HISTOIRE DE MARIE STUART
Desdemone est étendue et endormie sur son lit* Le terrible Maure s'approche de sa victime, et voyant ce trésor de grâce et de beauté, il sent son cœur Mïlïv. ^ Il dit : « Je veux respirer la rose sur sa tige, » Il embrasse Desdemone : « 0! souffle embaumé! dit-il, c( tu persuaderais presque à la justice de .briser son c( glaive! Marie Stuart est la Desdemone de l'histoire.» On pourra toujours prouver qu'elle iBst coupable, on pourra toujours montrer les taches de sang sur ses petites mains blanches; mais quand la justice vengeresse lève le bras pour la frapper, à la vue de tant de charmes , de tant d'attraits , de tant d'iiTésistibles séductions, elle détourne la tète et laisse tomber son épée, et elle dit avec Othello : « Je ne veux pas blesser « cette peau plus blanche que la neige, plus polie que « Talbâtre des statues. » Il y a, dans l'histoire, de ces créatures privilégiées que la poésie arrache, pour
ainsi dire^ à TétretAte de la réalité, et qu'elle emporte sur ses ailes dans le royaume de Tidéal. L'image de Marie Stuart sera éternellement associée à l'idée de Tamour et de la beauté; et après avoir éUoui et enchanté son siècle y elle a, comme le dit son sévère historien, passionné jusqu'à la postérité. Tout le monde a été amoureux de Marie Stuart. Voici un livre où l'auteur démontre très-clairement et très-éloquemment qu'elle fut criminelle. C'est possible ; mais elle fut en môme temps si infortunée et si belle, qu'on n'a pas le cœur de la condamner ; et il lui sera toujours beaucoup pardonné, vous savez bien pourquoi.
Conduite toute jeune en France pour y devenir la femme du dauphin, depuis François II, Marie Stuart grandit au milieu de la cour la plus brillante, la plus spirituelle et la plus dissolue de TEurope, celle de François I"^. Cette cour était un véritable tableau du Déçaméron. a Conservant encore, dit M. Mignet, cera taines coutumes militaires du moyen âge , et se « façonnant aux usages intellectuels du siècle de la <ï Renaissance, elle était moitié chevaleresque et moitié « lettrée, mêlait les tournois aux études, la chasse à c< l'érudition , les spectacles de l'esprit aux exercices et du corps, les anciens et rudes jeux de l'adresse et c( de la force aux plaisirs nouveaux et délicats des a arts. »
La jeune reine se forma vite dans ce foyer d'élégance^ d'arts libéraux et de mœurs légères. Elle apprit
le latin, Thistoire, la musique, la poésie, a Elle chana tait très-bien , dit Rranfôme, s'accordant avec le a luth, qu'elle touchait bien joliment de cette belle « main blanche et de ces beaux doigts si bien façona nés. » C'est encore Brantôme qui disait : a Venant c( sur les quinze ans, sa beauté commença à paraître, a comme la lumière en plein midy.» Et voici comment
parlait d'elle Ronsard :
Au milieu du printemps, entre les liz naquit ; Son corps qui de blancheur les liz mesme vainquit. Et les roses qui sont du sang d'Adonis teintes Furent par sa couleur de leur vermeil dépeintes; Amour de ses beaux traits lui composa les yeux. Et les Grâces, qui sont les trois filles des cieux, De leurs dons les plus beaux cette princesse ornèrent, Et, pour mieux la servir, les deux abandonnèrent.
G*est au milieu de ce concert de musique, de poésie^ d'hommages et d'adorations que grandit Marie Stuart. On croit la voir passer comme une déesse antique, conduisant un chœur de nymphes qu'elle surpasse en grâce et en beauté. Ce fut le temps le plus heureux de sa vie. Bientôt la jeune fille devint femme , la femme devint reine. A dix-huit ans elle devint veuve; elle sentit tout ce qu'elle perdait en perdant le trône de France, elle tomba dans un profond abattement. Il fallait donc quitter et cette France tant aimée, et cette couronne, la première de la chrétienté, et cette cour, la plus chevaleresque du monde, et ce doux commerce
des arts et d^s lettres, et cette vie de plaisirs, de fêtes et de rêves où s'était écoulée son enfance. Marie était devenue Française; TÉcosse ne pouvait plus être pour elle qu'une terre d'exil; elle frissonnait en pensant à ce pays sauvage où elle allait retrouver quelque chose de plus froid et de plus dur encore que le climat, la religion presbytérienne. Anne d^ Autriche avait la peau si fine et si délicate, qu'on disait d'elle que la plus grande peine à laquelle elle pourrait être condamnée dans le purgatoire serait de coucher dans des draps de toile de Hollande. La cour d'Ecosse devait aussi apparaître à Marie Stuart comme, un lieu de pénitence; Brantôme dit qu'elle appréhendait ce voyage comme la mort. Il raconte que lorsqu'elle partit , elle resta longtemps les deux bras sur la poupe de la galère, fondant en larmes, regardant la terre, et répétant : a Adieu, France ! » Ronsard la salua de ce dernier hommage :
Quand cet yvoire blanc qui enfle vostre sein , Quand vostre longue, gresle et délicatte main. Quand vostre belle taiUe, et votre beau corsage Qui ressemble au portrait d'une céleste image ; Quand vos sa^es propos, quand votre douce voix Qui pourrait esmouvoir les rochers et les bois, Las! ne sont plus ici; quand tant de beautés rares. Dont les grâces des cieux ne vous furent avares Abandonnant la France, ont d'un autre costé L'agréable sujet de nos vers emporté, •
Gomment pourraient chanter les bouches des poètes Quand par vostre départ les Muses sont muettes?
Tout ce qui est de beau ne se garde LongtesoLps :
Les roses et les lys ne régnent qu'un printemps...
A la place de la musique des poètes, la pauvre Ma-
rie ne devait trouver , en arrivant en Ecosse, que la psalmodie des disciples de Knox. Quand elle débarqua, elle trouva un cheval pour elle et de petites haquenées de montagne pour les dames et les se^neurs de sa suite. Comparant ce maigre attirail aux iMrillants cortèges qu'elle venait de laisser en France, elle se mil encore à pleurer. Le soir, les bourgeois d'Edimbourg, pour témoigner leur allégresse, vini?ent sous ses feaétrès chanter des psaumes en s' accompagnant de mé^ chants violons. Ge fut ainsi qu'elle rentra désolée dans sa patrie.
Pendant les treize ans que Marie Stuart avait passés en France, TËcosse était devenue protestante. Cette révolution s'était, comme la plupart des révolution^ protestantes, accomplie par la noblesse, qui se partagea les biensL du clergé catholique, et qui en même temps substitua à la prépondérance du pouvoir rpyal celle du pouvoir aristocratique. « L'ancienne noblesse « et la nouvelle Église, dit M. Migfiet, agirent d'accord c( contre le clergé romain qu'elles détruisirent, l'inc( fluence française qu'elles annulèrent, et le pouvoir « royal qu'elles affaiblirent. Le traité d'Edimbourg et t( les ac{es du Parlement d'août 1560 firent de l'Ecosse a une sorte de république protestante, conduite par
a des «seigneurs et des ministres, et (rfacée sous le proa tectorat de T Angleterre, »
Marie parut d'abord disposée à subir pour son royaume la révolution religieuse accomplie pendant son absence ; elle ne demanda que la tolérance pour elle-même ; mais la tolérance n'était point un des attributs de la religion nouvelle. Knox déclarait <r qu'il aia mait mieux voir débarquer dix mille ennemis en « Ecosse que d'y voir célébrer une seule messe, b Quand , le premier dimanche après son retour, la reine fit dire la messe dans sa chapelle particulière, le peufde se souleva contre le rétablissement ûe4Hdoie; un des lords presbytériens envahit la palais fépée à la main pour tuer le prêtre ; et ce fut avec peine que Murray, frère et premier ministre de la reine, la protégea contre la fureur des Saints. Quelques jours après, Marie fit son entrée publique à Edimbourg > un jeune enfant vint lui présenter le livre des psaumes, et partout sur son passage elle trouva des représentations des supplices infligés dans la Bible aux idolâtres. Ces sinistres apparitions la poursuivaient jusqu'au fond de son palais ; mais la plus sombre de toutes était celle de Km^x lui-même. La première fois que la jeune reine le vit, elle put connaître la grandeur et la cruauté des épreuves auxquelles elle était réservée. Le fier et indomptable réformateur proféra hautement devant elle la doctrine qui devait ébranler et renverser tous les trônes ; non plus la doctrine du refus d'obéissance, mais celle de
rinsurreciion, a Si les hommes du temps des apôtPès, c( dit-il , avaient été contraints de suivre la religion des « empereurs, que serait devenue la foi des chrétiens? » Et comme Marie, qui était aussi théologienne^ lui disait que les premiers chrétiens ne résistaient pas avec l'épée, Knox répliqua que c'était uniquement parce qu'ils n'en avaient pas eu le pouvoir. Ce fut lui qui , dans cette conférence, parla le dernier; la reine resta silencieuse et accablée. Quel contraste, en effet, entre le catholicisme royaliste plus que facile et presque païen de la cour de France, et ce dar, sauvage et im* placable puritanisme 1 C'est en vain que la pauvre reine cherchait à s'égayer et à dissiper ces sombres images; c'est en vain qu'elle faisait de la musique et des vers^ qu'elle dansait et qu'elle chassait : l'homme noir ap-;paraissait tout à coup au milieu des fêtes et faisait fuir épouvantée la nichée folâtre des ris et des jeux. C'était quelque chose comme le choral de Luther éclatant au milieu d'un ballet. Un jour, comme il venait encore d'effrayer cette malheureuse Marie, en passant par les antichambres, il rencontra les jeunes femmes de la cour qui riaient et devisaient ^ et il les apostropha en leur disant : « Ah ! belles dames ! quelle plaisante vie i( que la vôtre, si elle durait toujours, et si nous pouce vions à la fin aller au ciel dans ces belles parures ! « Mais, oh! la vilaine chose que cette mort qui arri- « vera quoi que vous fassiez ! et quand elle sera arria vée, des vers repoussants s'attaqueront à cette chair,
a si blanche et si tendre qu'elle soit^ et la pauvre âme, « je le crains bien, sera si faible qu'elle ne pourra em- « porter avec elle tout cet or, ces joyaux, ces perles et a ces pierres précieuses. »
Le jour où Knox faisait cette sortie foudroyante, il était venu au palais pour protester contre Tunion de Marie Stuart avec un prince catholique, avec le fils du roi d'Espagne. Ce mariage ne se fit pas, et la jeune reine épousa Darnley. C'est le commencement de cette série de passions et de mariages tragiques qui composèrent la vie de Marie Sluart. Une des sources de l'intérêt romanesque et poétique inséparable de son histoire, c'est cette sorte de fatalité sanglante qui s'attache à tous ceux qui l'aimèrent ou furent aimés d'elle. Tous périrent de mort violente ; mais on eût dit qu'il y avait un attrait irrésistible dans ce bonheur qu'ji fallait payer de sa vie. Dans VÂbbéy de Walter Scott, quand George Douglas est étendu mourant sur le champ de bataille de Langside, Marie s'écrie en l'inondant de ses larmes : « Régardez-Ie bien; tel a été le sort de c( tous ceux qui ont aimé Marie Stuart. A quoi ont « servi à François sa couronne, à Chastelet son e$prit, a au vaillant Gordon sa puissance, à Rizzio son chant a mélodieux, à Darnley sa jeunesse et sa beauté, à <x Bothwell sa force et son audace, et aujourd'hui au « noble Douglas son généreux dévouement ? Rien n'a a pu les sauver. Ils ont aimé l'infortunée Marie, et « c'est un crime digne de mort... »
Chastelet on Chastelard , dont il est ici question, fbf ce qu'on aurait appelé de nos jours un dès^bte^ de la reine. Il envoyait des vers à Marie Stuart , qui lui répondait par pur amour de la poésie. Il se méprit, et se crut aimé. Il se cacha sous le lit de la reine, où il fut pris, puis il fut condamné à avoir la tête tranchée. Il marcha à Téchafiiud en récitant ces vers de Ronsard :
Le désir n'est rien qae martyre ; Content ne vit le désirenx, Et rhomme mort est bien heureux :
Heureux qui plus rien ne désire.
En mourant , il leva les yeux an del et prononça ces simples mots : <f cruelle dame ! » La cruelle femme laiàsa tomber dans la foule cet amant obscur. Tout aussitôt après son mariage avec Darniey, elle commença à réagir contre la Réformation. Ses alliés naturels étaient la France et l'Espagne, Charles IX et Philippe II , et l'instrument de celte réaction fut Phalieft David Riccio. Le roman et la vie intime se mêlent ici à rhistoire, et toute cette aventure tragique de Riccio représente la^ double lutte du catholicisme et du protestantisme, de la monarchie et de Taristocratie. Il n'y faut pas chercher la démocratie ; c'est un élément qui n'est venu que plus tard. Damiey s'appuie sur lès nobles, et les nobles, à titre de protestants et d'aristocrates, voyaient avec jalousie la faveur d'un catholique et d'un roturier comme cet artiste Italien. On aurait
toct dfi ne voir dans Riccio qu'un amant de la reine ; U était aussi ce qu'avait été sous Louis XI Olivier le Daim, uu représentant de la classe moyenne alliée av^c la royauté contre la noblesse. Marie Stuart , se plaignant amèrement de cette aristocratie qui dédaignait la Couronne et les lois, et qui ne voulait pas to-* lérer les nouveaux venus, disait : « Si le roi trouve un « homme 4e bas état , pauvre en biens, mais généreux c d'esprit , fidèle en cœur et propre à la charge re- « quise pour son service, il ne lui osera commettre au- « torlté, parce que les grands qui en ont desjà en veu* « lenAncore. d Ge fut sous cette coalition jalouse des grands que succomba Riccio. Ce furent les protestants et les nobles qui entrèrent à main armée dans la chambre de la reine, saisirent Tltalien qui se cramponnait aux pans de sa robe, et le tuèrent à coups de dague et de poignard dans cet escalier d'Holyrood où Ton mon* tre encore les traces de son sang. Et quand Ruthven, après cette atroce exécution, rentra dans la chambre et demanda un verre de vin pour se remettre, il dit à la reine qu'on avait mis David Riccio à mort parce qu'il l'avait poussée à rétablir l'ancienne religion et a à tyranniser la noblesse, b
Marie pleura et dit avec amertume : n Ce sang coû- « tera cher à quelques-uns d'entre vous. » Il coûta cher à Darnley, et dès ce jour sa perte fut jurée. Marie Stuart le méprisait, comme toute femme de son caractke et de son tempérament devait mépriser un homme
qui ne la dominait pas. Sa plus forte et sa plus vraie passion fut Bothwell^ et c'est dans rhistoire de cet ] amour que se manifeste la femme tout entière , avec toutes ses grandeurs et toutes ses infirmités. C'est une page qui appartient au roman plus qu'à Thistoire. Bothwell était laid, mais d'une bravoure à toute épreuve, d'une résolution sans scrupule , amoureux des dangers et des plaisirs y et emporté jusqu'à la brutalité. Marie l'aima avec une ardeur efirénée et une soumission sans bornes; la reine s'effaça devant la femme et abdiqua complètement dans les bras de ce violent amant. Une fois qu'il avait été blessé dafits une rencontre , elle fit en un seul jour trente-six milles à cheval pour aller le voir pendant une heure, et le lendemain elle était à la mort. Elle lui écrivait dans le langage le plus tendre. et le plus humble, et pour lui elle alla jusqu'au sang et jusqu'au crime. Après avoir lu l'ouvrage de M. Mignet , il n'est guère possible de douter que la reine était la complice du meurtre de son mari. Les preuves sont accablantes. On voit Marie reprendre , à l'aide de sa toute-puissante beauté , son empire sur Darnley, et l'emmener comme une victime au lieu du sacrifice. Elle écrivait à Bothwell : e Si je « n'eusse appris par Texpérience combien il avait le a cœur mol comme cire, et le mien être dur comme « diamant, peu s'en eust fallu que je n'eusse eu pitié (1 de lui. Toutefois , ne craignez rien, d On assiste, dans ce dramatique récit, aux dernières
luttes de sa conscience y mais la passion l'emporte, et la reine s'en va au bal masqué , le nuit où des barils de poudre font sauter la maison et le lit de son mari. La voix publique proclamait l'auteur du forfait et en demandait le châtiment ; mais c'Bst alors que se montre^ dans tout son dévouement et toute son audace , l'amante passionnée. Plus Bothweli est menacé, plus elle le couvre de son corps. Comme son deuil retardait trop leur mariage , elle se fait enlever par lui sur la grande route, à main armée, rentre avec lui dans Edimbourg , et Tépouse. La noblesse eut peur et se soumit; il n'y eut que TËglise qui eut le courage de protester contre cette série de crimes. Knox était hors du royaume ; mais Craig, un des principaux ministres presbytériens, apostropha publiquement Bothweli en Faccusant de meurtre , de rapt et d'adultère. Le péril de Bothweli ne faisait que redoubler la passion de Marie. Il y avait en elle de la nature de la courtisane ; elle était dominée et subjuguée par la peur en même temps que par l'amour; et, comme les femmes de plaisir, elle voyait des preuves de tendresse dans les traitements violents. Bothweli se défiait de sa fidélité, et la faisait entourer -, alors elle lui écrivait : « Vous a méfiez-vous de moi qui vous veux mettre hors de a doute et déclarer mon innocence ? ma chère vie , (( ne le refusez et ne souffrez que je vous donne épreuve a de mon obéissance, fidélité, contenance et volontaire a subjection. » Bothweli ne voulait ni qu'elle regardât
personne ni que personne la regardât f mais c'était cette jalousie môme qui lui plaisait, et elle le disait , même en vers :
Et TOUS doutez de ma ferme constance , num seul bien et ma Beule espérance.
Vous ignorez ramour que je vous porte,
Vous soupçonnez qu'autre amour me transporte,
V«ns estimez mes parûtes du vent.
Vous dépeiguez de cire mon, las ! cœur.
Vous me pensez femme sans jugement.
Et tout cela augmente mon ardeur.
Marie ne se sépara de BothwcU que par la force , que lorsqu'elle fut forcée d'abdiq\ier entre les mains des lords insurgés. Même après cette séparation , elle ne cessa pas de l'aimer; elle demandait ot qu'on les « mtt tous deux dans un navire pour les envoyer là où a la fortune les conduirait. » Prisohnière de ses nobles, elle les menaça de les faire tous pendre et crucifier s'ils ne lui rendaient son mari, et ce fiit la certitude de la voir aller rejoindre Bothwell dès qu'elle serait libre qui détermina les lords à la détrôner.
Tout le monde connaît Thistoire de sa captivité au bhâteau de Lochleven , de son évasion , de sa défaite, et de sa fuite en Angleterre. Vaincue chez elle par la noblesse et l'Église protestantes, elle allait précisément chercher un refuge dans le foyer même du protestantisme. C^était comme Napoléon se réfugiant à bord du Beliérophon
Lu fuite de Marie Stuart en Angleterre dèt la première partie de sa vie , la plus romantique , la plus teadre , la plus coupable. Dans la seconde y la reine et la femme sont purifiées par Texpiation et par le supplice. L'ouvrage de M. Mignet est probablement le plus complet qui existe sur cet attrayant et dramatique sujet. Nous y retrouvons les grandes qualités habituelles de Tauteur : l'élégance et la précision du style, la sûreté du jugement, la perfection delà méthode. Si nous avions un reproche à faire à M. Mignet, ce serait d'être trop impartial. Peut-être ne fait-il pas assez conune cette postérité dont il parle : il ne se passionne pas pour son sujet ; on aimerait à le voir plus accessible à la faiblesse.
a Dans ce siècle violent^ dit-il, les croyances étaient a moins fortes que les mœurs, et la religion, qui avait a beaucoup de pouvoir sur l'esprit, en- exerçait bien « peu suria conduite. Ainsi les passions du temps et a du pays se retrouvèrent dans la reine et dans les a sujets avec les désordres qui les accompagnent , les « mensonges qui les couvrent, les criminelles hara diesses qui les satisfont, et pour tous elles furent suia vies des dinrs châtiments qui les attendent. Aucun « n'en avait été exempt, aucun n'en demeura impuni.)» C'est dans ce jugement même que nous trouvons, non pas la justification, mais le pardon de Marie Stuart; elle fiit coupable comme son temps. Maintenant nous laissercms un peu de côté cette aimable figure qui est
une distraction périlleuse pour la critique comme pour rhistoire y et nous chercherons le rôle général que remplit la reine Marie dans la lutte du catholicisme et du protestantisme. C'est ce côté que M. Mignet a principalement fait ressortir, et sur lequel il a jeté la plus vive lumière.
Dès que l'Angleterre était devenue protestante, sa sécurité exigeait que l'Ecosse le devînt aussi. C'était pour elle une question de vie et de mort. De même pour rirlande : on y voit, il est vrai, le peuple garder invinciblement sa foi nationale et héréditaire ; mais le protestantisme , armé du fer et du feu , y implante une garnison anglaise qui y est restée jusqu'à nos jours, et qui seule depuis deux siècles a maintenu sur la couronne d'Angleterre celte émeraude si souvent ensanglantée. L'Ecosse catholique était la porte par laquelle pouvaient toujours entrer en Angleterre non-seulement Rome, mais la France, mais l'Espagne^ l'ennemi temporel comme l'ennemi spirituel.
Or cette poétique et prédestinée famille des Stuart avait Tesprit français, l'esprit de la monarchie française. On la voit poursuivant toujours rabaissement de la féodaUté devant le pouvoir royal; son histoire est remplie par les luttes de la Couronne contre les barons. Aussi TAngleterre trouvait-elle des alliés naturels dans la noblesse écossaise,qui aspirait à dépouiller à la fois la royauté de son- pouvoir et r%lise de ses biens, et nous avons vu que la révolution qui détrôna
Marie fut accomplie par Knox et les lords avec la connivence d'Elisabeth. Knox avait oflfert aux lords révoltés l'appui du parti presbytérien, .à îa condition que la religion nouvelle deviendrait la religion de l'État et du roi ; et allant plus loin encore que les nobles , il demandait, au nom de la Bible, la punition de la reine selon la loi commune. La cause de la reine était la cause de la royauté; c'étaient tous les rois du monde qui étaient menacés, non-seulement par la noblesse coalisée, mais par quelque chose de bien autrement dangereux, par le triomphe de Tesprit d'examen. Marie le comprenait bien quand, parlant de ses sujets rebelles, elle faisait dire par ses commissaires : « Si on « tolère qu'ils aient mis la main sur leur souveraine, cr quel est le prince dans la vie duquel, après une seule oc année de règne, des sujets ambitieut n'iront pas « chercher ou inventer quelque motif de scandale pour a s'emparer de sa suprême autorité? Vos sagesses coma prennent de combien leurs actes dépassent les droits cr accordés aux sujets par l^s Saintes Écritures et sont a contraires aux loyales obligations qui leur sont im- « posées envers leurs princes naturels. » Au moment où Marie devenait la prisonnière d'Elisabeth, le roi très-chrétien et le roi très-catholique, Charles IX et Philippe II, étaient trop occupés chez eux pour pouvoir lui porter secours; ils l'abandonnèrent sans défense au protestantisme, c'est-à-dire à Tenneriii du pouvoir monarchique.
Il n'y eut que la cour de Borne qui, avec son profond instinct de conservation, comprit et ressentit cette grande solidarité delacausedesStuart et de celle du catholicisme et de la royauté. Le pape Pie V sollicita vivement le duc d'Albe en faveur de la prisonnière, lui écrivant aqu'il ne saurait rien entreprendre de a plus agréable et d^ plus utile au Dieu tout-puissant que a de délivrer celte reine qui avait bien mérité de la foi a catholique, et qui était opprimée parla puissance de « ses ennemis hérétiques. » Le pape , le fidèle et ardent duc d'Albe, rinquisiiion et les jésuites, voilà quels furent les vrais alliés de Marie Stuart. -Gomme autrefois David Riccio, ce fut encore un Italien, le banquier RidoUi, qui servit à Londres de correspondant entre les catholiques anglais et le souverain pontife. Marie comptait bien plus sur le pape et l'Espagne que sur la France, ^ laquelle on n'osait pas confier le secret des conspirations. Les catholiques se tenaient en garde même de Charles CC, même de Catherine de Médicis. C'était la vraie Rome qui seule conspirait.
Marie conspirait toujours avec sa beauté pour complice , et elle marchait à la conquête des couronnes par celle des cœurs. Le chef de la noblesse anglaise, le duc de Norfolk, s'était dévoué à sa destinée; il subit le sort de tous les amants , heureux ou malheureux, de Marie Stuart : il eut la tête tranchée. Il est extrêmement intéressant de suivre , dans l'ouvrage de M. Mignet , les phases diverses de cette conjuration
du duc de Norfolk, qui se tramait à Rome , à Madrid et dans les Pays Bas plus encore qu'en Angleterre.
Toutefois ce fut en France que le catholicisme frappa le grand coup. A la décapitation de Norfolk , il répondit par l'assassinat collectif de la Saint-Barthélémy. Il y eut dans toute l'Angleterre une explosion de colère ; Elisabeth reçut l'ambassadeur de France dans sa chambre en deuil, ayec toute sa cour en deuil. Ma^[ré les protestations d'amitié que lui envoyait Charles IX , elle crut le protestantisme menacé danâ l'Europe entière par une vaste conspiration; elle jum que la reine catholique d'Ecosse ne sortirait Jamais vivante de sa prison. On voit la lutte devenir plus impitoyable à mesure qu'elle s'agrandit. Le terriUe gage donné par la feuniile royale de France aux catholiques ne lui avait pas rendu leur confiance : rOrdre fameux qui commençait alors sa carrière, rinstitut des Jésuites, communiquait avec les Guise , mais non avec la cour. On avait encore moins de confiance dans Henri ÎII qu'on n'en avait eu dans Charles IX. Quand le parti catholique , tournant ses efforls contre le foyer même du protestantisme , prépare une invasion armée en Angleterre , il est convenu entre le duc de Guise, les Jésuites, le pape et le roi d'Espagne, que le roi de France n'en saura rien; il est convenu aussi que Texpédition se fera au nom dû pape seul , afin de ne pas porter ombrage au roi de France. Un peu plus tard, on voit cette séparation du
catholicisme et de la couronne , en France , se dessiner encore plus nettement; c'est quand le roi de Navarre j depuis Henri lY, devient Théritier du trône et menace d'y installer avec lui la religion réformée. Alors la règle de la foi prévaut sur la règle de TÉtat. Les catholiques, avec les Guise, avec Philippe II , avec Sixte-Quint, changent Tordre de la primogéniture , et la Ligue apparaît sur la scène.
A la ligue catholique Elisabeth oppose la ligue protestante. A son tour elle s'unit avecJe roi de Navarre , avec les États Généraux des Pays-Bas , et plus étroitement que jamais avec les presbytériens d'Ecosse. En même temps une association protestante s'était spontanément constituée en Angleterre , dont tous les membres s'engageaient à poursuivre jusqu'à la mort ceux qui attenteraient à la vie d'Elisabeth , et même celle en faveur de qui Tattentat serait commis. Ceci s'adressait à Marie Stuart que les catholiques tenaient pour la reine légitime d'Angleterre. L'antagonisme des deux religions se trouve ainsi organisé dans toute l'Europe : Elisabeth à la tète du protestantisme , Philippe II à la tête du catholicisme; Marie Stuart en prison. Deux siècles plus tard , la même lutte se reproduira en Europe , sous d'autres noms et dans d'autres proportions , mais entre les mêmes principes. Alors aussi on verra une reine aussi belle et aussi intéressante offerte en sanglant holocauste aux idées nouvelles. Marie Stuart et Marie -Antoinette
suivent dans Thistoire une marche parallèle. A mesure que les rois de l'Europe enveloppent et enserrent la France pour y étouffer la Révolution, la Révolution, à son tour, renferme plus étroitement sa royale captive. De même , à Tépoque dont nous parlons , à mesure que le catholicisme étend et organise sa croisade contre la Réformation, on voit les portes de la citadelle protestante se resserrer sur la prisonnière d'Elisabeth: Fotheringuay et le Temple , à deux siècles d'intervalle, sont le théâtre de la même tragédie, et Marie Stuart la Lorraine est l'otage de la Réformation, comme Marie -Antoinette F Autrichienne est Totage de la Révolution.
Et comme ces deux reines soat en même temps deux vraies femmes ! Quelle charmante harmonie de grâce et de courage, de tendresse et de malheur! On ne peut lire sans émotion , dans la correspondance de Mirabeau , ce que M. de La Marck disait du naturel doux et enjoué^ de Marie -Antoinette. « L'entretien, a dit-il , dura plus de deux heures , sur un tQn ée a gaieté qui était naturel à la reine , et qui prenait sa « source autant dans la bonté de son cœur que dans la « douce malice de son esprit... Dès que je lui parlais «de la Révolution, elle devenait sérieuse et triste; « mais aussitôt que la conversation portait sur d'autres « sujets , je retrouvais son humeur aimable et gra-
acieuse Marie- Antoinette , qu'on a tant accusée
« d'aimer à se mêler des affaires publiques, n'avait
a aucun goût pour elles. » Ne dirait-on pas qu'il s'agit ici de Marie Stuart , de la femme aimable , indulgente et gaie , née pour être heureuse et paresseuse , pour être vêtue comme les lis , sans rien faire, et pour voir tout en rose, et que l'histoire impitoyable jette violemment hors de ses voies pour en faire une de ses plus tragiques héroïnes? Marie-Antoinette n'aimait pas les affaires , et cette pauvre Marie Stuart , elle aussi , aimait bien mieux les fêtes , la danse , la musique et les vers. De sa prison, elle faisait demander en France des tourterelles, a Je prendrais plésir, écrivait-elle, de les « nourrir en casge , comme je fays de tous les petits (( oiseaux que je puis trouver. Ce sont des passe-temps a de prifionnière. » Elle demandait des petits chiens, des miroirs , de la soie et du satin y elle faisait des petits ouvrages à Taiguille qu'elle ofirait ensuite à Elisabeth. Mais rien ne fléchissait cette dure protestante. 11 y avait dans Elisabeth de la jalousie de la femme laide et dévote dont la laideur double la ferveur; elle reprochait à Marie tous les péchés qu'elle-même n'avait pas l'occasion de commettre , et elle lui aurait pris sa beauté plus volontiers que sa couronne. Ce n'est pas elle qui aurait trouvé ces mots touchants par lesquels Marie Stuart se défendait : a J'ai souhaité , 4isait-elle, a qu'il fût pourvu à la défense des catholiques , « mais je n'ai jamais vou)u qu'on y arrivât par le sang a et par le meurtre. J'ai préféré le rôle d'Esther à cea lui de Judith, et j'ai mieux aimé intercéder auprès
« de Dieu pour le peuple que de priver de la vie le et dernier du peuple. » Cependant il est probable que Marie ne parlait alors que sous l'impression de nouveaux sentiments et du repentir que lui avait apporté le malheur ; car nous devons le redire^ dans les mœurs et dans les idées de ce siècle, le sang n'était pas une tache. Mais la captivité , mais la douleur , mais les in* firmités avaient purifié et exalté la femme légèrej et rien n'est plus rempli de majesté, de grandeur et de sérénité que ses derniers jours. C'est ici encore que les points de ressemblance avec Marie-Antoinette frappent à chaque instant. Ce cri sublime arraché à la reine de France : « J'en appelle à toutes les mères ! d la première Marie Tavait jeté aussi , lorsque , accusée d'avoir voulu faire périr son fils, elle disait : a Cette caa lomnie suffit pour faire juger tout le reste. L'amour « naturel d'une mère pour son fils est là pour les cona fondre...»
Quand on lui apprend sa condamnation, elle remercie Dieu d'être appelée à verser son sang pour la religion. On lui refuse l'assistance de son chapelain et on lui envoie un évéque anglican , c'est-à-dire un prêtre assermenté. Elle aussi est insultée dans sa prison par son gardien, qui lui déclare qu'elle ne sera plus traitée comme une reine , mais comme une femme ordinaire légalement morte. Il fait abattre devant elle le dais surmonté de ses armes; mais elle lui montre la croix et lui dit qu'elle tient de Dieu seul la dignité de reine et qu'elle
ne la rendra qu'à Dieu , avec son âme. Marie Stuart avait en effet le sentiment profond du droit divin des rois. Elle le sentait atteint dans sa personne et le défendait avec courage. Elle disait à ses juges : « On n'a ce eu aucun égard... au caractère sacré que je porte «comme reine. Si mes sentiments personnels, Mycr lords , vous sont indifférents , pensez au moins à la « majesté royale , qui est blessée dans ma personne ; c< pensez à l'exemple que vous donnez. » Mais Elisabeth n'eut point peur de cet exemple, qui, un demisiècle et plus de deux siècles plus tard, devait avoir de si terribles imitations. Elle fit confirmer la condamnation de la reine sa sœur par le Parlement, qui lui en demanda l'exécution au nom des Saintes Écritures. Elle inaugura les Conventions.
Puisque nous avons parlé deMarie-Anteinette, rappelons encore un dernier trait de similitude entre elle et Marie Stuart. On ne voit jamais la reine d'Ecosse, pendant le cours de son procès, se défendre d'avoir fait appel au secours des étrangers. Ayant, comme elle Tavait , la conscience de la solidarité des couronnes, la conscience d'un droit dérivé de Dieu seul et sans autre juge légitime que Dieu , tous ceux qui défendaient sa couronne et son droit étaient ses soldats légitimes. Ainsi nous voyons plus tard la reine de France demander, et attendre sans penser à mal, Tintervention des étrangers. Nous la voyons dire, dans une lettre confidentielle à M. de Mercy-Argenteau, ambassa-
deur d'Autriche * : « En tout état de cause, les puis- « sances étrangères peuvent seules nous sauver ; Par- (( niée est perdue, l'argent n'existe plus ; aucun lien, a aucun frein ne peut retenir la populace année de c< toutes parts ; les chefs mêmes de la révolution, « quand ils veulent parler d'ordre, ne sont plus écoute tés... Il est essentiel que les Français, surtout les c( frères du roi, restent en arrière, et que les puis; c( sances réunies agissent seules. » Voilà ce qu'écrivait Marie- Antoinette, et il est clair que dans sa pensée rintervention des étrangers était une chose tout aussi légitime qu'elle l'était dans la pensée de Marie Stuart. Les républicains guillotinaient Louis XYI comme coupable d'avoir conspiré avec l'ennemi , et les émigrés comme coupable d'avoir porté les armes contre leur pays. Mais dans les principes de Louis XVI , Tennemi c'était la Révolution 3 et dans les idées de la noblesse française, la patrie c'était le roi. Sans aller plus loin qu'hier, quand une armée française, envoyée par le gouvernement français, a fait le siège de Rome, et que des républicains français ont combattu dans les rangs des Italiens et fait feu sur Tuniforme et le drapeau de leur pays, le parti de la Révolution ne les a-t-il pas justifiés et défendus? Pourquoi, sinon parce qu'à ses yeux l'ennemi c'était la contre-révolution, et la patrie c'était la République?
Marie Stuart était donc, avant tout^ reine et catho-
4. Citée dans la Correspondanee de Mirabeau et du comte de La Marck.
as.
lique, et nous Tadmirons quand elle écrit au chef des catholiques, le duc de Guise, cette admirable lettre : « Mon bon cousin, celui que j*ai le plus cher aumonde, (S je vous dis adieu, estant prête par injuste jugement « d'être mise à mort. Bien que jamais bourreau n'ayt « mis la main en nostre sang , n'en ayez honte, noon a amy, car le jugement des hérétiques et des enne- (( mis de TÉglise, et qui a'ont nulle juridiction sur moi, c( royne libre, est profitable devant Dieu aux enfants «de son Église; si je leur adhérais, je n'aurais ce « coup. Tous ceux de nostre maison ont été persécu- « tés par cette secte, témoin vostre père, avec lequel c( j'espère estre reçue à mercy du juste juge. Et Dieu « soit loué de tout , et vous donne la grâce de persé- <r vérer au service de son Église tant que vous vivrez, « et jamais cet honneur ne puisse soriir de notre race, a que, tant hommes que femmes, soyons prompts de a respandre nostre sang pour maintenir la querelle de c( la foy, tous autres respects mondains mis à part ; et (( quant à moi , je m'estime née, du côté paternel et « maternel , pour offrir mon sang en icelle, et je n'ai « intention de dégénérer. »
Quand elle marche au supplice, elle dit à un de ses serviteurs : a Porte ces nouvelles, que je meurs ferme « en ma religion, vraie Écossaise, vraie Française. » Rien n'est plus dramatique que le tableau que trace M. Mignet des derniers moments de Marie Sluart. L'implacable {U'otestantisme la persécute jusqu'à la
fin, et lui dispute jusqu'au petit crucifix avec lequel elle veut mourir 5 il ne laisse pas même, selon l'usage, au bourreau les vêtements que portait sa victime, de peur qu'ils ne soient changés en reliques. Ces dépouilles sacrées sont jetées au feii^ et les traces de ce sang royal sont effacées avec soin.
La tête de la reine catliolique tombe, et le peuple de Londres accueille cette exécution avec des carillons et des feux de joie. C'était la représaille de la Saint- Barthélémy. En même temps, le peuple* de Paris pousse un cri de colère, et les prédicateurs de la Ligue appellent sur la Jézabel d'Angleterre la vengeance de Dieu et des rois. Ici encore, l'historien de Marie Stuart montre par des preuves éclatantes q\\e sa cause était surtout celle du catholicisme. Les seuls vengeurs qui se lèvent pour elle, c'est le pape, c'est le roi d'Espagne. Philippe II se proclame l'héritier légitime des couronnes d'Angleterre et d'Ecosse, usurpées par des hérétiques ', le chef des catholiques français, le duc de Guise, reconnaît ses droits et écrit à son ambassadeur : c< Je tiens S. M. catholique pour père commun de tous c< les catholiques de la chrétienté, et de moy en parce ticulier. » La fameuse Armada emportait avec elle les bulles de Sixte-Quint , qui analhématisaient et dépossédaient la reine d'Angleterre.
Quand on descend la Tamise de Londres jusqu'à Gravesend , on voit en face de cette dernière ville les restes d'un petit fort appelé Tilbury. Les Anglais mon-
Irent cctle ruine avec oi*gueil , car c'est là que la pilotestante Elisabeth, au milieu de transports d'enthousiasnie, dit adieu à ses troupes qui allaient combattre les catholiques. Mais ce fut le ciel qui se chargea de là bataille, et l'invincible Armada fut dispersée par la tempête. C'en était fait, et la Réformation était victo« rieuse en attendant la Révolution.