‹ Etudes au sujet de la persécution des chrétiens sour NéronChapitre 7 sur 43 · OPINIONS DES CRITIQUES · texte numérisé non relu

OPINIONS DES CRITIQUES

Cependant, de nombreuses difficultés se présentent à l'esprit de quiconque veut faire une analyse sérieuse de ce récit.

Voltaire, qui a si glorieusement personnifié l'esprit fran-

i PKRSKCI'TIOX r»K.S CHRCTIKNS SOLS NKFinN.

çais tout de bon sens el «le clarté. Voltaire qu'on n*aui*ail jamais dû cesser de prendre pour guide dans la critique historique, a traité à diverses reprises la question «les persécutions des chrétiens sous les empereurs romains, et il a montré le peu de créance que méritaient la plupart des léfrendes qui nous sont parvenues sur ce sujet.

A propos de ce récit de Tacite, il écrit * :

'' Ils (les Juifs) accusèrent les Juifs chrétiens de l'incendie qui consuma une partie de Rome sous Xéron. Il était aussi injuste d'imputer cet accidejit aux chrétiens qu'à l'empereur; ni lui, ni les chrétiens, ni les Juifs n'avaient intérêt à brûler Rome; mais il fallait apaiser le peuple, qui se soulevait contre des étrangers également haïs des Romains et des Juifs. On abandonna quelques infortunés à la vengeance publique. Il semble qu'on n'aurait pas diX compter parmi les pei*sécutions faites à leur foi, cette violence passagèi-e; elle n'avait rien de commun avec leur religion, qu'on ne connaissait pas et que les Romains confondaient avec le judaïsme, protégé par les lois autant que méprisé. "

On le voit, si Voltaire ne s'est pas senti suffisamment armé pour s'incrire en faux contre Tacite, si par suite il ne conteste pas le fait fondamental, l'envoi des chrétiens au supplice à l'occasion de l'incendie, il ne peut cependant se résoudre à considérer ce rapport comme l'expression de la vérité ; il ne doute pas qu'il faille le modifier, l'amender, le dél)arrasser d'invraisemblances pour le rendre acceptable.

Gibbon, amené dans son Histoire âe la décadence et de la chute de VEmpire romain à s'occuper de la conduite du gouvernement à l'égard des chrétiens, ne pouvait se

* Esta sur les mœurs, ch. VllI.

LE HÉCIT DE TACITE. 5

(lisi)enser de parler du récit de la persécution, qui se liouve dans les Annales, Il nous dit à ce sujet* :

*' Nous croyons devoir ajouter quelques remarques qui pourront servir à lever les difficultés dont est remplie la relation de cet événement.

" Le scepticisme le plus hardi est forcé de respecter la vérité et l'intégrité de ce passage de Tacite. La TOrité est attestée par le témoignage de Suétone. La pureté du texte est garantie par la conformité des anciens manuscrits ; par le caractère inimitable du style du grand historien; par sa réputation, qui préserva ses ouvrages des interpolations d'une pieuse fraude; et enfin par la substance de sa narration où il accuse les chrétiens de crimes atroces, sans donner à entendre que le don des miracles les élevât au-dessus des autres hommes.

" Né quelques arinées seulement avant l'incendie de Rome, Tacite ne pouvait connaître que par la lecture ou les conversations un fait anîvé pendant son enfance. A soixante ans de distance, quand il décrivait le progrès et le caractère de la nouvelle secte, le philosophe devait naturellement se conformer moins aux idées du temps de Néron qu'aux notions et aux préjugés du règne d'Hadrien.

" Tacite laisse souvent à la curiosité et à la pénétration du lecteur le soin de suppléer aux idées et aux circonstances intermédiaires que, dans son style concis, il juge à propos de supprimer. Il nous faut donc imaginer quelque cause probable qui ait produit l'animosité de Néron contre les chrétiens, que leur obscurité mettait à l'abri de son indignation et même de ses regards. "

Gibbon déclare alors qu'il n'est pas éloigné d'accepter la

' Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, cli. XVI.

i-EK-ScjATi» LL> i.Hf.*rr:fj^^ >»»r> >*>,••>.

*3ipp»>=ni: Q que la femme «iu prince. Poppée, était derenoe jïihrr: rt piVlie avait fdit p^ana^er à 5C»a ti>ut-p>uis5ant ëpoox SI bâifie •xntre les Gaiiléeu*. D ajoute :

"^ Il est ëTÎdent qœ la cniL-ïe et le? eflets «Je la penécatkm LfT *'«étfîTi-lireiit pas au delà de l'eiKeinte de Rome. Les «kiçxbes religieQX des Cvaliléens ne furent alors ni punis ni r^d^erché?: et les princes suivants se montrènent bienveil- Iaal« pour une 5ecte qu'avait of:»pnmëe un tyran dont la for c of ne frai>cjait que la vertu et l'innocence. ^

GSÀj^aï a-t-il en sérieusement l'intention de nous donuïr des preuves de la créance que mérite ce chapitre des Arnnalf^ Oua&d U nous conseille d'ima^er une cause probabkr qui ait pu faire naître l'animcisité de Néron contre ks eLrétie&s. ne faut-il point voir là une de ces plaisanteries irîiuuwpes doot il e*î coutumier"? La pureté du style de Fin- ^XJOSjMtrable écrivain se reconnaît-elle «ians ces pages"? Croît-il ;ée^kiz>ent q«ie la réputation de l'auteur ait suffi à protéger te^ ^xnxï^T^ contre le ztle des dévots faussaires? Peut-il ;rjT<>rier ia cz-Tiformité de? anciens manuscrits, quand on n'a p«3 «û retrouver un seul qui ne fût «léplorablement mutilé? U^ nkfjfii que Gibbon présente en faveur de la sincérité du récit, nous semblent une critique déguisée de leur valeur.

Cepefidant les savants de no> jours qui se sont occupés de jlustoire de l'empire romain et de celle des premiers siècles •lu cfjristianisme. n'ont pas mis en doute l'authenticité du texte de Tacite. Les uns. préoccupés de plus importantes qiieslioris. ont accepté sur ce point l'opinion traditionnelle èan* la 'Lscuter: d'autres ont analysé, commenté, développé le chapitre attribué à Tacite, et ont cru pouvoir le prendre pour une des bases de leurs études.

Ont-ik été fondés à le Éaire?

LE RÉCIT DE TACITE

Page 1