NATURE DE L OUVRAGE
parmi les arguments allégués par le critique dont nous parlons, les uns reposent sur une erreur d information * ou même de fait ', et par conséquent doivent être écartés sans discussion; les autres, qui paraissent au premier abord plus probants, après examen, ne prouvent rien. Faut-il en effet le rappeler? l'anecdote de Thaïs et celle des Amazones, les nombreux récits de prodiges, l'ambassade des Carthaginois, l'épisode d'Abdalonyme ne suffisent pas à justifier l'appréciation qu'on a émise sur l'ouvrage de Quinte Curce. L'ambassade des Carthaginois * et l'épisode d'Abdalonyme * ont probablement un fondement réel; l'anecdote de Thaïs et celle des Amazones ont été rapportées par d'autres historiens ^, les récits de prodiges sont nombreux dans Hérodote, dans Tite-Live, dans Arrien lui-même*, et cependant aucun de ces historiens n'a reçu le nom de romancier que l'on donne si volontiers à Quinte Gurce '.
Admettons-le cependant, tous les arguments qu'on a entassés reposent sur un fondement réel, et l'on n'a pas jugé Quinte Curce d'après les règles particulières d'une loi d'exception, il n'en restera pas moins vrai que le nom de roman ne convient pas à VHistoire d'Alexandre. Le roman n'est plus sans doute, comme le définissait Huet, « une fiction d'aventures amou- « reuses, écrite en prose avec art pour le plaisir et l'instruc- « tion des lecteurs, » il a de bien autres visées; il ne se prive ni de chift'res abondants, ni de description^ exactes, ni de renseignements pris à des sources scientifiques et sérieuses, mais il a un caractère distinctif : il relie tous ces documents par une intrigue de pure imagination. Ce caractère spécifique manque à l'œuvre de Quinte Curce; dans l'/Zis/oeV^ d'Alexandre^ il n'y a
1. M. Ghassang croit à tort que les chilTres de Quinte Gurce sont tous exagérés, cf. page 171, et Droyse.n, Op. /., t. I, page 266.