Respiration
L’opération est terminée.
Pendant l’opération l’insensibilité a été absolue, elle s’est prolongée longtemps après, mais à un degré moindre, ainsi que le sommeil qui a duré jusqu’au soir. De temps en temps la malade s’est réveillée. On en a profilé pour lui faire prendre du bouillon et du vin sucré.
Le lenilemain, tous les phénomènes propres .au chloral avaient disparu, et au moment où j’écris, il ne reste plus aucune trace de l’injection, il n’y a eu ni phybite, ni caillots, ni hématurie. La malade a quité l’hôpital le 5 août. M. le profe.^seur Gintrac a constaté et fait constater à ceux qui suivaient sa visite que la veine piquée ne présentait pas la plus légère altération.
Réflexions. — C'est donc la trente-septième fois que l’injection intraveineuse de chloral a été employée pour produire l’anesthésie chirurgicale; trente-six fois elle a réussi, comme dans le cas actuel. Une fois seulement le malade a succombé; mais certaines particularités de ce fait malheureux signalées par MM. les professeurs Dentffe et Van Wetter, prouvent que s’ils avaient eu à leur disposition un appareil électrique, fonctionnant bien, la mort aurait été certainement évitée.
Mes expériences sur fiiifluence des courants dans l’anesthésie chlorali-
que, ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. Toutefois, je me hâte de poser en principe : que s'il faut s’en servir energiquement quand il s’agit de conjurer un danger immédiat, on ne doit jamais y recourir pour faire cesser le sommeil qui suit l'injection. Ce sommeil, en évitant les douleurs consécutives à toute opération, constitue l’un des avantages les plus incontestables de la méthode, l’un de ceux, entr’autres, qui établit sa supériorité sur le chloroforme.
C’est ainsi qu’ayant fait disposer près de cette malade une forte bobine mise en action par une pile au bichromate de potasse, j’ai respecté son sommeil, bien qu’il parut troubler un peu certains confrères qui voyaient pour la première fois l anesthésie par l’injeition intraveineuse de chloral.
La malade n’a pas eu à le regretter.
J’ajouterai une dernière réflexion relative au manuel opératoire. J’ai mis dix minutes pour injecter 4 grammes de chloral seulement. Dans les conditions ordinaires, sur un sujet qui n’a pas été préalablement soumis à l’emploi de cette substance, l’injection est plus rapide. Mais il ne faut pas oublier que cette femme qui prenait du chloral depuis quinze jours était plus ou moins saturée, et que je n’avais en mon pouvoir aucun moyen de mesurer le degré de saturation. Aussi ai-je procédé lentement. Je n’ai qu’à me louer de cette prudence, puisque 4 grammes seulement ont amené l’insensibilité, alors que tous les faits connus jusqu’à ce jour démontrent que la dose nécessaire pour produire ce résultat varie entre 5 et 7 ou 8 grammes. Tous ceux qui ont assisté à cette opération et qui ont vu avec quelle simplicité les choses se passent, quand on sait la faire, apprécieront, j’aime à le croire, comme il convient, toutes les attaques aussi étranges qu’injustes qui ont été dirigées contre la méthode de l’anesthésie chloralique et son auteur.
A la tribune de la Société de chirurgie, M. Léon Lefort a parlé de mépris profond de la vie humaine, mais voilà que M. Maurice Perrin {lo\ cit.) s'écrie : « En résumé, l’anesthésie chirurgicale par injection intraveineuse » doit être absolument condamnée et proscrite de la pratique de tout ehi- » rurgien soucieux de la dignité de son art et de la vie de ses malades. » Il » en résulte que MM. les professeur» Deneffe, Van Wetler, Soupart, leminent chirurgen belge, Burggraeve, Gintrac et nos amis les Lande, Poinsot et moi ne sommes pas d3s chirurgiens soucieux de la dignité de notre art et de la vie de nos malades l
A qui M. Maurice Perrin peut il avoir la prétention de faire croire de semblables choses? Au lieu de tant déblatérer contre la méthode que je préconise (ce qui prouve qu’elleaquelque valeur) et dont la supériorité s’aftirme chaque jour par de nouveaux succès, ne serait-il pas plus raisonnable, plus scientitiijue, j'ajouterai plus confraternel, sortant une bonne fois de cette immobilité et de ce parti pris sysiéma iquement hostiles, dans lesquels on semble vouluir se cantonner, d'expérimenter sérieusement. Ah ! s’il en était ainsi, je reste bien convaincu que les adversaires delà veille deviendraient les enthousiastes du lendemain !