‹ Étude sur Quinte Curce [microform]Chapitre 291 sur 386 · VI-YIU · texte numérisé non relu

VI-YIU

avec amour *; on en a la preuve en y regardant d'un peu près. Ces récits qui commencent par de véritables exordes et se terminent par des péroraisons bien caractérisées ', le ton oratoire de tout l'ouvrage, ces tours de phrase, échappés à l'écrivain et qui se retrouvent textuellement dans des déclamations^, démontrent clairement que V Histoire d'Alexandre a eu la fortune, bonne ou mauvaise, d'être lue dans les salles de récitation *; mais ce qui achève de rendre cette hypothèse plus vraisemblable, c'est, il nous semble, le nombre relativement considérable d'allusions que l'on relève dans l'œuvre de notre historien.

Sous l'empire, les Romains ne jouissant pas de ce bonheur, si apprécié par Tacite^, « de penser librement et de pouvoir dire « librement ce qu'ils pensaient », avaient, pour échapper à la contrainte qui pesait sur eux, contracté l'habitude de comprendre à demi-mot. Louangeuse ou satirique, ils ne laissaient jamais passer une seule allusion; ils en voyaient même où nul n'avait songé à en mettre.

C'était au théâtre surtout que les faiseurs et les amateurs d'allusions se donnaient carrière ; le peuple tout entier se tournait vers César quand Labérius prononçait ce vers bien connu :

Necesse est multos timeat quem multi liment ^;

il applaudissait Auguste, en entendant parler d*un « maître juste et bon ^ » et souriait à un vers qui pouvait paraître blâmer la mollesse du fondateur de l'empire ^ Ce jeu n'était pas sans danger, tout au moins pour le poète et pour les acteurs; les empereurs, y voyant une forme d'opposition à leur gouvernement, une critique inconvenante de leurs actes, se montraient inflexiblement cruels. Sous prétexte d'attaques personnelles de

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