peu que Gratins Faliscus % Velleius Paterculus % Phèdre \ Valerius Flaccus «, etc., aient été rangés au nombre des écrivains qui n'ont jamais existé.

On ne lui accordera même pas cette ombre de valeur que la discussion précédente pourrait lui avoir laissée, si l'on admet avec beaucoup de critiques ^ que l'historien Q. Gurtius et le rhé-

AUTllENTICITÉ DE L'mSTOIRE d'aLEXANDRE i?

leur dont Suétone avait retracé la vie ne sont qu'un seul et même personnage, si surtout Ion veut bien reconnaître avec nous ^ que Sénèque, Lucain, Quintilien ont utilisé, sans la citer,

VHisloire d'Alexandre. . . , , i, i

En résumé, la question de l'authenticile de 1 ouvrage de Quinte Gurce, si elle pouvait être signalée au point de vue historique, si elle devait même être éclaircie, ne saurait nous arrêter ; d au es problèmes plus importants se posent : il faut, avant Îexlminer l'ouvrage lui-même, savoir à quelle époque son nu- Jeu' a vécu et s'il est possible de l'identifier avec quelqu un des^ personnages romains qui ont porté le même nom.

invraise.nhlahle. Il C'O.t a une con. ^^..^...avcrsioncs.... Francfort,

?r'L^2^^ illare" ix^omnmo quemquam calamitas extra Cur-

mendumTomlnis'nomen, et famam prorsus oppr.mendam. »

1. Quintilien, Op. l.y X, i, d04 : « siinl et alii scriptores boni, sed nos gênera degustamus, non blbliothecas exculimus. «

2. Quintilien, de Instilutione oratoria, X, i, 94 : « sunt clari hodieque et qui olim nominabuntur. »

3. Qui n'est pas cité avant Malalas, Xpovoypa^îa, VIII, 211, 2.

4. Si nous voulions emprunter des exemples à la littérature grecque, nous en aurions de célèbres à citer, ne serait-ce que la Géographie de Strabon, sur laquelle toute ranticjuité a gardé le silence. Cf. É. Kgger, Examen critique des historiens anciens de la vie et du règne d'Auguste, Paris, 1844, page 06.

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