‹ Étude sur Scévole de Sainte-MartheChapitre 35 sur 35 · vol. in-4», conservés à la bibliothèque du Louvre · texte numérisé non relu

vol. in-4», conservés à la bibliothèque du Louvre

( 100 ) ferme la correspondance de Sainle-Marihe, et auquel nous reviendrons.

Toul semble annoncer du resie que nous avons là, non pas la brillanle improvisation par laquelle Sainte-Marthe gagna sa cause, mais le discours, préparé à loisir, qu'il avait l'intention de prononcer. Voici , quoi qu'il en soit, le début de ce morceau, qui n'a pas encore été imprimé :

a Sire, parce que la majeslé des rois , étant élevée audessus de tous les hommes, ne reconnaît que Dieu seulement, on estime à bon droit que la vertu mieux séante à la grandeur d'un monarque c'est la piété, dont le principal office gît en la révérence qu'on doit à Dieu.

« Aussi voit-on, sire, par le discours des histoires de votre France, qu'en cette \Lrtu les rois vos prédécesseurs d'heureuse mémoire ont toujours bien loin passé les autres princes; et vous particulièrement, sire, montrez un tel exemple de zèle et dévotion, qu'en ce misérable siècle vous excitez à bien faire tous ceux qui vivent sous le bonheur de votre obéissance.

« Or d'autant, sire, que les effets que cette piété, qui gît en l'intérieur, produit ordinairement pour se manifester dehors, sont la justice, la clémence, la pitié, l'amour et telles autres vertus chrétiennes , les trésoriers généraux de France, vos très-humbles et très-obéissants sujets et serviteurs, ont espéré, sous la faveur de ces vertus qui vous accompagnent, trouver grâce près de Voire Majesté, vers laquelle ils recourent en toute obéissance et humilité , par l'avertissement qu'ils ont eu que, nonobstant vos prudents édits portant l'établissement de leurs étals pour le bien de votre service, il vous a plu depuis naguère faire autres nouveaux édils conlenaiit la suiiprcssion d'une bonne part d'iceux, et réservation de deux plus anciens seulement pour faire la charge, etc. i

Noie D.

Correspondance de Sainte-Marthe.

II ne nous reste, de Scévole de Sainle-Marlhe, qu'un pelii nombre de lettres (c'est aussi ce que nous avons eu l'occasion de remarquer au sujet de Henri Estienne), tandis que la plupart des hommes illustres du xvi« siècle ont laisse dans ce genre de volumineux recueils. En donnant un nouveau prix aux lettres de Scévole, cette rareté même a dû nous les faire rechercher avec d'autant plus de soin.

La collection de Burmann, qui ne contient, il est vrai , que des lettres latines (mais le latin était la langue dont se servaient de préférence les savants de cette époque dans leurs communications les plus familières), n'en renferme aucune de Sainte-Marthe. Il n'est même allégué qu'une fois dans une note de l'ouvrage, et cette note est une erreur •. Burmann lui attribue en effet le poëme de la Fauconnerie {de Jle accipilraria carmen) , que J. Lipse, dans une lettre à Dousa , signale comme venant de paraître. Or, ce poëme n'est pas de Sainte-Marthe, mais d'Auguste deThou; et ce qui explique la méprise, c'est qu'il a été édité pour la première fois en 1584 avec la Pœdotrophie et sans nom d'auteur. Si Burmann avait lu cette ingénieuse composition , dont le président de ïhou a fréquemment parlé ^ et à la tin de laquelle il a placé son épitaphe, il n'eût pas commis cette inexactitude.

Nous ne connaissons, au reste, de Scévole de Sainte- Marthe, que trois lettres imprimées: elles sont en français «>t se trouvent dans le recueil antérieurement cité des Épitres à M. de la Scala^. Nous avons profité de ces lettres

1. Voy. Sijllorjc opistolarum u viris illnsfribits saiptarum , t. I, p. 218.

3. Notamment de Vita sua, I. I et II. Cf. la Bibliothèque frunçoise de Goujrt, t. VII, p. 168, et revoir aussi la p. 'tO de iiolrti volume, not. 2.

3. Voici le titre in extenso • É pitres françaises des personnages illustres et doctes , à M. Joseph- Juste de la Scala , mises

dans noire Etude. Elles atlesient les relations étroites d'amitié qu'il entretint avec Joseph Scaliger, dont il a célébré la mémoire, non-seulement en prose comme on Va vu, mais en vers :

Accipe doctorum quxcumque paravlmus umbrls

Munera , et illa tibi tu quoque sacra puta. Quidquld eniin lauduru liber hic partitiir in omnes

Hoc certe meritis convenit omne tuis.

Une lettre manuscrite de Sainte-Marthe confirme cet éloge : il y parle « du grand monsieur de la Scale', qui vous honorait (dit-il à de Thou auquel la lettre est adressée) sur tous les hommes du monde, et qui me faisait aussi l'honneur de m'aimer : mais Dieu Ta voulu ôter à ce malheureux siècle qui n'était digne de lui. s Cette lettre , autographe comme la plupart de celles que nous avons à mentionner, est à la Bibliothèque impériale, dans la collection du Puy, t. DCCCXIX^; et ce volume en offre deux autres de Scévole au président de Thou, qui se rapportent, comme la précédente, à une époque avancée de sa vieillesse. Dans la première il lui témoigne sa reconnaissance « de l'honneur qu'il lui plaît faire journellement à ses enfants, que leur père aimera beaucoup davantage s'ils sont si heureux que de lui rendre service agréable. Ils m'ont écrit , ajoute t-il , que vous m'honorez tant que de vous souvenir quelquefois de mes petites folies, j'entends de mes Éloges, que j'avais du tout délaissés; mais cet avis m'a remis en humeur de les continuer, comme j'ai fait. » H annonce, d'ailleurs, son intention d'aller à Paris : « ce qu'il eût déjà fait sans l'incommodité du double hiver, c'est-à-dire de la saison et de son âge. » En même temps, il lui transmet « un exemplaire

en lumière par Jacques de Rêves, in-S", Harderwyck, 1624, — Les lettres de Sainte-Marthe sont la 95' du liv. I", la IT du liv. H et la 1^' du liv. III, p. 179, 317 et 492.

I. Ou, connue on disait aussi, de la Scala , en d'autres tenues, Joseph Scal'ger (voy. p. 1).

?. Cette collection est ainsi nommée parce qu'elle renferme en grande partie la correspondance de Claude du Puy, déjà cité, et de ses deux (ils.

( 103 ) de ses vers français, imprimés de nouveau, dont il a pris la iiardiesse de lui dédier une petite partie. » Dans la seconde lettre, Scévole remercie de Thou «d'avoir bien voulu lui envoyer ses trois doctes poèmes , qu'il a pris grand plaisir à lire, se persuadant qu'après ce grand et immortel laheur de son Histoire, cela lui a fait grand bien de s'être un peu récréé dans le jardin des Muses, qui continuent toujours à le favoriser : car il n'y a rien qui sente mieux son antique. »

L'on remarque dans le même tome non paginé, une lettre des deux jumeaux Scévole et Louis de Sainte-Marthe à de Thou, datée de 1G16 et de Paris, qui contient sur Scévole d'attachants détails : a Noire père, disent-ils, se porte fort bien, grâce à Dieu. Il passe ici tranquillement le temps à ses livres et continue ses Éloges. Depuis peu de jours, il a fait ceux de MM. Lefèvre (iNicolas), Desportes, Pasciuieret autres. Il est souvent visité par MM. de Chantecler, Loisel , du l*uy, Higault et plusieurs autres gens d'honneur. Lui et le bonhomme M. Loisel étant entrés en propos de leurs âges, il s'est trouvé qu'ils sont nés tous deux l'an 1536, l'un le 5, l'autre le 6 février, de sorte qu'il n'y a que douze ou quinze heures de distance de la naissance de l'un à celle de l'autre. »

Le tome DCLXXVde la même collection présente encore, au folio 135, une lettre de Scévole « à Monseigneur de Thou, conseiller du roi en son conseil d'État et président en sa cour du Parlement. » Il vient de recevoir à Poitiers la continuation de son Histoire , et. « après un présent de cette élofie, il est bien honteux de lui en rendre un de si peu de valeur. » Ainsi parle-t-il de l'édition nouvelle, qu'il lui offre en échange, « de ses Éloges augmentés et mis en meilleur ordre que ci-devant, avec ses poèmes latins, le tout mis ensemble en un volume. »

Il y a en outre plusieurs lettres originales de Scévole dans un manuscrit in-f" de la bibliothèque du Louvre, portant le no2!t2'. Elles datent delà maturiléde son âge. L'une

(. On trouve aussi dans ce recueil, flont M. Ludovic Lalaniie lu'a signalé rcxisfence, des vers latins et niônie des vers grecs.

( 104 ) d'elles, adressée à son fils aîné alors âgé de quatorze ans, retiferrae diverses prescriptions qui prouvent sa sollicitude paternelle : a II se promet toujours d'Abel , qu'il fera tous ses efforts pour étudier, et il compte bien n'être point trompé dans son espérance. Il s'assure aussi qu'il aura l'œil sur ses petits frères , qu'il doit instruire à se recommander tous les jours à Dieu et à se rendre diligents dans leur travail. » Quelques autres sont écrites, en français ou en latin , à des savants et des littérateurs de l'époque, à .\udebert, Blondel , Boulenger, etc. Elles témoignent de cette activité de rapports intellectuels qui , comme nous l'avons indiqué plus haut, existait entre les membres de cette colonie répandue en tous lieux , que nos devanciers appelaient la république des lettres. De là parfois, dans cette ferveur classique qui échauffait les esprits , d'ardentes rivalités et de vives querelles; mais, plus souvent encore, ces attachements si étroits et ces fraternités touchantes, dont le lien commun était le goût des études libérales et l'admiration des chefs-d'œuvre antiques.

C'est ce qu'on voit surtout dans les lettres des correspondants de Sainte-Marthe, qui forment la principale richesse de ce manuscrit, malgré les pertes très-notables qu'il a souffertes. On n'y retrouve plus, il est vrai, les lettres de Ronsard , de Pasquier* et de bien d'autres qu'annonce la table; mais ce qui reste est encore d'un grand prix. Dans le nombre on remarque des lettres de ses enfants et de plusieurs membres de sa famille , entre lesquelles il y en a une de son frère, l'archidiacre de Poitiers, qui, le 4 juillet l.^iSo , lui annonce la mort de Muret, décédé à Rome d'une hydropisie, le 24 juin précédent, a J'en ai eu grand regret, ajoute-t-il , pour vous avoir autrefois ouï dire que vous teniez de lui tous les secrets de la langue latine qui vous rendent illustre.» Puis, l'exhortant à faire son éloge, il continuait dans cet idiome qui semblait souvent plus que

1 . On rappellera, à cette occasion , que, dans le recueil imprime (les Lettres de Pasqnier, il y en a beaucoup qui sont adressées a Sainte-Marthe.

( 105 j le nôtre, ainsi qu'on Ta dit, le langage naturel des érudits de la renaissance :

Macte ergo, et stygio revocans a llmlne mânes,

Nain potes, icterna; cul debes raunera vltae

Redde Ticero, et superas redlvivum attollc sub auras....

Beaucoup de ces lettres sont signées de noms que nous avons déjà rencontrés , noms qui avaient acquis , dans la carrière suivie avec éclat par Sainte-Marthe , plus ou moins de célébrité , Nicolas Rapin , Rémi Belleau , Casaubon , Rittershuys , Mélissus, Cellarius, Pomponius Lœtus, Gilloi, Pierre Pilhou , Dousa , Elie Vinet, du Moulin , etc. Claude Binet , à la date du 26 juin 1580 , écrit à Scévole , « d'une sienne petite maison des champs oii il est allé pour éviter le mauvais air de Paris ; » en se recommandant à son souvenir, a il le prie de daigner dire son nom aux Muses ; car si ce n'est pas vous, observe-t-il , elles ne l'apprendront point. » Le même Tinviie encore, après la mort de Ronsard (1S85) dont il a été le biographe , à s'associer « aux grands regrets des lettres françaises, en honorant sa mémoire de quelques vers, qui soient mis au rang de ceux qu'il a rassemblés pour son Tombeau; » et il lui rappelle , afin d'exciter sa verve, «l'amitié que M. de Ronsard lui avait départie, lorsqu'il vivait , pour les vertus rares qu'il reconnaissait en lui.» L'historien de Thou, l'un de ses correspondants les plus assidus, lui écrit aussi, le 2G juillet 1587, pour obtenir quelques versd'épithalame,etil exprime le vœu qu'il veuille bien solliciter pour lui la même faveur de M. de la Scale, persuadé qu'il est « que, si tous deux lui accordaient cet honneur, ce lui serait un augure de bonheur pour toute sa vie. » Bientôt de Thou lui fait ses remercîments au sujet de l'une de l'autre pièces, qu'il estime faites de main de maître, • comme tout ce qui sort de leur officine. >

Le mrmc recueil renferme plusieurs lettres de Joseph Scaliger à Scévole. D'abord, il le félicite de sa Pœdotrophie, * qui est de bien autre étoffe que la Fénerie de Barguis, bien que ce dernier ne laisse pas d'être gentil poëte;» et il lui adresse en échange son ouvrage de Emendatione temporum. Ensuite, il le presse de venir le voir dans son

( 106 ) ermitage , l'assurant « qu'il n'a rien de plus cher en ce monde que ses amis , entre lesquels il tient le premier et le plus ancien rang , de quoi il ne se glorifle pas peu. > Quelques années après , en accusant réception de Vexcellent présent qu'il lui avait fait d'un recueil de ses poésies, il le comparait à Tibulle et à Pindare. a On ne pouvait, coniinuait-il, lui dérober la douceur et la naïveté, non plus que la gravité à Virgile. Toujours semblable à lui-même et se surmontant parfois, il était cause que l'Italie ne pourrait plus reprocher à la France ses poêles. » Il s'applaudissait, en terminant , de voir son nom mêlé aux vers de Scévole : « Car ils vivront , disait-il , cela ne peut manquer, et moi je vivrai par eux. »

Une autre célébrité du temps, l'avocat Mornac, s'associant à ces éloges donnés à Scévole , le complimentait , en 1616, «de son slyle poli , succinct et judicieux, qui montrait à toute l'Europe ce que valent nos esprits ,» spécialement de ses poésies, qui avaient fait dédire les Italiens de la prétention qu'ils affichaient de l'emporter sur la France.

On n'a pas oublié la famille de Morel , dont Scévole nous a laissé, dans ses Éloges, un si gracieux tableau; on sait que sa femme, Antoinette Deloïne,et ses trois filles partageaient ses goûts et son talent pour la poésie latine et française. L'aînée et la plus distinguée, Camille, a été spécialement chantée par notre auteur :

Rara tui sexus et nostrl rarlor eevI

Gloria, quas olim ductore parente camœnas

Nosse datiira, aerii juga dura celsissinia Pindl,

Vlx paucis adeunda viris, ascendcre virgo

Non dubitas, sacrasque manu decerpere lauros, etc.

Jean de Morel, qui avait passé de nombreuses années dans une liaison étroite avec Érasme, Ronsard et Joachim du Bellay, était un des correspondants habituels de Sainte- Marthe, et nous avons aussi une lettre de Camille qu'elle lui écrivit à l'époque de la mort de son père en 1S83, « pour le supplier d'avoir pitié du Tombeau de M. de Morel , qui n'attendait plus que sa main pour être parachevé. > Les

( 107 ) vœuide Camille furent satisfaits * ; et, à peu de mois de là, elle lui témoignait dans une autre lettre « qu'elle ne pouvait assez le remercier de ce qu'il lui avait plu de célébrer la mémoire de son père par ses vers. »

Enfin, dans ce recueil, on rencontre quelques-uns des personnages les plus considérables du temps par leur naissance ou leurs fonctions , et les noms les plus célèbres de notre histoire. Le chancelier de Chiverny est en commerce de lettres avec Sainte-Marthe. Le procureur général Jacques de la Guesle lui rend grâces « de l'honneur qu'il a fait à la mémoire de son père, Jean de la Guesle, u en le mettant au nombre de ses hommes illustres; il le supplie de croire « qu'il cherchera toutes les occasions de lui en témoigner sa reconnaissance. » A côté de cette lettre et de quelques autres semblables qui s'adressent à l'écrivain, une lettre de Henri de la Trémouille , qui concerne plutôt le trésorier, le prie de s'intéresser à une ville accablée d'impôts et d'en faire diminuer les tailles ; car ce seigneur « n'ignore pas le crédit que son mérite lui a acquis dans sa compagnie. » Sully le conjure, en 1613, de lui continuer son amitié, dont il est jaloux, o à raison des mérites et des louables qualités dont on ne saurait trop priser en lui la valeur. » Entre les correspondants de Sainte-Marthe on peut même signaler des princes et princesses du sang royal de France, la princesse de Condé et H. de Bourbon, prince de Condé, ce dernier se disant t son plus fidèle , plus affectionné et meilleur ami. >

1. Voy.,dans le !!• livre des SylveSt la pièce intitulée : « Joannis Morelli epicedium; > c'est l'une des plus considérables de cette partie.

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