VI PRÉFACE
la forme de leurs ossements, des dimensions de leurs crânes, on peut parfois se tromper sur leur compte, mais on n'est jamais trompé par eux. Il n'en est malheureusement pas toujours ainsi pour celui qui veut étudier les annales des peuples. Elles ne contiennent que trop souvent des récits mensongers, soit que les écrivains aient été les échos inconscients de fables auxquelles ils croyaient eux-mêmes, soit qu'ils aient intentionnellement voulu tromper leurs contemporains et la postérité.
Quidquid Gi*aecia Knendax Audet in historia,
s'était écrié Juvénal au sujet de toutes les aventures de dieux et de héros qui, répétées de génération en génération, passaient pour des vérités incontestables. Mais la voix des hommes sincères et sensés fut toujours impuissante contre les mystificateurs; et encore aujourd'hui, ce que l'on connaît généralement mieux en matière d'histoire, ce sont précisément les légendes.
Fort souvent aussi les auteurs que nous accusons d'imposture ou d'erreur ne méritent aucunement ce reproche et n'ont rien dit de ce qu'on leur attribue. De nombreux faussaires ont écrit des volumes entiers sous le nom d'hommes illustres ou ont introduit dans leurs œuvres des chapitres, voire même de simples phrases, afin d'appuyer ainsi d'une autorité respectable les doctrines ou les faits qu'ils voulaient faire passer pour des vérités.
La critique moderne, par une grande précision de méthode, une solide persévérance de travail, a réussi