INSTRUCTIONS POUR M. MIGNERET
M. Migneret vendra des exemplaires de toutes les éditions qu'il a à moi jusqu'au recouvrement total des fonds qu'il a avancés pour les éditions.
Les billets des libraires ou l'argent qu'il recevra au delà des
(1) Chateaubriand a écrit : « Restent-ils. »
(2) Original autog.
(3) Original autog.
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sommes qui lui sont dues seront portés et remis à M. Le Sueur, rue des Jeûneurs, chargé de ma procuration.
Lors de la publication des éditions de luxe, il remettra à Mme Bacciochi, sœur du Premier Consul :
Un exemplaire in-40 cartonné pour le Premier Consul;
Un exemplaire in-8° cartonné pour Mme Bonaparte;
Un exemplaire in-40 cartonné pour Mme Bacciochi elle-même.
Il remettra de plus :
Un exemplaire in-40 à M. de Fontanes;
Un exemplaire in-40 à Mme de Beaumont;
Un exemplaire in-40 cartonné à Mme de Marigny, à Fougères, département d'Ille-et-Vilaine;
Deux exemplaires in-8° à Mmes de Caud et de Chateaubriand, à Fougères.
Il fera en outre un paquet de sept exemplaires :
Quatre in-40 °t trois in-8° cartonnés.
Il enveloppera chaque exemplaire in-40 séparément.
Sur le premier il mettra :
A l'Empereur de toutes les Russies.
Sur le second :
A Sa Majesté impériale
l'Impératrice-mère de toutes les Russies;
Sur le troisième :
A Son Altesse Impériale, madame la Princesse héréditaire de
Mecklembourg Schwerin, née Grande Duchesse de Russie;
Sur le quatrième :
A l'Impératrice régnante de toutes les Russies.
Les trois exemplaires in-8° doivent être enveloppés ensemble sous cette adresse :
A M" de Krudener, à Schwerin,
en Mecklembourg; Le tout renfermé dans un seul paquet et adressé à Mme la comtesse Pauline Neale, dame d'honneur de Son Altesse Royale
CHATEAUBRIAND EST NOMMÉ SECRÉTAIRE d' AMBASSADE 1 3 I
Mme la princesse Louise de Prusse; pour M"0 de Krudener (à Berlin).
Le paquet doit être porté à M. Oubril, conseiller d'ambassade, chez M. de Markoff, ambassadeur de Russie, rue de Condé.
Il faut que M. Migneret accompagne lui-même le paquet chez M. Oubril et qu'il le lui recommande.
Tous ces exemplaires seront livrés sans demander d'argent.
Quand M. Migneret aura épuisé totalement la petite édition en deux volumes, il mettra en vente les cinq cents exemplaires sur beau papier sous le titre de troisième édition.
Mais il n'y mettra aucune gravure, afin de laisser le temps à la grande édition avant la lettre de s'écouler.
Quand M. Migneret verra cette troisième édition prête à être tout à fait écoulée, il commencera une quatrième édition en quatre volumes in-8° interlignés, beau papier, etc. Il imprimera la défense à la tête du premier volume; il tirera l'édition à deux mille et y joindra les gravures après la lettre.
Les gravures avant la lettre seront portées chez M. Migneret vers la fin de la semaine prochaine. Elles sont complètement tirées. Les planches vont être portées au graveur, pour y mettre la lettre; ensuite elles seront déposées chez M. Migneret. C'est M. Pampierre> imprimeur en taille-douce, demeurant rue Saint-Jacques, hôtel de Lyon, qui a les gravures et les planches, et c'est lui que M. Migneret chargera de tirer les deux mille gravures après la lettre en temps et lieu.
Le cardinal Fesch arrive à Lyon le 2 juin; le secrétaire l'avait devance' de deux jours. M. Lyonnet raconte : « C'e'tait la semaine des Quatre Temps. Les ordinations se faisaient le samedi... M. de Chateaubriand assistait à cette touchante ce'rémonie. Il nous semble le voir tel qu'on nous l'a représente', tout près de la barrière du chœur qu'on venait de rétablir avec le lion et le griffon de l'ancien chapitre. De là, il promène ses regards tantôt sur le pontife, tantôt sur les
ordinands. Il ne veut pas laisser e'chapper le plus menu de'tail de cette imposante ce'rémonie. Son visage est animé; il se passe au dedans de lui quelque chose d'extraordinaire. Non, il ne peut re'sister au besoin d'e'pancher les sentiments qu'il e'prouve dans le sein d'un ami : soudain, de sa magique plume, il e'erit à M. Ballanche la lettre suivante :
... Ce n'est pas tout encore, des prêtres ont été consacrés. Dirat-on que les nouveaux pasteurs cherchent la gloire et la fortune? Où sont les bénéfices qui les attendent, les honneurs qui peuvent les dédommager des travaux qu'exige leur ministère ? Une chétive pension alimentaire, quelque presbytère à moitié ruiné, ou un réduit obscur, fruit de la charité des fidèles, voilà tout ce qui leur est promis... Il faut encore qu'ils comptent sur les calomnies, sur les dénonciations, sur les dégoûts de toute espèce; disons plus, si un homme tout puissant retirait sa main aujourd'hui, demain le philosophisme ferait tomber les prêtres sous le glaive de la tolérance, et rouvrirait pour eux les philanthropiques déserts de la Guyane. Ah! lorsque ces enfants d'Aaron sont tombés la face contre terre, lorsque l'archevêque, debout devant l'autel, étendant les mains sur les lévites prosternés, a prononcé ces paroles : Accipe jugum Domini. la force de ces mots a pénétré tous les esprits et rempli tous les yeux de larmes. Ils l'ont accepté le joug du Seigneur; ils le trouveront d'autant plus léger, omis ejus levé, que les hommes cherchent à l'appesantir. Malgré les prédictions des oracles du siècle, malgré \es progrès de l'esprit humain, selon l'oracle bien plus certain de celui qui l'a fondé, et quels que soient les orages qui peuvent encore l'assiéger, elle triomphe des lumières des sophistes, comme elle a triomphé des ténèbres des barbares (i).
« Lorsque la procession [de la Fête-Dieu] se de'veloppa dans le grand carre' de la place Bellecour, ce fut un coup d'œil
In Vie du cardinal Fesch. — Cette lettre se retrouve dans les œuvres complètes de Chateaubriand.
enlevant. Toutes les maisons e'taient orne'es de riches draperies. Au milieu du parallélogramme de la place s'élevait un superbe reposoir. M. de Chateaubriand, d'une des croisées de l'hôtel de l'Europe, admirait cet imposant spectacle. Tout à coup, il s'écrie, dans la même lettre dont nous avons déjà cité un fragment :
Quelle est cette puissance extraordinaire qui promène ces cent mille chrétiens sur ces ruines ? Par quel prestige la croix reparaîtelle dans cette même cité où naguère une décision horrible la traînait dans la fange ou dans le sang? D'où renaît cette solennité proscrite? Quel chant de miséricorde a remplacé si soudainement le bruit du canon et les cris des chrétiens foudroyés? Sont-ce là les pères, les mères, les frères, les sœurs, les enfants de ces victimes, qui prient pour les ennemis de la foi, et que vous voyez à genoux de toutes parts aux fenêtres de ces maisons délabrées et sur ces monceaux de pierres où le sang des martyrs fume encore ? Les collines chargées de monastères, non moins religieux parce qu'ils sont déserts ; ces deux fleuves où la cendre des confesseurs de Jésus-Christ a si souvent été jetée; tous ces lieux consacrés par les premiers pas du christianisme dans les Gaules; cette grotte de saint Pothin, les catacombes d'Irénée, n'ont point vu de plus grand miracle que celui qui s'opère aujourd'hui. Si, en 1793, au moment des mitraillades de Lyon, lorsqu'on démolissait les temples et qu'on massacrait les prêtres ; lorsqu'on promenait dans, les rues un âne chargé des ornements sacrés, et que le bourreau, armé de sa hache, accompagnait cette digne pompe de la Raison : si un homme eût dit alors : Avant que dix ans se soient écoulés, un prince de l'Eglise, un archevêque de Lyon, sorti du sang d'un nouveau Cyrus, portera publiquement le Saint Sacrement dans ces mêmes lieux; il sera accompagné d'un nombreux clergé; des jeunes filles vêtues de blanc, des hommes de tout âge et de toutes les professions suivront, précéderont la pompe avec des fleurs et des flambeaux; ces soldats trompés, que l'on arme contre la religion, paraîtront dans cette fête pour la protéger; si un
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homme, disons-nous, eut tenu un pareil langage, il eût passé pour un visionnaire, et pourtant cet homme n'eût pas encore dit toute la vérité. La veille même de cette pompe, plus de dix mille chrétiens ont voulu recevoir le sceau de la foi ! Le digne prélat de cette grande commune a paru comme saint Paul au milieu d'une foule immense qui lui demandait un sacrement si précieux dans les temps d'épreuve, puisqu'il donne la force de confesser l'Évangile.
Aussitôt publiée dans la ville où l'on avait tant souffert, cette lettre y produisit une impression profonde. Elle renouvela l'enthousiaste admiration des Lyonnais pour l'illustre écrivain. Elle valut à l'ami Ballanche une notoriété qui favorisa son propre essor.
Et, d'autre part, ainsi remis en cause, ainsi relancés et poursuivis au milieu des ruines encore « fumantes », les apôtres au philosophisme et du progrès se promirent de ne pas attendre paisiblement de nouveaux coups.
L'accusation avait pris à témoin le peuple victime; et la beauté de la forme l'avait rendue plus poignante. Du moins avait-elle gardé un caractère général : elle était publique et loyale. La réponse aurait dû se tenir sur le même terrain. Au lieu d'être franche et directe, elle se produira sous forme de dénonciations anonymes. Embusqués dans les bureaux des divers ministères, les ennemis lanceront des traits perfides à la personne même du noble chevalier.
< Le 26 prairial an XI [i5 juin i8o3], au coup de cinq heures, Monseigneur partit pour l'Italie. Il avait avec lui, dans une berline neuve, l'abbé de Bonnevie; une seconde voiture suivait avec les bagages de Son Éminence ; MM. Lucotte et Guillon étaient dans celle-ci. Pour M. de Chateaubriand, premier secrétaire de l'ambassade, il était parti la veille, dans sa chaise de poste. »
L'historien du cardinal Fesch doit se tromper quand il dit que le secrétaire e'tait parti la veille, c'est-à-dire le 25 prairial [14 juin].
Avant de monter en voiture, Ghateabriand fit part de toutes ses joies à l'ami Fontanes, dans une lettre date'e du 26 prairial.
Il dut l'e'crire à la première aube; car lui aussi partit à cinq heures du matin.
Mercredi 26 prairial an XI [15 juin 1803].
Je quitte Lyon, ,mon cher ami, comblé d'amitiés, d'honneurs et presque d'argent. Du moins j'emporte deux cents louis en or, fruit d'une édition méditée. Les libraires m'auraient donné ce que j'aurais voulu. La belle et excellente protectrice m'a fait écrire; elle est contente de ma lettre; l'êtes-vous aussi? Veillez à mes intérêts, mon cher enfant, et encore mieux souvenez-vous de moi comme du plus sincère ami que vous ayez au monde. Dites à Mme B[acciochi"j que je lui écrirai de Milan et que je la supplie de me donner de ses nouvelles par son aimable secrétaire.
Embrassez Mme de Fontanes pour moi ; qu'elle se souvienne m'avoir dit, qu'après vous, c'était moi qu'elle préférait. Il y a un peu de plaisanterie là-dedans, mais je fais semblant de le croire, parce que cela me fait plaisir. Ce qu'il y a de certain, c'est que je vous suis tendrement attaché à tous les deux. Mille souvenirs et mille hommages à M. de Vitry. Amitié à Guénau, enfin à tous ceux qui s'intéressent au voyageur.
J'attends votre réponse à Rome.
J'espère que vous avez ma procuration et qu'on vous comptera bientôt des fonds pour moi.
Mille et mille amitiés, joies et espérance.
Je suis à merveille avec le cardinal. Nous avons fait une procession qui a ravi les Lyonnais.
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Guénau 'm'a promis un article pour ma belle édition qui doit être au moment de paraître. Rappelez-lui sa promesse. Je lui ai écrit; a-t-il reçu ma lettre?
Malheureusement le Consul sera absent au moment de la publication.
Mille tendres hommages à Mme et à M. de Talaru (i).
On a de'jà lu quelques détails sur « la procession qui a ravi les Lyonnais > et de laquelle le secrétaire d'ambassade dit un peu naïvement : « Nous avons fait. »
(i) Bibl. de Genève. — Original autogr. — Timbre postal : 30 prairial an XI.