Quinte Curce, IX, ii, 8, sqq
QUINTE CURCE MORALISTE
Nous voyons ailleurs Alexandre blessé, « accusant les dieux, « se plaignant de rester inactif, lui dont personne n'aurait pu « autrefois égaler la promptitude; craignant que ses soldats ne « le soupçonnent de feindre une maladie ^ »
Le psychologue apparaît aussi dans ces réflexions présentées sous forme générale, dans ces incidents qui caractérisent, expliquent une situation. A propos des déserts de la Sogdiane et de leur aridité, Quinte Curce nous dit que « le manque d'eau fait « souffrir non pas tant parce qu'on a besoin de boire que parce « qu'on se sait dans l'impossibilité de satisfaire ce besoin ' », L'idée est subtile, l'expression antithétique, au fond l'observation est vraie. Quelle concision et quelle justesse dans cette phrase qui sert de conclusion au long récit du meurtre de Clitus et dont aucune traduction ne pourrait rendre l'énergie : <( Post « Clitî cœdem, libertate sublata, vullu, qui maxime servit, <( assentiebantur ^. » L'attitude de Nabarzane et de ses complices, se prosternant devant le roi qu'ils allaient assassiner, avait déjà suggéré à Quinte Curce une réflexion analogue, mais moins énergiquemcnt exprimée, sur « la dissimulation qui est naturelle à l'homme * ». Souvent l'observation est aussi délicate que l'expression est heureuse : « La nécessité les forçait à tout hasarder, « car, lorsque la fortune a trahi nos premières espérances, l'ave- « nir semble toujours préférable au présent ^. » — « Quand la « peur est entrée dans les esprits, on ne sait plus craindre que ce « qui a tout d'abord effrayé ^. » — « Quand la fortune a conduit « les hommes à ne plus croire qu'en elle, elle les rend avides « de gloire plutôt que capables de la supporter^. » — « C'est par « une triste faiblesse de la nature humaine que nous réfléchis- « sons quand il est trop tard ^. » — « C'était un des traits du « génie d'Alexandre, de savoir lutter contre tous les obstacles; « mais il trouvait ici autant de difficulté à avancer que de péril a à reculer, et son esprit roulait mille pensées diverses, que la