‹ Études archéologiques et variétésChapitre 10 sur 45 · AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR

ssAYER à calculer le nombre de colons et de touristes qui, tous les ans, affluent vers V ancien « Royaume du Saguenay », est une tâche qui devient de plus en plus difficile. Il n'y a pas sujet de s'en étonner d'ailleurs. Le colon trouve dans cette immense et extraordinaire vallée du Lac Saint-Jean un sol fertile, une température agréable, que le déboisement de la forêt ne fera que rendre plus clémente, des facilités de communication peu communes et un avenir assuré pour lui et les siens, — ce qui n'est pas un mince avantage de nos fours où, dans tant de villes de notre continent, Von voit la classe ouvrière en butte à des privations, à des déboires et à des misères de toutes sortes. Pour le touriste, cette région est tout simplement un pays enchanteur, qu'il revoit toujours avec plaisir et qu'il ne quitte fanuds sans regret. Ajouter à cela l'agrément de traverser, par une belle journée d'été, dans les trains si confortables du chemin de fer du Lac Saint-Jean, une chaîne de montagnes aussi pittoresques que les Laurentides, au-delà desquelles se voit un des plus superbes hôtels du Canada ; l'obligeance enfin des officiers de cette voie ferrée, à commencer

par son distingué secrétaire et gérant, M. J. G. Scott, « le modèle des secrétaires », comme disait M. Arthur Buies dans une de ses spirituelles conférences : vraiment, lorsqu'on son^e à toutes ces choses, il n'est guère possible de résister à la tentation de faire ce voyage, où tout vous invite et vous promet tant de jouissances.

C'est ainsi que, pour ces différentes raisons et d'autres encore, le 13 juillet 1889, le professeur Loudon, de l'Université de Toronto, et M. Sandfîeld Macdonald, se mettaient en route pour le Lac Saint- Jean avec l'intention toutefois de se rendre jusqu'au lac Mistassini, situé à quelque quatre cents milles de Roberval. Le but principal de leur voyage, disaient-ils, était de déterminer l'étendue de ce lac et de résoudre d'une manière définitive la question si débattue de ses dimensions réelles.

La relation de leur voyage a fait un certain bruit dans la presse lors de sa publication. Écrite d'abord pour le World de Toronto, elle a été reproduite par le Herald de New-York, le Star de Montréal, le MoRNiNG Chronicle de Québec et autres journaux anglais. Nous ne croyons pas qu'elle ait encore été reproduite en français. Or, comme cette région paraît être destinée tôt ou tard à faire partie de notre patrimoine, il importe que nous sachions tout ce que l'on en dit. Hâtons-nous d'ajouter toutefois qu'en traduisant le récit de ces voyageurs, nous ne prétendons nullement endosser les conclusions qu'il comporte. Au contraire, ce récit, dans lequel on fait intervenir le nom de M. Bignell en lui attribuant des opinions qu'il n'aurait jamais émises, paraît-il, au sujet de la grandeur réelle du lac Mistassini, ayant provoqué de la part de ce dernier une critique assez vive, nous nous sommes fait un devoir de publier sa réplique : notre concitoyen, dont la compétence

en ces matières est depuis longtemps connue, méritait cette justice. Du reste, cette réponse ne peut que contribuer à jeter de la lumière sur le sujet qui nous occupe.

Après avoir lu les remarques si judicieuses de M. Bignell, il est vraiment difficile d'admettre que la question de la grandeur véritable du lac Mistassini soit définitivement résolue. Il faudra certainement une nouvelle et sérieuse exploration pour satisfaire pleinement Vesprit public et dissiper à tout jamais le mystère qui semble encore planer sur cette fameuse nappe d'eau.

On a insinué que MM. Loudon et Macdonald n'avaient, pour ainsi dire, qu'entrevu le lac Mistassini ; mais ces messieurs déclarent qu'ils se sont rendus jusqu'à l'endroit qui leur a semblé être la limite extrême du lac. Cette déclarcdion est suffisante : et, qu'ils aient vu ce qui leur a paru être l'extrémité du lac, cela ne laisse aucun doute. Que cette nappe d'eau elle-même ait une longueur d'environ 100 milles et une largeur de 15 à 20 milles; cela est également admis. Mais est-il possible et vraisemblable que, vu la disposition du terrain, ils n'aient pu apercevoir la passe qu'on dit exister dans le voisinage de ce qu'ils ont pris pour la limite du lac, laquelle passe communiquerait avec une seconde nappe d'eau qui, en réalité, ne serait que la prolongation de la première, et qui, par conséquent, donnerait au Mistassini une plus grande étendue que celle qu'ils lui attribuent ? Cela a pu arriver ; et, dans l'état actuel des choses, toute la question est de savoir si réellement telle passe existe : c'est là maintenant le nœud gordien de la discussion, et le point le plus saillant de la réponse de M. Bignell. S'il est vrai, comme on le prétend, que ce passage est étroit, ombragé, et qu'on ne le découvre qu'après un examen très attentif des

lieux, il n'est pas tout à fait invraisemblable que MM. Loudon et Macdonald n'aient pu V apercevoir de leur point d'observation. Du reste, le lecteur pourra se faire une idée exacte de la question en parcourant leur relation de voyage et la réponse qui y fait suite. Nous empruntons ce rapport au Herald de New- York, en publiant en même temps les commentaires qui le précèdent et sur lesquels nous maintenons les mêmes réserves que sur le rapport même.

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