I. — ÉTUDE ANALYTIQUE DE LA TROMPE GRAVIDE EN DEHORS DU SAC
À. — La trompe gravide en dehors des pôles du sac.
Au cours de la quatrième semaine environ, sur la pièce la plus Jeune que nous ayons étudiée (embryon de 5 millim., obs. I, pl. 1), la trompe libre ne présente, en dehors des pôles du sac, aussi bien du
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côté de la corne utérine (10 millim.) que dans la région ampullaire (62 millim.), que des modifications minimes. Elle est perméable dans toute son étendue. La répartition topographique des couches souspéritonéale, musculaire et muqueuse, la disposition des franges, les caractères histologiques de l’épithélium sont normaux. Il n’y a pas d'hypertrophie musculaire. Le système vasculaire sanguin et lymphatique est un peu plus développé que normalement. Enfin, sur quelques franges au voisinage des pôles du sac fœtal on trouve, par places, des modifications très discrètes du chorion muqueux. Au milieu de cellules conjonctives rondes ou fusiformes, à noyau très vivement coloré, rond ou oval, cellules banales dont les dimensions ne dépassent pas 6 à 8p, se trouvent des cellules plus volumineuses (11 à 15 p) à contour net, dont le protoplasma, finement granuleux, se colore assez bien par l’éosine ; leur noyau est plus volumineux, mais moins vivement coloré que celui des petites cellules conjonctives du chorion. Ces grosses cellules sont séparées les unes des autres par de très étroits couloirs dont les uns sont vides tandis que les autres sont occupés par des cellules conjonctives banales. Au niveau de l'ilot que forment ces grosses cellules, la frange est augmentée de volume ; son épithélium de revêtement n'est plus cylindrique, il est devenu cubique (10 à 15 4 de hauteur).
Dans aucune de nos cinq autres pièces de grossesses Jeunes en évolution, n’ayant pas dépassé la huitième semaine (obs. IT, TEL, IV, V, VII), nous n'avons rencontré les discrètes modifications du stroma des franges que nous venons de décrire: leur non constatation sur les quelques séries de coupes faites par nous sur chaque pièce, n'implique pas, d’ailleurs, leur non existence; il faudrait, pour l'affirmer, avoir coupé, en série continue, la totalité des portions non gravides de la trompe. Quant aux caractères généraux de ces trompes, ils sont absolument identiques à ceux de la trompe que nous avons prise pour type : une légère augmentation de volume, tenant à l'hypertrophie du système vasculaire, est le seul caractère qui les différencie d’une trompe adulte normale.
Sur les pièces de grossesse plus avancée, les modifications du canal tubaire sont un peu plus accusées. Nous prendrons comme type une grossesse d'environ trois mois (obs. XIV, pl. XIV). La grossesse
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primitivement ampullaire était ampullo-abdominale secondaire. Le sac renfermait un fœtus de 15 centim. 8de long.
La coupe représentée Planche XIV (fig. 33) est une section verticale sagittale de la trompe, à 20 millim. du sac. L’épaisseur sagittale maxima est de 6 millim. Au centre de la coupe, on voit la cavité et les franges de la muqueuse qu'entourentla couche circulaire propre de la trompe, épaisse de 0 millim. 2, et la couverture sous-péritonéale musculo-conjonctivo-vasculaire hypertrophiée, épaisse de 2 millimètres.
À un plus fort grossissement (90 diamètres) (pl. XIV, fig. 34), on constate la vacuité de la cavité tubaire étoilée ; le chorion, dense, épais de 0 millim. 1 dans ses parties basales, se soulève en 9 franges dont la plus longue a une hauteur de 0 millim., 2. Au niveau de la circonférence externe du chorion est un petit cul-de-sac tubaire de 0 millim. 04. On en trouve un autre plus large (0 millim. 17) à l’extrèême limite de la couche musculaire circulaire propre de la trompe.
A ce grossissement on constate à l'extrémité renflée des deux plus grosses franges des modifications portant sur leur épithélium et sur leur stroma. L'épithélium de revétement est aplati, sous-cubique, haut de 6 à 8 u, alors que partout ailleurs il est cylindrique, cilié et haut de 20 y au moins. Sous l’épithélium aplati se trouvent d'énormes cellules pâles, groupées en flots qui, par leur faible coloration, tranchent à première vue sur les parties voisines, riches en petites cellules fusiformes tassées les unes contre les autres et pourvues d’un noyau vivement imprégné par les réactifs colorants. Ces cellules pâles sont volumineuses (20 à 40 y), leur forme est irrégulière, le plus souvent polyédrique. Leur protoplasma est finement grenu ; il se colore discrètement par l'éosine en rose très pâle ; le bord de la cellule, assezrégulier, est franc, mais n’est pas plus coloré que le corps cellulaire ; le noyau, à peu près central, est rond ou ovale, clair, plus coloré cependant que le protoplasma du corps cellulaire ; il est volumineux (10 à 15 &),il est pourvu d’une fine membrane nucléaire nette et régulière. Ces grosses cellules sont séparées les unes des autres par d'étroits couloirs qui sont libres ou occupés par de petites cellules conjonctives banales dont les dimensions oscillent entre 8 et 10 & et qui ne se distinguent en rien des cellules banales du chorion muqueux de la base de la frange ou des franges voisines. Ces grosses cellules, nous les avons retrouvées avec leurs mêmes
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caractères autour d'une cavité longue de 0 millim. 2, située en pleine couche musculaire externe, en dehors de la couche circulaire. Cette cavité contient quelques leucocytes et quelques cellules cubiques desquamées. Ses parois sont partiellement tapissées par des cellules souscubiques (4 à 5 & ) ;en dehors d'elles se voit une couronne formée par deux ou trois rangées de grosses cellules pâles gisant au milieu de cellules conjonctives banales. Il s'agit vraisemblablement d’un cul-desac muqueux intra-musculaire analogue à ceux que nous montre la même coupe dans le chorion et dans la musculeuse circulaire, mais ayant subi les mêmes modifications que l'extrémité libre des deux franges saillant dans la cavité tubaire.
Toutes nos autres pièces du même âge présentaient à distance du sac le léger épaississement de la paroi tubaire que montre si nettement la pièce prise comme type. Par contre, sur deux seulement (obs. XI et XV), nous avons retrouvé au niveau du squelette conjonctif des franges de la muqueuse des figures histologiques semblables aux îlots de cellules pâles que nous venons de décrire.
Telle est l'anatomie de la trompe en dehors du sac, loin de l'œuf :
La cavité tubaire est perméable, l'épithélium n’est pas desquamé, le revêtement épithélial est cylindrique, cilié comme à l'état de vacuité ; et ces cils sont doués de mouvements ainsi que Zedel (1) après Veit l'a constatésur des pièces fraîches. L'épaisseur de la paroi tubaire est à peine augmentée par l'hypertrophie du système vasculaire dans toutes les couches. Enfin, d'une façon inconstante et toujours discrète on rencontre au niveau de quelques rares franges une légère hypertrophie de quelques cellules conjonctives.
Plustard, alors que la grossesse est plus avancée, entre le deuxième et le troisième mois, les modifications sont plus accentuées. Encore minimes et inconstantes à distance du sac, elles deviennent plus nettes’ et plus constantes à mesure qu'on se rapproche de ses pôles. Elles consistent en une hypertrophie du syulstème vascaire de toutes les couches, une hypertrophie générale de la couverturemusculo-conjonctivo-vasculaire sous-péritonéale et dans l'apparition, au niveau de la
(1) ZeDEL. Zur Anatomie der schwangeren Tube, mit bésonderér Berücksichtigung des Baues der tubaren Placenta. Zeitschrift. F. Geb. u. Gyn., 1895, Bd 26.
COUVELAIRE. 3
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muqueuse, d'ilots discrets de grosses cellules pâles, qui sous l'épithélium de revêtement aplati, arrondissent en forme de massue la pointe de quelques franges.
B. — La trompe gravide au niveau des Pôles du sac.
Reprenons la pièce que nous avons prise comme type de grossesse jeune en évolution (4° semaine, obs. I, pl. 1) et voyons comment se com= porte la trompe au niveau d'un des pôles du sac, l'interne, par exemple.
Le pôle interne du sac apparaît à l'examen extérieur comme un tronc de cône dont l’axe couché est long de 6 millim. Déjà à l'examen extérieur on devine qu'il n'est pas constitué par une courte portion de trompe rectiligne dont les diamètres croîtraient progressivement et rapidement, mais bien par une plus longue portion de trompe sinueuse contournée en S dont les boucles placées dans des plans différents sont accolées et tassées sous une commune couverture péritonéale. Le péritoine péri-tubaire ne suit pas exactement la trompe dans son trajet serpentin, il recouvre simplement l’ensemble de ses méandres. Les coupes histologiques totales portant sur des tranches faites millimètre par millimètre, montrent à l'évidence ce que laissait deviner l'examen extérieur, en faisant apparaître sur la même section sagittale deux lumières de trompe qui correspondraient, si la trompe était rectiligne, à des points différents du trajet de Poviducte (pl. f, fig.-2, 3, 4).
La cavité tubaire renferme du sang provenant de l’apoplexie ovulaire. Ce ne sont d’abord que quelques globules rouges épars entre les franges de la cavité non dilatée, puis un caillot compact occupant le centre de la cavité ectasiée. La muqueuse étirée, déplissée en quelque sorte, à à plus sa luxuriante frondaison de franges érigées. Les unes, courtes et sessiles, montent encore perpendiculairement à la paroi ; mais les autres, plus longues, sont couchées contre la paroi et sont quelquefois accolees les unes aux autres, Leur épithélium reste cylindrique, élevé (20 à 25 y), leur stroma n'est pas modifié Quant à la cavité Lubaire, son diamètre maxinum passe de 2 millim. 7 à 9 millim. 1 (point correspondant à l'extrême pointe du pôle interne de l'œuf).
Cet agrandissement progressif de la cavité ne s'accompagne pas
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d’une diminution d'épaisseur proportionnelle de la paroi; au contraire, la paroi dans les mêmes limites passe de 0 millim. 9 d'épaisseur à 2 millim, 1. Cette hypertrophie très marquée tient à l'hypertrophie de toutes les couches, surtout de la couche musculo-conjonctivovasculaire, dont tous les éléments sont hyperplasiés.
Dans nos pièces correspondant à des grossesses plus avancées, ces caractères sont encore plus accusés. Les méandres, les contournements de la trompe, l'accolement intime de ces méandres à la paroi même du sac, se retrouvent d’une façon constante La pièce de grossesse ampullaire d’environ trois mois (obs. XII) représentée pl. XVII (fig. 39) est particulièrement démonstrative à cet égard. La ligne pointillée t,, t,, t;, t, suit le trajet serpentin de la trompe au niveau du pôle interne du sac. Les coupes sagittales du pédicale tuboovarien à ce niveau intéressent deux fois et même trois fois la cavité tubaire. C’est ainsi que la coupe histologique sagittale totale, comprenant à la fois le pôle interne du sac, le ligament large et l'ovaire (pl. XVII, fig. 41), intéresse deux méandres t, ett, de la cavité tubaire
ectasiée.
Au niveau de ces méandres, au voisinage immédiat du sac, la paroi tubaire est considérablement hypertrophiée. Sur la coupe précédente, l'épaisseur de la paroi de la cavité supérieure t, (diamètres de 15 et 9 millim.) oscille entre 2 et 3 millim., alors que celle de la cavité inférieure t, (diamètres de8et9 millim.) oscille entre 1 millim. 5 et 2 millim.
Cet épaississement est moins considérable, mais encore très net dans les pièces de grossesse un peu moins avancée. C’est ainsi que l'épaisseur de la paroi de la trempe gravide représentée pl. VII (fœtus de 3 centim. 5) atteint, à 3 millim. du sac (fig. 20), une épaisseur de. 2 millim. 5 entre la base du chorion muqueux et le péritoine : l'épaisseur totale sagittale de la trompe étant, à ce niveau, de 6 millim.
L’épaisseur de la paroi de la trompe gravide de l'observation IX (environ 2 mois 1/2) atteint au voisinage immédiat du sae 3 millim., l'épaisseur totale sagittale de la trompe étant, à ce niveau, de 13 millimètres.
Cette hypertrophie si accusée de la paroi au niveau du pôle du sac est à la fois musculaire, conjonctive et vasculaire. |
Les faisceaux musculaires hypertrophiés sont séparés etquelquefois
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dissociés par de nombreuses et épaisses travées conjonctives. Le tissu conjonctif est surtout fibrillaire, souvent légèrement œdémateux. I] y a par places une infiltration leucocytaire discrète, généralisée à toutes les couches, prédominant le long des vaisseaux.
Les cavités vasculaires renferment des globules rouges ét un très grand nombre de globules blancs.
Le nombre, les dimensions et les sinuosités des vaisseaux sont remarquables, surtout dans la couche musculo-conjonctivo-vasculaire sous-péritonéale.
Quant à la muqueuse, ses caractères sont très modifiés. Le stroma de ses franges est épaissi, le nombre des éléments cellulaires est notablement plus considérable que normalement. Les franges ne restent pas libres, mais s’accolent, dessinant autour de la partie centrale de la cavité une sorte de réseau caverneux pseudo-glandulaire (pl. XV, fig. 35). Au niveau des points où la cavité centrale ectasiée: était occupée par la pointe du pôle libre de l'œuf ou par un caillot, ce réseau s'abaisse, s’aplatit.
Enfin, en certains points, dans quelques pièces (obs. XI, fœtus de 44 centim.; — obs. XIV, fœtus de 15 centim. 8; — obs. XV, fœtus de 16 centim.), quelques-unes de ces franges sont gonflées par les amas de grosses cellules claires que nous avons déjà étudiées à distance de l'œuf. Sur la planche qui représente, à un grossissement de 50 diamètres, la coupe complète de la trompe accolée à la paroi d’un sac ampullo-abdominal de 3 mois (obs. XIV), on retrouve les ilots clairs que forment au niveau de 5 des franges coalescentes les grosses cellules pâles. Deux de ces franges sont représentées (pl: XV, fig. 36) à un grossissement de 125 diamètres. Les grosses cellules atteignent à ce niveau des dimensions énormes (40 à 60 4 pour le corps cellulaire, 20 4 pour le noyau). En dehors de ces flots, l'épithélium de revêtement est cylindrique, haut de 20 à 25 p.
Assez souvent, et en particulier dans la pièce dont nous venons de parler (obs. XIV), on rencontre, en pleine couche musculaire de la trompe, de petits culs-de-sac épithéliaux, diverticules intra-musculaires de la muqueuse. 1
En résumé, avant d'aborder le sac, le canal tubaire, sinueux, dessine des méandres accolés et tassés en un bloc compact sous-péritonéal
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qui flanque les deux pôles du sac dans la grossesse isthmique, son pôle interne dans la grossesse ampullaire. Dans ce trajet contourné, Phypertrophie de la paroi croît progressivement ; elle porte sur toutes les couches et en particulier sur tous les éléments de la couche musculo-conjonctivo-vasculaire sous-péritonéale. La paroi est le siège d'une hyperleucocytose notable. La muqueuse est hypertrophiée : le chorion muqueux est le siège d’une hyperplasie cellulaire conjonctive avec îlots de cellules pâles énormes, les franges épaissies et accolées circonscrivent des culs-de-sac pseudo-glandulaires : les diverticules muqueux peuvent s'étendre jusqu'en pleine couche musculaire. Telles sont les principales modifications que l’on observe au niveau des pôles du sac. Ces modifications de la paroi et de la muqueuse se développent parallèlement et sont d'autant plus accusées que la grossesse est plus avancée et que l’on se rapproche davantage du sac proprement dit.
IT, — ÉTUDE SYNTHÉTIQUE ET INTERPRÉTATION DES MODIFICATIONS DE LA TROMPE GRAVIDE EN DEHORS DU SAC
De la réaction gravidique de la trompe au cours du développement intra-utérin ou ectopique de l’œuf.
Il est bien entendu que nous parlons seulement des grossesses tubaires des premiers mois, ea évolution (œuf vivant ou fœtus venant de succomber au moment de l'examen anatomique). Nous laissons également de côté les grossesses qui se sont développées dans les trompes présentant des particularités exceptionnelles (malformalions congénitales, polypes intra-tubaires, fibromes tubaires, brides péritonéales ou tumeurs voisines étranglant le canal tubaire). Ce sont là des circonstances étiologiques fortuites, accidentelles, qui n'ont rien à voir avee l'anatomie de la trompe gravide normale.
Ces réserves faites, nous pouvons dégager de l'étude analytique de
nos pièces les conclusions suivantes :
1° Sur les pièces de grossesse tubaire jeune en évolution, il »n y a, à distance de l'œuf, que des modifications minimes, aussi
PL SoPE
bien dans les portions juxta-utérines que dans les portions ampullaires.
2° Sur les pièces de grossesse tubaire en évolution ayant dépassé la huitième semaine, les modifications sont plus accusées.
3° Dans tous les cas l'intensité de ces modifications est en rapport direct avec la proximité du sac fœtal.
4° Ces modifications peuvent porter sur tous les éléments de la trompe : épithélium et chorion de la muqueuse, fibres musculaires, tissu conjonctif, vaisseaux sanguins et lymphatiques de la paroi.
Quelle est la valeur et la signification de ces modifications ?
Et d'abord leur systématisation, le rapport proportionnel qui les lie à l’âge de la grossesse et à la proximité de l'œuf, nous portent à penser qu'elles ne sont pas les stigmates d'un état pathologique antérieur, mais plutôt la manifestation des réactions physiologiques que le développement intra-tubaire de l'œuf détermine dans les éléments anatomiques de la trompe.
Aussi, nous appuyant sur l'examen de nos pièces, nous nous raugeons, au point de vue doctrinal, avec ceux qui, après Biand Sutton (1891), Martin (1891), Veit (1891), Webster (1895), Paquy (1897), réagissent contre l'hypothèse de la salpingite desquamaltive préexistante, considérée comme condition nécessaire (La wson Tait) à la greffe de l’œuf dans la trompe.
Cette réaction gravidique de la trompe a été particulièrement bien mise en évidence par Webster, dans sa monographie sur l’Ectopic Pregnancy. Nous allons essayer d'en esquisser les caractères et d’en fixer les limites, en nous basant non seulement sur l'étude de la trompe gravide en dehors du sac, mais aussi sur l'étude de la trompe non gravide dans les cas de grossesse ectopique et dans les cas de grossesse utérine.
Webster a groupé les modifications que peut présenter la
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muqueuse de la trompe gravide en dehors de la greffe ovulaire dans le chapitre Decidua vera de sa monographie. Il a pris pour sa description un type complet et parfait tel que nous l’avons trouvé réalisé au niveau des pôles du sac d’une grossesse de 3 mois (obs. XIV). Ce type parfait qui, nous l'avons vu, ne représente que les modifications d’une portion limitée de la trompe, à une époque déterminée de la grossesse, Webster l'a comparé à la réaction de la muqueuse utérine. À vrai dire, on peut, avec Webster, en étudiant la disposition topographique de franges accolées, limitant des cavités pseudoglandulaires, évoquer limage, à la rigueur comparable, d’une muqueuse d'utérus gravide avec ses couches compacte et spongieuse. Mais il ne faut pas oublier que cet aspect, lorsqu'il est réalisé dans la trompe, est le résultat d'un processus différent. Dans l'utérus, la réaction gravidique de la muqueuse, que l'œuf soit utérin ou ectopique, est générale ; ce n'est en somme que l’hypertrophie en masse, la tuméfaction et l'hyperplasie systématisée de tous les éléments de la muqueuse. Combien différente est la réaction de la trompe! Elle est limitée, elle n'intéresse qu'une partie infime du canal tubaire, elle est irrégulière ; l'accolement des franges, inconstant, ne porte que sur un certain nombre d’entre elles ; les modifications du tissu conjonctif ne portent pas sur toutes les cellules de la muqueuse, pas même sur toutes les cellules d’une frange. Dans la portion de frange qui renferme l'ilot de grosses cellules claires (pl. XV, fig. 36), on retrouve, au milieu des éléments hypertrophiés, des cellules conjonctives banales non modifiées. Ces caractères sont d'ailleurs ceux que Webster a observés et qu'ont observés avec lui les quelques histologistes Orthmann (1), Kühne (2), Voinot (3), qui ont vu, décrit et
(1) ORTHMANN. Ueber Tubenschwangerschaflen in der ersten Monaten mit besonderer Berücksichtigung der pathologisch anatomischen Befunde, Zeitsch. f. Geb. u. Gyn.,;' 1890, Bd 20. Il a vu et figuré ces grosses cellules pâles dans quelques franges, au voisinage de l'insertion de l’œuf,au niveau même du sac (grossesse
* ampullaire gauche opérée deux mois après les dernières règles).
(2) RüBNE. Beiträge zur Anatomie der Tubenschwangerschaft. Marburg, 1899. 11 les a vues dans quelques franges de la partie libre de la trompe accolée au sac dans ? cas : hématosalpinx ampullaire ancien avec hématocèle (obs. 4); — hématosalpinx de la partie moyenne de la trompe, ancien, d'âge indéterminé, pas d’embryon (obs. 5); — planche V, fig. 11 et 12.
(3) VOINOT. Æssui sur l’épithélium de la trompe de Fallope chez la femme, Thèse de Nancy, 1900, Il les a vues dans 3 cas : 1° hématosalpinx ampullaire ancien (pas
figuré ces îlots de grosses cellules pâles, dénommées cellules déciduales, déciduoïdes, deciduaähnliche Zellen.
Quant à l’abaissement de l’épithélium, à sa dégénérescence, à sa chute — modifications que Webster après Klein (1) rapproche des modifications semblables, considérées comme caractéristiques de la gravidité dans l'utérus, — nous ne les avons jamais rencontrées sur des pièces fraîches en dehors des quelques points où existaient les ilots de grosses cellules pâles, et en dehors des régions où la cavité tubaire était distendue, occupée par un caillot.
Il ne faut donc pas forcer la comparaison entre la decidua vera utérine et la muqueuse partiellement et irrégulièrement modifiée de la trompe gravide. Cette muqueuse tubaire en dehors de l'œuf ne mérite pas le nom de decidua vera.
Webster a été plus loin; il a cherché dans la trompe, du côté opposé à la grossesse, sa decidual reaction et dans 2 cas de grossesse tubaire jeune (environ 2 mois), il l’a trouvée (2) et figurée. Dans le premier cas ia région ampullaire, très contournée, de la trompe non gravide présentait une bande annulaire irrégulière et limitée de formation déciduale analogue à celle que l’on observe à distance de l'œuf dans la trompe gravide. Dans le deuxième la muqueuse avait, sur une grande partie de son étendue, les caractères de la muqueuse utérine (espaces pseudo-glandulaires et formations « déciduales » dans les colonnes intercavitaires). Webster est le seul histologiste qui ait fait ces constatations. Nous-même, dans 2 cas de grossesse tubaire en évolution (obs. [[ : grossesse isthmique d'environ deux mois, obs. VIIT: grossesse ampullaire renfermant un fœtus de 35 millimètres), nous avons examiné les portions isthmique, moyenne et ampullaire de la trompe du côté opposé à la grossesse; nous n'avons constaté au niveau de ces trompes aucune modification histologique : elles étaient absolument normales.
Sur ce point encore, sans nier. devant les faits de Webster, la possibilité de formations dites déciduales. à distance. dans la trompe
d’embryon); — 2° hématosalpinx ampullaire ancien (pas d’embryon); — 3° grossesse ampullaire (fœtus de 8 centim.).
(1) KLEIN. Zur Anatomie der schwangeren Tube. Zütschrifé f. Geb. und Gyn., 1890, Bd 20, S. 288,
(2) WEBSTER. Ectopic pregnancy, p. 100,
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non gravide, en cas de grossesse ectopique, nous nous garderons de toute généralisation et nous conclurons que dans les cas par nous étudiés, la réaction gravidique dans la trompe non gravide est nulle ou minime.
Enfin, Webster a cherché et trouvé sa « decidual reaction » dans les trompes annexées à l'utérus gravide.
Après lui, Mandl (1), Gœbel (2), Janot (3), Voinot (4),
(1) MaAxoL (Ueber den feineren Bau der Eileiter während und ausserhalb der Schwangerschaft. Monatschrift. f. Geburt. und Gyn., 1897, Bd V,p. 130) a étudié les trompes fraîches de 7 utérus gravides de trois à neuf mois enlevés chirurgicalement pour fibromes, cancer du col, ostéomalacie.
Les seules modifications constantes qu'il ait observées sont l'allongement de la trompe, d'autant plus marqué que la grossesse est plus avancée, et l'ectasie des vaisseaux sanguins et lymphatiques, avec hyperleucocytose. Dans un cas seulement il a observé et figuré (pl. X, fig. 1 et 5) une hypertrophie des cellules du stroma de certaines franges ; les plus grosses atteignaient 23 ui; il les compare aux formations déciduoïdes que l’on observe dans la grossesse tubaire.
(2) GŒBEL (Beiträge zur Anatomie und Æitiologie der Graviditas tubaria an der Hand eines Preparates von Tubenmole. Arch. f. Gyn., 1898, Bd LV, p. 658) dans les trompes annexées à un utérus post partum (4e jour), recueilli à une autopsie, a observé des modifications « déciduales » semblables, au niveau de quelques plis des portions interstitielle et juxta-utérine de la trompe; la mugculature ne présentait rien de particulier,
(3) JANOT ( De l’oviduete chez la femme ; ses modifications pendant la grossesse utérine, Thèse de Lyon, 1898) parle, dans sa thèse, d'un rétrécissement de la lumière de la trompe pendant la grossesse utérine ; les plis principaux étaient hypertrophiés, le stroma de certaines franges présentait des transformations déciduoïdes ; la musculature était hypertrophiée.
{4) Vornor (Essai sur l’épithélium de la trompe de Fallope chez la femme, Thèse de Nancy, 1900, p. 51), a étudié les trompes de 4 femmes enceintes. Ces trompes ont été recueillies : 3 chirurgicalement au cinquième mois {(ablation d’un kyste de l'ovaire), au sixième mois (ablation d’un fibrome utérin), à terme (césarienne et hystérectomie abdominale) ; — 1 à l’autopsie d’une femme enceinte de 5 mois, morte d'asphyxie par l’oxyde de carbone. Seules, la première et la dernière présentaient des modifications intéressantes.
La première, annexée à un kyste ovarique, présentait au niveau de la région isthmique un renflement long de 1 centim. 5 constitué par une musculature hypertrophiée au milieu de laquelle se trouvaient de nombreuses cavités anfractueuses tapissées par un épithélium plat ou cubique et en dehors desquelles se disposaient plusieurs couches de grosses cellules «déciduales ». Voinot considère ces cavités comme des glandes utérines erratiques. C'est là à coup sûr une disposition qui s'écarte de Ja normale. Au niveau de l’ampoule, quelques franges renfermaient des cellules « déciduales ». Les trompes annexées à l'utérus gravide à terme ne présentaient comme modification qu’une légère hypertrophie de la musculature isthmique, quelques cavités intramusculaires entourées de cellules «'déciduales » dans la portion intersti” tielle, et quelque flots de cellules « déciduales » dans les franges de l’ampoule,
ont rencontré, dans quelques franges tubaires, des îlots de grosses cellules pâles, cellules qu'ils comparent aux cellulles déciduales utérines et aux cellules dites déciduales de la vera des trompes gravides.
Par contre, Frommel (1) et Grusdew (2) n’en ont pas signalé. Quant à nous, nous avons étudié macroscopiquement et microscopiquement les trompes de 8 utérus gravides (2 de trois mois environ, 2 de huit mois environ, 4 à terme) et celles d’un utérus recueilli Immédiatement après la mort. sept heures après un accouchement à terme. Le résultat de ces examens a été négatif, En dehors de l'hypertrophie du système vasculaire, les modifications hisiologiques des trompes annexées à l'utérus gravide étaient nulles; en tenant compte des examens positifs de Webster, Mand]l, Gœbel, Janot, Voinot, nous conclurons qu’elles peuvent exceptionnellement exister, mais que, même dans ces cas, elles sont toujours minimes.
Que conclure de tout ceci ?
La réaction gravidique pure de l'appareil génital chez la femme, constante et intense dans l'utérus (caduque) et dans l'ovaire (corps jaune), est inconstante, peu marquée, irrégulière dans la trompe.
Quel que soit le siège de l'œuf en évolution, l'utérus réagit : sa muqueuse se transforme et subit l'ensemble des modifications dites déciduales. Quel que soit le siège de l’œuf, le corps jaune hypertrophié persiste au niveau de l'ovaire qui a fourni l’ovule.
Dans la trompe il n’en est pas de même : Si le système vasculaire du mésosalpinx et de la trompe participe à l'hypertrophie générale du
(1) FROMMEL (Beïtrag zur Histologie der Eïleiter. Verhandlungen der deutschen Gesellschaft für Gynækhologie. München, 17-19 juin), sur les trompes d’une femme enceinte (pas d’autres renseignements) n’a trouvé d'autre altération, qu’une augmentation de volume, tenant à l’hypertrophie du système vasculaire dans toutes les couches de la paroi tubaire. Sur une pièce recueillie à l’autopsie d’une femme morte quelques jours après l'accouchement, il ne trouva aucune modification : c'était la trompe adulte banale.
(2) GRUSDEW (Zur Histologie der Fallopia’schen Tuben, Vorlaüfige Mittheilung., Centralhlatt f. Gynæcologie, 13 mars 1897) a étudié les trompes de 9 femmes enceintes « de 5 à 10 mois » (pièces d’autopsie) ; toutes les couches de l’oviducte étaient augmentées de volume ; cette hypertrophie tenait à l’injection naturelle des vaisseaux sanguins et lymphatiques. Les cellules musculaires étaient hypertrophiées : il en était de même des cellules épithéliales.