L OPINION PUBLIQUE A ROME APRÈS LINCENDIE
L*incendie. — La conduite de Héron lors du sinistre. — Sa popularité
ne fat pas diminuée.
l'incendie
La rumeur publique, lisons-nous dans ce chapitre des Annales, attribuait à Néron l'ordre de l'incendie, et le prince, craignant que cette flétrissante accusation ne lui fit perdre la popularité sur laquelle reposait son pouvoir, résolut de faire retomber sur les chrétiens tout l'odieux du crime qu'on lui imputait. Tel aurait été le motif déterminant de cette persécution.
Examinons cette question; voyons quel était l'état de l'opinion publique à Rome après ce sinistre événement.
Le 13 juillet de l'an 64 de l'ère moderne, " Rome, nous dit Tacite*, éprouva un désastre épouvantable, le plus grave et le plus terrible que les flammes eussent jamais causé dans la ville.
'■ Le feu commença dans la partie du cirque qui touche
« Ann., XV, 38, 39, 40.
au mont Palatin et au mont Caelius, au milieu de boutiques remplies de marchandises combustibles. Aussitôt allumées, les flammes se propagent avec violence, et, poussées par le vent, elles enveloppent toute l'étendue du cirque. Cet espace en efiet ne renfermait ni maisons entourées d'enclos, ni aucun espace vide qui pût arrêter le fléau. Après avoir ravagé la plaine, le feu attaque les hauteurs; il devance tous les secours par la facilité d'aliments qu'il rencontre dans les rues étroites et tortueuses et les énormes massifs de maisons que présentait l'ancienne Rome.
"Les femmeâ qui s'épouvantent et crient, les vieillards, les enfants, ceux qui ne songent qu'à eux, ceux qui se dévouent pour les autres, ceux qui emportent les infirmes, ceux qui s'arrêtent, tous augmentent le désordre. On regarde derrière soi, et l'on est surpris par devant ou par côté; on fuit dans le voisinage, et l'on est encore arrêté par le feu ; le danger est partout. Enfin, ne sachant quelle voie éviter ou choisir, les habitants se pressent et s'entassent dans les rues qui conduisent a la campagne; la plupart d'entre eux sont complètement ruinés et n'ont pas même de quoi pourvoir à leur nourriture. Pendant ce temps, d'autres cherchent à arracher aux flammes des parents chéris, et trouvent une mort qu'ils auraient pu éviter par la fuite.
"Le sixième jour enfin le fléau s'arrêta au pied des Esquihes, après qu'on eut jeté bas nombre d'édifices pour lui opposer une plaine nue et vide comme l'air.
" On tremblait encore d'émotion, quand le feu se ralluma une seconde fois. Il fut cependant moms redoutable, car il attaquait des quartiers sillonnés par de larges voies. Par ce fait il y eut moins de victimes; mais les temples des dieux, les portiques destinés au public, des monuments en plus grand nomljre furent détruits. Ce nouvel incendie excita